mardi 30 août 2011

La fameuse maladie de la dent noire

Il y a une chose qu'on ne peut pas dire à son patient. Une chose très délicate. Même si on en crève d'envie, il faut louvoyer, jamais au grand jamais on ne peut accueillir son patient en lui demandant si il n'a pas oublié de prendre une douche cette semaine. Voire deux ou trois.

On ne peut pas toucher à l'hygiène, cela touche au plus intime.
Sauf que nous travaillons en bouche, et que l'essence même de notre job est de prévenir/dépister/traiter/soigner des affections qui découlent directement d'une mauvaise hygiène bucco-dentaire. 

Le patient culpabilise, voire a honte alors il trouve une  parade, les gènes. C'est souvent la faute à la grand-mère, la mère ou carrément toute la famille qui a la "même chose". Qui ont perdu toutes leurs dents à 45 ans, qui ont les dents qui se "déchaussent" ...

Le facteur génétique est indéniable comme pour la médecine en générale. Nous ne développons pas les mêmes affections pour une bactérie donnée, il y a des terrains favorisants. Des patients qui n'auront très peu de caries mais les dents qui bougent, d'autres qui s’abîmeront pour une semaine d'inattention. 

Mais c'est pas la faute de la grand-mère si les dents ne sont pas brossées. Ni à l'âge. J'ai vu des patients qui à 80 ans avaient toutes leurs dents. Ils en prennent soin c'est tout. Ils ne sont pas dans la fatalité de dire "de toute façon y a rien à faire ça va pourrir".

De même, quand je découvre une carie, souvent le patient répond "encore, j'en avais déjà une l'année dernière" comme si il existait un quota. C'est bien connu que si votre lave-vaisselle vous lâche un jour il ne vous lâchera plus jamais ! Comme dirait mon assistante, jamais vous reprochez à votre médecin de vous diagnostiquer la 3 ème rhino-pharyngite de l'année. Nous, forcément, on va faire un trou et le reboucher même si ce n'est pas nécessaire. Le dentiste ment , le patient ne sait pas si il doit lui faire confiance ou pas. Comme si je m'amusais moi-même à sortir du matériel pour enlever des caries imaginaires puis ressortir du matériel pour obturer cette cavité maintenant bien réelle. Ce qui me fait le plus plaisir, c'est les bouches propres où il n'y a aucun travail à faire à part un micro-détartrage. 

Le problème majeur c'est que je suis jeune. ( La bonne nouvelle c'est que je vieillis chaque jour donc la situation va s'améliorer ). Et cela reste délicat d'apprendre à des personnes qui pourraient être ma mère ou mon père comment se brosser les dents sans qu'ils s'offusquent. (Bon les jeunes médecins ont le même souci, on leur demande souvent "où est le docteur ?"," bah c'est moi "). 

Ne croyez pas non plus que les patients sans hygiène sont les plus démunis. Ils sont souvent issus des classes moyennes bien sûr dont leurs parents fatalistes leur ont appris à craindre le dentiste qui leur ferait payer une blinde pour remplacer les dents pourries par des années de négligence. (Patients qui souvent rejettent toute faute sur le dentiste précédent). Certains patients viennent aussi des classes supérieures. Bien maquillées, bien apprêtées mais pas d'odorat apparemment. 

12 commentaires:

  1. "bien se laver les dents", ça ferait un billet super intéressant ! je suis certaine que nous apprendrons tous quelque chose (heureusement ou malheureusement...)

    RépondreSupprimer
  2. Oui oui un billet sur comment bien se laver les dents. Parce qu moi visiblement c'est pas ça (tous les matins... ça doit pas être suffisent vue l'état de ma dentition)

    RépondreSupprimer
  3. Je vous prépare ça !

    Si vous avez d'autres questions/interrogations, n'hésitez pas !

    RépondreSupprimer
  4. soleil-de-marseille31 août 2011 à 18:06

    Pour le même ordre d'idée:je vois la même chose en acte de gynécologie.Parfois lors d'un frottis,outre l'infection d'un col,je tombe sur des "objets" qui n'ont rien à faire là : boules de poils divers,cheveux,légumes (carotte par ex )et j'en passe.Effectivement, rien à voir avec le niveau socio-culturel.Généralement j'enlève les intrus,mais je ne signale rien à la patiente;je ne sais pas pourquoi d'ailleurs.

    RépondreSupprimer
  5. @ soleil de Marseille : ça arrive souvent ? J'imagine que si tu le soulignes même plus c'est que tu est habituée ? Elles sont pas gênées ou alors elles oublient ? Ça m'interpelle j'avoue. Mais bon entre nos deux spécialités on est "bien" placées pour voir ce qui est propre ou non.

    RépondreSupprimer
  6. soleil-de-marseille7 septembre 2011 à 10:59

    je dirais 10 % de mes actes de gynécologie. Je ne sais pas si c'est beaucoup. Je ne le signale pas parce que ça ne sert à rien de mettre mal à l'aise mes patientes.

    RépondreSupprimer
  7. "Ce qui me fait le plus plaisir, c'est les bouches propres où il n'y a aucun travail à faire à part un micro-détartrage": en meme temps si ça te fais chier de faire ton boulot bah changes-en. Ah ces dentistes, des medecins ratés tout juste bons a polir et appliquer de la pate!!!

    RépondreSupprimer
  8. Anonyme tu me fais bien rire.
    J'étais 14ème à mon concours de première année donc inutile de dire que j'aurais largement pû faire médecine si j'avais voulu. Je préfère les bouches propres aux cloaques odorants mais je prends tout autant de passion et de plaisir à redonner un sourire correct à tout le monde.

    RépondreSupprimer
  9. Deux brossages quotidiens (c'est le brossage des dents sur son lieu de travail qu'il faudrait instituer ! ) depuis toujours et voilà mes dents qui se cassent à 43 ans ! Je dois "mal brosser" mes dents ! A quand le billet "bien se brosser" :-) ?

    RépondreSupprimer
  10. Il existe déjà, c'est le suivant à cet article (archives Août 2011).

    RépondreSupprimer
  11. pfff pleins toi... dentiste... medecin... le trou de la secu c est vous qui l avais cree et faut encore mettre de sa poche. vous vous gavez! et vous vous pleignez et ben. ceci dit gaffe au mercure! car il tue et pas de therapie en france! j en sort d une (tres dangereux!)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Vous travaillez gratuitement je suppose ?

      Supprimer

Une erreur est survenue dans ce gadget