jeudi 27 octobre 2011

Brèves de consultation

Je n'ai jamais vu le patient, je lui demande donc si il prend des médicaments.

"Oui"

"Lequel ?"

"Un médicament de la même couleur que la table"

"..." "Vous avez un médecin traitant ?"

"Oui"

"Il s'appelle ?"

"Je sais pas "

"A part qu'il est grand, brun avec des lunettes, vous avez d'autres informations ?"

Il a pas compris que je me foutais de lui, en même temps tant mieux.

"Elle est petite comme vous"

"Vous savez je ne connais pas tous les médecins de la ville par taille ..."

On est pas aidés ! Certes le patient ne savait pas lire (ni écrire apparemment) mais quand on prend un médicament au long cours, on s'y intéresse non ?

mardi 25 octobre 2011

10 bonnes raisons de ne pas bouger chez le dentiste

Je sais que ça n'a rien de simple de se détendre sur un fauteuil de dentiste et laisser le dentiste faire. Au pire vous voyez ça comme un acte de soumission et votre inquiétude vous agite. Dans certains cas (mais rares), le patient oublie où il est et s'endort la bouche ouverte. Là, c'est la paix ROYALE. D'abord on travaille tranquillement sans stress vu que le patient nous prouve sa confiance par ses ronflements son calme, aussi on est pas gêné par des mouvements parasites.

Souvent quand le patient vient pour la première fois, qu'il change de praticien, il doit se réhabituer. Reprendre ses marques. Vérifier que vous êtes en possession de vos moyens. Que vous avez bien votre diplôme. Après l'assaut de questions qui donnent envie d'envoyer paître (ou de renoncer), vient le soin enfin. Mais le patient n'en n'est pas plus rassuré, se crispe et vous avec. L'épée de Damoclès est là au dessus de votre tête, à la moindre bévue, il se redresse avec ce regard "je le savais, vous êtes nulle". Forcément c'est là que l'instrument tombe par terre quand vous ouvrez le sachet, que l’anesthésie prend moins bien ... 

C'est un réflexe humain de protection. Si on se sent en danger, on ramène ses mains à son visage pour crier. Je vois souvent des patients qui gardent leur mains près d'eux pour écarter l'élément perturbateur. La plupart du temps, ils n'ont pas mal mais peur d'avoir mal. Ils finissent par attraper la seringue, les rotatifs (turbine ...) pour arrêter. Bien sûr qu'on arrête, vous connaissez beaucoup d'instruments qui tournent à 40000 rotations minute qui ne font pas mal.  J'ai beau leur expliquer que c'est très dangereux, ça fonctionne moyennement.
C'est un peu comme les distances de freinage, entre l'acquisition de la donnée et la réaction, il y a un laps de temps plus ou moins conséquent.

Voici donc 10 bonnes raisons de ne pas bouger pendant un soin :

- un mouvement malheureux lors d'une anesthésie et paf ! l'oeil ( ou la joue)

- un geste brusque et la fraise que vous utilisiez pour éliminer la carie se plante 

                                   - dans la joue

                                   - dans la langue

                                   - dans la gencive

                                   - trop profond dans la dent (et paf un traitement canalaire) 

                                   - dans la mauvaise dent

- vous pouvez aussi très bien inhaler ou ingérer les débris d'amalgames (qu'on aurait pu enlever si on avait pu glisser l'aspiration ), les limes de traitements canalaires.

- en pleine extraction dentaire, les instruments contendants bien coupants peuvent être déviés de leur trajectoire d'origine et provoquer une hémorragie, casser une dent sur l'arcade opposée ...

Bien sur je laisse au patient le soin de s'exprimer avec l'aide de ses mains. Je ne suis pas un monstre.



jeudi 20 octobre 2011

Cette langue de malheur ...


Comme je vous le disais il y a quelques semaines, "avant", je m'entraînais sur un "fantôme" qui n'avait pas de langue. J'avais accès à toutes les dents tranquillement, même les molaires. Pas de problème de séchage, de salive. La paix quoi (si on oublie l'aérosol quasi-permanent à cause de l'eau libérée par la turbine) !


Puis on a tous grandi et on a eu le droit de soigner des "vrais" patients avec des vraies bouches (on avait déjà des vraies dents). Avant le passage initiatique, les anciens nous ont prévenu. "Vous allez voir, c'est plus compliqué, ils ont une langue". 

Cette p***** de langue que le patient ne sait jamais où mettre. Enfin pas tous heureusement. Langue qu'ils adorent fourrer dans l'aspiration, qu'ils adorent passer contre les dents alors que je suis en train de détartrer. Langue qu'ils ressortent quand je leur dis de garder la bouche ouverte pour obturer ma cavité (enfin la leur). Langue vigoureuse et musculeuse (une langue = 17 muscles !) qui repousse même l'aspiration (invention magnifique pour aspirer mais aussi tenir la langue à l'écart).
Souvent je leur demande si ils tiennent leur langue comme ça au repos (franchement on dirait les chiens quand ils ont la langue qui pend). Je veux dire, y en a un sur deux qui comprend "sortez la langue", quand je dis de la garder "en bas" là où elle ne gène pas et où les molaires sont dégagées.

Il y a pire, les enfants (que j'adore vous aurez compris) qui ont pour passion de passer leur langue sur la dent pendant que j'ai le dos tourné. C'est aussi pour ça (enfin surtout) que je ne fais jamais de composite en première intention sur un enfant. Ce n'est jamais étanche entre la langue (et donc la salive qui arrive comme par magie) et la fermeture de la bouche malgré les 10 avertissements (voire le doigt qui se voit sous la menace d'un écrasement). 


Il y a deux fois pire, les grosses langues, méga langues, chez les patients atteints de macroglossie. Bien sur ce n'est pas de leur faute. Sauf que là pour retrouver la dent dans le champ de vision, il faut caler la langue avec plein de cotons, l'écarter avec l'aspiration (la grosse voire la petite), garder assez d'énergie pour avoir la force de résister à la musculature sans se taper une crampe. Tout un programme. Et là tu rends compte qu'il va falloir faire un traitement canalaire (sans digue parce si tu pouvais en mettre tu le ferais) et tu pleures. Tu appréhendes par avance cette séance où tu protégeras la dent de l'attaque de la salive en faisant rempart par la force de tes doigts avec la canule de la main gauche, tout en passant tes petites limes avec des rotations de 1/4 de tour du côté droit. Puis un jour, tu diras à une patiente "là, ça va pas être possible". Vu la situation géographique de la dent (enfouie sous des couches et des replis muqueux), jamais le traitement ne sera étanche sans digue ou alors j'aurais insulté 10 fois le mobilier par énervement (malgré les exercices de respiration et de détente).

Parfois la langue est si baladeuse qu'elle vient "m'embêter" quand je travaille "en haut". Provoquant un réflexe nauséeux par contact avec mon aspiration adorée. Aahhhhhhhhhhh j'adore quand ils ont la nausée (ou quand ils toussent) ...

Heureusement la plupart de mes patients ont une langue normale qui reste bien sagement à sa place.




lundi 17 octobre 2011

Pourquoi tu ouvres pas ton cab' ?

Quand l'entourage a connaissance que tes études se terminent, une seule question fusse "Quand est-ce que tu ouvres ton cabinet ?". C'est l'équivalent du "Quand est-ce que vous commencez à vous reproduire ?" aux jeunes couples mariés ou ensemble depuis longtemps. Le cabinet c'est le bébé professionnel du dentiste.

Généralement tu leur réponds "Give me the money". (Pour des raisons évidentes, tes propres parents ne te posent jamais cette question).

Le problème majeur de la fin des études c'est où s'installer. Trop de choix tue le choix. Tu peux aller où tu veux. Mais où tu veux aller ? Dans quelle région ? Campagne ou ville ?

Les chanceux sont ceux qui adorent leur ville/région d'origine et qui rêvent d'y retourner depuis le début.

Les autres chanceux sont ceux qui ont trouvé l'amour de leur vie et qui le suivent.

Vous avez compris je n'étais dans aucune des situations pré-citées. J'étais en dépression pré-diplôme. Prête à partir en Nouvelle-Calédonie pour me rafraîchir les idées et avoir le temps de me poser. 

Au final, j'ai rencontré quelqu'un donc je suis restée dans la ville de mes études. Mais je suis quand même repartie dans ma campagne d'origine pour travailler.

Puis il m'a largué comme une merde on a rompu et j'ai voulu retourner à la ville.

Mon collaborateur m'a alors tenu un discours, que si j'avais eu un flingue je l'aurais assassiné, comme quoi j'étais irresponsable de repartir dans une région où la démographie médicale se porte trop bien, qu'abandonner la campagne c'était un irrespect de mon devoir envers la communauté, que je (et tous les autres qui faisaient ce choix) devraient plus cotiser pour la retraite que lui (et ceux qui bossent à la campagne). 

J'avais expliqué tout ça calmement aux patients qui voulaient savoir mon choix : "où voulez-vous que je chope un mec ici ?". Ils ont compris. Y en a même un qui m'a raconté qu'il allait dans une boîte à Paris où il voyait plein de filles super diplômées mais super seules. Qui avaient tout sacrifié pour leur carrière et qui se réveillaient à 35 ans avec des envies de maris et de mômes et qu'elles ne trouvaient pas.

Tout ce que je n'avais pas envie de devenir.

Mon but ce n'est pas de devenir le meilleur chirurgien-dentiste de France, mais d'être une bonne omnipraticienne, une bonne femme, amante et mère.

L'accomplissement de ma vie ce ne sera pas de regarder les billets voler mais de voir ma famille heureuse.

Et je pense que je ne suis pas la seule à ne pas vouloir me tuer à la tâche, à ne pas vouloir frôler le burn-out mais d'avoir une vie équilibrée.

De plus en plus de femmes peuplent les rangs des disciplines médicales et en relation cela pose un problème démographique. 

Mais j'avais 25 ans et je voulais pas finir seule avec mon chat même si je gagnais plein de sous.

J'ai préféré reprendre une vie plus simple et continuer de draguer des internes.

Maintenant j'y vois plus clair et je suivrai l'amoureux. Le vent nous portera.



jeudi 13 octobre 2011

Les insolites du cabinet dentaire

Parfois y a des patients qui voient de la lumière et qui décident de rentrer même si ils savent pas pourquoi.

- "Je voudrais la clé des toilettes". Madame n'avait pas rendez-vous mais savait que nos patients ont accès à des toilettes à l'étage, fermées pour ne pas faire office de toilettes publiques en plein centre ville de la petite bourgade.

- Le patient qui vole le papier-toilette, le savon, le gel hydro-alcoolique, le spray anti-odeur mais qui a eu la délicatesse de laisser la serviette, la balayette et la cuvette ... Mes soupçons se sont portés sur une famille mais difficile d'accuser quelqu'un sans preuve d'avoir volé le PQ. Comment tourner l'interrogatoire ? "Salut, c'est vous qui avez pris le papier toilette la dernière fois ?". 

- Je cherchais le véto mais je suis arrivé chez vous, vous pouvez m'indiquer où c'est ? 

- Je n'ai pas le téléphone fixe chez moi (mais je veux faire des implants non remboursés par la sécu) donc pas de botin téléphonique et je vous appelle pour avoir un numéro de téléphone que j'ai perdu. Genre on est les renseignements.

- C'est ma soeur qui avait rendez-vous mais j'ai pris sa place. Et j'ai ramené mes gosses aussi. 

- Vous travaillez pas le lundi 15 Août ?

- J'ai appelé à 19h30 mais y avait plus personne. ( Déjà qu'on est là à 8h30 ...)

- Je suis devant la porte, je sonne, je ne pousse pas la porte, je re-sonne, la porte se s'ouvre toujours pas (vu qu'il faut pousser). A la 3ème sonnerie, j'ai failli enlever mes gants pour lui expliquer qu'il faut pousser mais ses  neurones se sont reconnectés et elle est entré.

- J'ai rendez-vous chez un dentiste mais je sais plus son nom. Ah c'est pas vous ? Même joueur joue encore.

Et puis y a ceux qui une fois à l'intérieur, font un peu ce qui veulent.

- "Vous pouvez vous asseoir sur le fauteuil". "Non l'autre, ça c'est ma chaise". Le patient était à ma place derrière le fauteuil et attendait avec un grand sourire ...

- "Vous pouvez poser votre manteau et votre sac". "Non pas là, là c'est ma chaise". C'est un peu comme si tu allais chez la banquier et que tu installais tes affaires sur sa chaise à lui derrière son bureau. Les gens réfléchissent pas parfois ... ou alors ils pensent que je travaille debout (et sur des gens assis).

- "J'ai mal avec mon appareil du haut". "Mais je l'ai pas pris". "On va reprendre rendez-vous alors".
Même joueur joue encore. 

- "Je suis venue mais aujourd'hui je veux qu'on me fasse rien". "T'aurais mieux fait de prévenir dans ces cas-là" ...



lundi 10 octobre 2011

Les phrases de patient qui font hurler ...

"Vous n'êtes pas venu au dernier rendez-vous". "Oui, j'étais en vacances". (Même pas excusez-moi d'ailleurs ...).  Vive la CMU au passage.

"Depuis que je vous ai vu, j'ai mal alors qu'avant j'avais jamais mal". Sa bouche est un cloaque (la ville du Havre après la 2ème guerre mondiale). Chaque dent menaçait telle des bombes à retardement de rentrer en inflammation pulpaire irréversible (gros trou dans chaque dent = pulpe énervée = on se tape la tête contre les murs et bientôt y a plus assez de murs pour se soulager). Maintenant je les préviens (vous êtes une bombe humaine) que ça peut "péter" n'importe quand et que ce n'est pas MA faute.

"C'est la faute d'un ancien dentiste, il a abîmé la dent et depuis elle est fragile".  C'est tellement plus facile de rejeter la faute sur quelqu'un d'autre. Fatalement si on a une carie un jour, soignée ou non, il faut surveiller. Rien n'est immortel. Surtout quand on a une hygiène douteuse (personne ne m'a dit ça avec un indice de plaque de suédois).

"J'ai rien senti pas comme avec l'ancien dentiste". Ça devrait faire plaisir mais j'ai horreur qu'on daube sur le praticien d'avant, ça sous-entend que quand on sera partie, il fera de même avec nous. Surtout que c'était pas du tout la même situation ; une dent différente donc une anesthésie différente (en bas ça fait plus mal, dans le palais aussi), une carie différente. Le praticien le plus méritant est celui qui se tape un traitement canalaire dans une bouche dégueulasse alors que tout le monde aurait extrait mais ça le patient ne le voit jamais. Idem avec la prise d'un patient en urgence, d'une extraction sur une infection qui forcément sera plus douloureuse. Les patients les plus mécontents sont toujours ceux qui viennent le moins souvent. Pour eux on est chez macdo ("je suis au dentiste" qu'ils disent au téléphone quand ils répondent alors qu'on est en soin).

"On m'a posé un plombage il est tombé". C'était un pansement. Il vous a sûrement dit de revenir mais vous l'avez pas fait parce que vous n'aviez plus mal, mais là soit c'est la couronne soit c'est l'extraction ...

"Vous m'avez tué la bouche". "Vous vous êtes très bien débrouillé tout seul". Face à un patient énervé à qui j'avais extrait une dent pourrie jusqu'à la trogne (j'avais eu le malheur de mettre un coup dans la joue ce qui arrive souvent pendant les extractions difficiles). 

"Vas-y c'est des charcutiers ici". Le dentiste aussi délicat qu'un boucher, on connaissait déjà. Lui a voulu innover. J'ai failli lui dire que je faisais des saucissons mais ça n'aurait fait que l'énerver encore plus. Je lui avais juste fait un début de détartrage et détartrer quelqu'un qui n'a pas vu de dentiste en 10 ans c'est agréable pour personne.

"Ne me faites pas de détartrage après j'ai mes dents qui se déchaussent"/ "Le tartre tient mes dents". C'est fou la cristallisation de légendes urbaines autour du détartrage. Acte d'hygiène par excellence (il existe dans les pays scandinaves des hygiénistes qui ne font que ça), c'est la base même de notre activité. Car avec la carie, le tartre est responsable de la plupart des extractions dentaires. Certes le tartre est dur et lie les dents entre elle tel une contention naturelle, mais c'est surtout un agrégat de bactéries qui n'ont comme activité que de provoquer une lyse de l'os (et donc une rétraction de la gencive). Donc à terme ça bouge encore plus.

"On a qu'à tout enlever comme ça, je serais tranquille". C'est incroyable le nombre de gens qui me demandent d'extraire toutes leurs dents restantes pour ne plus avoir jamais mal. Comme si avoir 2 appareils complets était une sinécure, qu'on pouvait manger et avoir une vie sociale normale après ça. J'ai répondu à un patient "on peut aussi vous enlever les 2 jambes comme ça vous serez sûrs de ne jamais avoir mal". Plutôt que prendre leurs responsabilités, de mener à terme les soins, de se faire suivre et contrôler, ils préfèrent capituler et se dire que de toute façon ça devait arriver ("ma mère n'avais plus de dents à 40 ans"). Une dent en moins, c'est un organe en moins (bon sauf les dents de sagesse, là c'est des organes de remplacement). Un coefficient masticatoire diminué. Un visage creusé, plus ridé ...

"Elle est toujours restée sur mon ventre, ça ne dérangeait pas les autres dentiste". Réponse d'une patiente dont la fille de 4 ans ne voulait pas s'asseoir sur la chaise des accompagnants et qui trouvait normal de la laisser donc sur elle pendant le soin. "Et vous comptez la gardez jusqu'à ses 8ans sur vous comme ça ? Et jamais lui apprendre que c'est les adultes qui décident et qu'on doit se plier aux règles et pas bouder pour obtenir ce qu'on veut ?". Inutile de raconter comment la mère a essayé de négocier une inspection de bouche à coups de "on ira pas au manège". Tu l'as gardes sur toi comme un gros bébé et après tu t'étonnes qu'elle obéisse pas ? Je sais que je passe souvent pour une ingrate avec les enfants mais dans mon enfance je ne me serais jamais permise de ne pas me tenir à carreau (puis vint l'adolescence ...). Ça m'éclate (oui carrément) ces réflexions à type de "ce n'est qu'une enfant". Justement quand est-ce qu'on leur apprend la notion de limite, de respect ? 

"Je dois payer ? " . LOL comme disent les jeunes.

"Mais vous êtes jeune".

jeudi 6 octobre 2011

Ces poussées d'adrénaline ...


Personne n'est parfait. Encore moins un jeune soignant.

Forcément en sortant de la faculté, on a jamais vu tous les cas cliniques présentés en cours, jamais rencontrés tous les effets indésirables aussi rares que oubliables.

On a vu que le plus commun et avec un peu de "chance" ou plutôt de communication avec ses camarades/confrères on apprend à parer à des situations inconnues.

L'expérience est une lanterne qui éclaire le chemin déjà parcouru. Tu as vu, tu as vaincu pas sûr mais au moins tu as digéré/analysé le cas et tu en sors grandi.

C'est la grande différence entre le théorique et la pratique. La mise en oeuvre n'est pas aussi simple même en lisant le manuel (voir le problème que pose parfois la lecture et compréhension des kits ikea). "Mais elle est où la vis ????".

N'étant pas une adepte des sensations fortes (je ne risque pas de sauter d'une falaise, j'aurais trop peur que mon coeur lâche de peur et si je survis de me péter les membres et ne plus pouvoir exercer), j'ai horreur des poussées d'adrénaline, des mains qui grattent et ces petites bulles qui transparaissent sous le gant en latex, le coeur qui commence à battre la chamade, le regard qui devient flou ... Ça ressemble presque à un malaise vagal. Sauf que quand tu fais ton malaise, quelqu'un vient t'aider et là t'es tout seul avec ta merde. Qu'il faut que tu te réveilles, ce n'est pas un  rêve, le patient est là, il attend (et ne doit pas savoir que tu paniques). Tout l'art d'être en stress sans que ça se voit. Inspiration. Expiration. A l'aaaaaaaaaaaaiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiideeeeeeeeeee. 

Je me rappelle la première fois où j'ai du enlever une dent toute seule. C'était une canine (racine la plus longue), je me suis démenée. Je cherchais du regard dans la pièce le prof qui si j'avais été à l’hôpital, m'aurais dit "t'inquiètes je gère".  Bon à la place j'ai eu mon gentil maître de stage actif qui est venu m'aider. J'ai appris que face à une dent qui ne bouge pas alors qu'on y met toute son énergie, il faut fraiser au maximum l'os (pas de pitié).

Au chapitre, ça n'arrive qu'à moi; le patient qui se bloque la mâchoire en plein détartrage. Je sais parfaitement comment réduire la luxation. En plus j'ai déjà eu le cas une fois en urgence (un interne en plus en pleine extraction on était 2 et on a dû appeler un mec parce qu'on avait pas assez de force). Enfin en théorie. En pratique, tu zappes de mettre des compresses autour de tes doigts pour pas te faire mordre une fois que ce sera redevenu normal. En attendant, tu as devant toi un patient la bouche ouverte au maximum (on voit ses dents de sagesse à 5 mètres) et tu appuies avec ta force de naine de moins de 50 kg. Oui faut appuyer, ça a pas l'air logique mais faut appuyer et remettre l'os dans l'articulation. J'aurais pu demander à un homme ce jour-là mais j'aurais fait quoi le jour où ça me serait arrivée seule dans ma cambrousse ? J'aurais dit au patient "désolé, je sais pas faire, la dernière fois y avait un mec pour m'aider" ? Bilan, le patient est reparti bouche fermée (imaginez la honte sinon).

Au chapitre faute d'inattention ou de concentration; c'est arrivé à un ami (et à moi mais c'était moins grave), cet ami donc a reçu un courrier de l'orthodontiste de son patient pour extraire 4 prémolaires avant la pose de l'appareil. Le confrère avait noté le bon numéro des dents. Sauf que mon ami a mal lu, au lieu d'enlever les 1 ères prémolaires, il a enlevé les secondes. Une dent est une dent, vous me direz. Sauf qu'elles font pas la même taille et qu'esthétiquement elles sont un peu différentes. Il s'est fait crié dessus très fort par l'ortho (en plus c'est une fille de la fac et elle est conne). Ça m'est arrivé d'enlever une dent de lait de trop. C'est le syndrome je me précipite sur mon davier et j'enlève tout ce qui bouge. MAIS j'ai appelé la consoeur pour lui raconter ma boulette (et lui demander si ça changerait pas son traitement). Elle m'a rassuré, j'ai pu dormir.

Bon j'en ai à la pelle des histoires de cas pourris de gens qui ont mal mais tu sais pas d'où ça vient, qui te font une réaction de la mort (non pas au sens propre) à une pauvre petite anesthésie alors que les autres patients n'ont jamais eu ça, ces premières fois où tu prescris un médicament (et que tu es obligée de vérifier dans le vidal la posologie tellement à part le nom tu sais plus rien) et où tu n'as pas la moindre idée si ça va fonctionner ou non. La patiente te regarde avec cette confiance où tu te dis "faut pas que je me foire", tu la vois 48 h plus tard pour contrôler mais c'est aussi pour te rassurer.

J'ai pas fini d'en avoir des angoisses.

Le pire c'est que parfois j'ai envie de crier "maman" (ce besoin primaire revient souvent dans les phases les plus dures de mon existence comme en cas de gueule de bois ou de gueule de bois associée au mal de mer) (l'abus d'alcool est dangereux pour la santé à consommer avec modération). Sauf qu'elle n'est d'aucune aide.

Plus tard j'en rirai.

mardi 4 octobre 2011

A quoi pense le dentiste pendant le détartrage (suite) ?

Souvent il suffit d'une chanson à la radio le matin pour te pourrir la tête.

T'as envie de faire un lavage de cerveau pour que la mélodie parte.

Cette aprem, je sens que j'aurais besoin d'occuper mes pensées pour ne pas avoir CETTE chanson pourrie qui me hante.

Mais c'est de ma faute.

Explication (ça fait un peu 3615 my laïfe mais j'étais obligée de vous le faire partager) (écoutez au moins les chansons c'est mythique) :

J'aime bien vivre comme si j'étais dans une comédie musicale. Et faire des associations mot= chanson untelle (heureusement que je connais peu de Lucie ou de Jeanneton). 

Même si au cabinet, je ne l'applique guère pour des raisons évidentes. J'aurais trop peur qu'un patient porte plainte et me fasse interner. 

Donc là je parlais avec mon amoureux d'un pilote que j'arrête pas de croiser en ville (en Province, pour évoquer le centre-ville on dit "en ville"). Dont une fois dans un resto qui faisait karaoké mais y a eu des plaintes de météo France et du voisinage alors ils ont arrêté à moins que ce soit moi à force de les maudire de pas avoir du REM, où je m'essayais avec une amie à une chanson somme toute facile à chanter issue de nos années collège.




Une fois l'anecdote racontée, vous pensez bien que j'avais envie de mettre du should i leave or should i stay à toutes les sauces.

J'ai donc passé la journée à ponctuer les vides par du David Charvet, comme en plus je ne connais pas toutes les paroles, j'ai vite tourné en rond.

Le soir je l'ai gratifié d'une surprise, je lui ai fait un mini-revival années 96-98 pour lui rappeler d'où je venais (il est pas de la même décennie).

Non il m'a pas largué dans la seconde.

Il préparait sa vengeance.

Il a attendu une journée que je n'ai plus ces chansons en tête.

Hier soir en allant nous coucher, il s'est penché vers moi Raphaël a l'air d'un ange mais c'est un diable de l'amour, quand il se penche ... et m'a susurré : LUCY DON'T CRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRYYYYYYYYYYYYYYYY.



Bref toute à l'heure quand je reprendrais le boulot, j'aurais envie de massacrer Alliage. Prions pour qu'aucune patiente ne s'appelle Lucy. 

lundi 3 octobre 2011

Il a free il a tout compris

On parle souvent de cette France à 2 vitesses.

Aux "riches" qui peuvent se payer une bonne mutuelle et qui ont un meilleur accès aux soins.

Aux "pauvres" qui doivent se démener pour payer leur mutuelle et qui doivent choisir quel opération/acte est prioritaire.

Au milieu de tout ce monde, il y a les bénéficiaires de la CMU, couverture maladie universelle. Les soins sont payés par la Caisse Primaire d'Assurance Maladie donc par les travailleurs (dédicace à l'URSSAF).

Ces patients ne travaillent pas (ou alors au black donc pas de revenus déclarés) depuis plus ou moins longtemps. Ils déclarent un revenu considéré comme très faible ( 7611 euros en 2011). Donc en plus du RMI, ils ont la CMU.

Vous me direz, où est le problème ? C'est normal dans un pays à vocation sociale d'aider les plus démunis à avoir une vie normale.

Sauf que premier problème ces patients ont un accès totalement gratuit à des actes de prothèse que les travailleurs pauvres (ceux qui sont juste au dessus de la limite) n'ont pas. Là où les travailleurs pauvres cotisent tous les mois pour leur sécu sur leur salaire, et leur mutuelle, les patients CMU ne déboursent jamais rien. 

Et ils le savent, ils viennent tous les 5 ans changer leur prothèse, attendent de ravoir la CMU pour se faire leur couronne, alors que les autres doivent épargner sur leur petit salaire vu qu'ils ont toujours un reste à charge.

Une patiente me racontait qu'elle était outrée (et je la comprends) de voir son fils qui n'a jamais rien fait de sa vie bénéficier de la CMU lui et toute sa famille, se refaire les lunettes, les appareils ... alors qu'elle hésitait depuis 20 ans à changer de prothèse. 

La chose ne serait pas râlante si des milliers de gens ne profitaient pas du système. Combien sont-ils à ne jamais avoir cotisé pour la sécu parce qu'ils n'ont jamais travaillé, certes c'est la crise, mais nombreux sont ceux qui n'ont jamais cherché à changer de situation, et qui étaient bienheureux avec leurs aides

Je sais bien que je passe pour une sale fille de droite (ce que je ne suis pas en plus) mais j'ai mal pour ceux qui se lèvent tous les matins, et qui savent le vrai coût des soins.

Je pourrais aussi baisser le prix des prothèses. Dans ce cas, les lunettes devraient aussi être moins chères chez l'opticien, ainsi que les actes de radiographies, les dépassements d'honoraires sur les opérations chirurgicales...

Mais c'est rageant aussi ces gens qui viennent habiter 4 mois chez leurs enfants en France pour bénéficier de la CMU et faire leurs soins.

Ce qui est révoltant est que souvent ces patients veulent bien payer de leur poche les actes hors nomenclature (donc non pris en charge par la CMU), type couronne esthétique sur une molaire, blanchiment. Par principe, je ne le propose pas. Si le patient est CMU c'est qu'il ne peut pas donner 260 euros en complément juste par souci esthétique. Mais eux ça les choque pas. D'ailleurs y a une semaine, j'en ai vu un arriver qui voulait des dents en argent. Pas la couleur argent (couronne métal), mais en métal précieux argent. "Ça se travaille pas l'argent en prothèse". "De l'or alors"...

Sinon pour anticiper vos questions, bien sûr que je les soigne. Même si pour les travaux de prothèse, on est déficitaires. (Le coût de laboratoire reste le même, rapporté au nombre de séances, on est toujours perdant). Je suis certaine que l'essor des prothèses chinoises est issu de ce "souci" (part prise en charge par la sécu trop faible).




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