jeudi 15 décembre 2011

Comment virer ses patients en toute impunité ?

On ne peut pas plaire à tout le monde, je le répète souvent. Parfois c'est le patient qui ne me plaît pas. Qui est d'emblée désagréable, qui ne fait pas confiance, nous met mal à l'aise, nous remet en questions, ne vient pas. Bilan avec ce type de patient, on est sur les nerfs.

De deux choses l'une, soit on les invite à changer de praticien dès le début (j'ai du le faire une fois et c'est aussi dur qu'une rupture à expliquer), soit on subit et on attend qu'ils craquent.

Si il a de la prothèse à faire, on leur fait un devis faramineux, pour les dégoûter. Si ils reviennent c'est qu'ils sont hyper-motivés. La perspective d'être payée à la fin fait mieux passer la pilule.

Si c'est des soins, on commence par le fonctionnel, l'urgence mais pas l'esthétique. On traite la douleur et on traîne en longueur le reste pour qu'ils se lassent. On commence par les dents du fond (les molaires), on finit par les incisives (même si ils viennent pour ça, c'est à nous de choisir).

Sinon on les pousse à la faute. On leur donne des rendez-vous tôt un samedi matin quand on est sûr qu'ils ne se lèveront pas pour pouvoir leur dire au bout de 3 fois : "3 rendez-vous manqués, je ne vous prends plus".

Certains nous facilitent la tâche donc la vie. Après avoir invoqué toutes les excuses les plus bidons (j'étais en vacances, mon oncle est mort), il arrive en retard d'une heure au rendez-vous car dans sa tête c'était cette heure-là. Bien sur il a patienté gentiment devant la porte un moment mais n'a pas voulu déranger. Sauf que la patiente d'après a pris le même bus et l'a balancé (je l'adore cette dame). Ensuite il a essayé de me baratiner, "oui je travaille sur la route patati patata". Je l'ai calmé direct (2 mois que j'attendais ce moment). "Moi mon boulot c'est de soigner les gens pas de les attendre ". Il a dû attendre un moment avant de se relever et se décider à aller prendre un rendez-vous avec quelqu'un d'autre mais au moins, j'étais soulagée !

mardi 13 décembre 2011

De la position allongée ...

Tous les jours un patient se plaint de sa position sur le fauteuil, avec cette impression constante qu'il est tête en bas.

Chez les personnes âgées c'est récurrent d'entendre "vous pouvez arrêtez la descente là ça me convient" alors qu'elles sont tout juste assis. C'est souvent le moment (je n'ai aucune patience) où je leur dit que je ne peux rien faire si ils sont assis. Ce qui est vrai. La plupart du temps, je capitule, trouve un compromis, allongés mais pas trop parce que sinon j'y aurais droit pendant toute la séance aux jérémiades, aux "je vais m’estourbir", "je peux pas respirer", "j'ai la tête en bas". Et mon but dans la vie c'est de soigner, pas d'essayer de soigner, j'ai 30 minutes, parfois moins alors il faut agir (et travailler plus pour gagner plus). 

Chez les jeunes c'est diffèrent. La première fois, ils pensent tous qu'ils vont tomber ou glisser. Et je rigole. Parce que je sais qu'ils vont à la fête foraine (qui fait des morts tous les ans), ou au Parc Astérix faire le goudurix ou Space Moutain chez Mickey, donc là ils ont vraiment la tête en bas avec l'impression qu'ils vont se crasher. Je me marre qu'ils ne distinguent pas la différence. Comme je leur dis souvent "personne n'est mort sur ce fauteuil pour l'instant". Parfois je leur propose un niveau pour qu'ils constatent d'eux-mêmes qu'ils sont à plat et que ce sont leurs jambes qui sont relevées. A un patient qui était d'humeur blagueuse, je lui ai dit que ça permettrait d'oxygéner son cerveau. Il ne l'a pas mal pris. A éviter avec les susceptibles.

J'aime mes patients qui me disent de faire comme je veux pour être confortable. Ces patients ont tout compris. Je veux dire c'est logique de vouloir être soigné dans de bonnes conditions par un praticien qui n'est pas plié en deux et qui ne devra pas prendre une retraite anticipée pour cause de dos en vrac, par un praticien qui a une bonne vision surtout et qui voit où il va. Quand ils se font opérer et qu'ils voient leur chirurgien en consult' ils ne sont pas aussi chiant, peut-être parce que c'est leur vie (survie) qui est en jeu et qu'ils voient dans leurs soins dentaires que du bonus esthétique et non pas  du vital. 

Après je négocie. Les patients nous testent. Leur vieux dentiste (celui qui s'est pété le dos et qui marche courbé comme toute sa génération) les contentait parce qu'à son époque à la fac on ne leur enseignait pas ce genre de choses. La première fois, ils tiquent puis ils s'habituent ou se résignent. Oui c'est moi qui décide. 

Je n'ai que 27 ans et j'ai déjà des douleurs dans le dos malgré l'aide précieuse de mon ostéopathe pour me replacer les vertèbres. Alors j'imagine pas dans 40 ans ...

Nous sommes la nouvelle génération de soignants, plus égoïstes certes (plus de vacances, moins d'horaires à rallonge, des mi-temps) mais c'est aussi pour votre bien. Anima sana in corpore sano. Si on est mieux dans votre corps on vous traitera mieux.


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