mardi 27 mars 2012

La recherche

Je suis revenue de vacances, remis un pied sur les sites d'annonces, attendu un peu, remis la mienne et une semaine après j'avais visité 5 cabinets. 

J'ai retrouvé l'excitation des sites de rencontres, l'euphorie de voir qu'on a répondu à l'annonce, d'être contactée, de se voir proposer un rendez-vous. Ainsi si le premier entretien avait été fixé à l'avance, ceux qui ont suivi ce sont fait à la dernière minute après un appel téléphonique du praticien concerné "vous êtes disponibles à 16h30 ?". J'avoue que l'absence de planification de mes journées, (si ce n'est des heures de repas, et des séances de course à pied au parc), ne me poussait guère à vouloir faire autre chose que glander devant mes séries en streaming. Mais là c'était pour le boulot et je devais me montrer réactive. J'ai observée que contrairement à la province, on est nombreux à se présenter candidats et mieux vaut montrer sa motivation. 

Un coup d'oeil à l'horloge, au site ratp.fr et aux pages jaunes. Le premier pour mettre en place la phase ravalement de façade (si je me lève tous les matins à 7h30 , je ne me maquille pas forcément après ma douche comme avant), le second mon allié dans ma recherche est le site le plus visité ces jours-ci (me permet entre autres de savoir combien de temps va durer le trajet et donc savoir l'heure de départ), et le troisième enfin pour visualiser sur une carte où je dois me rendre (à quelle station de métro descendre ?, marcher un peu, beaucoup ?). 

J'ai toujours été à l'heure (ou surtout en avance), j'ai sacrifié 4 fois ma pause déjeuner (et laissé une fois l'appart avec le thé à peine refroidi). J'ai voyagé en métro. Attendu sur les quais (appris que les amputés des 2 bras ont la gratuité si ils voyagent non accompagnés), pris des lignes inconnues, balayé le Nord Parisien d'Est en Ouest, vus de très beaux cabinets dans des immeubles splendides, attendu en salle d'attente.

Aucun n'était parfait mais je commençais à être atteinte du syndrome du job alimentaire, c'est à dire prendre le premier truc qui passe (ou plutôt le premier où l'on me choisira moi). 

J'avais déjà fait une croix sur mes samedis, mais j'avais marchandé le lundi de libre, puis est arrivé ce cabinet où c'était samedi et lundi matin et j'ai quand même hésité. 

On m'a dit "je vous dit ça avant la fin du mois" alors qu'on était le 15 et ça signifiait 15 jours de suspense, on me l'a dit 2 fois. Et je devais donner ma réponse pour l'un avant. J'ai fait un classement, des pour, des contre.

Un matin alors que je me préparais pour le dernier entretien prévu, le téléphone a sonné. Et il m'a dit "je vous ai choisi". Bon certes, je croyais que ce serait à la fin du mois. J'ai sauté de joie, revisualisé le cabinet pour comprendre si j'étais excitée à l'idée de travailler ou si il était vraiment top, c'était mon 2 ème préféré (l'autre aurait été ma ruine étant placé juste à côté de mon magasin et de mon foodhall préféré).

Je suis quand même allée à l'entretien. Bâtiment magnifique encore une fois mais du coup aucun accès handicapé (l'immeuble haussmanien est synonyme d'escaliers en bois avec tapis, cage d'escalier étroite, ascenseur pour 1 personne ...), non informatisé, ... mais avec des praticiens prêts à tout (= plus désespéré que moi). Je n'ai pas osé dire que mon choix était presque fait. J'ai préféré dire que je rappellerais.

Le soir il a rappelé. "J'arrête de chercher, vous pouvez arrêter aussi". Bien sûr j'ai acquiescé. Dans ma tête j'étais sonnée, alors qu'au début je ne me voyais pas ne pas bosser, je m'étais habituée à mes journées à cuisiner, faire du pain et aller au parc, et là paf il me disait qu'il restait une semaine de glande et je regrettais déjà. J'ai pensé à mon banquier ma soif de soigner et on a pris rendez-vous.

Puis on a signé ...



lundi 19 mars 2012

Travailler le samedi

Longtemps je me suis couchée de bonne heure. Longtemps le samedi matin était synonyme de réveil sans réveil. Une des choses que l'on apprécie le plus après s'être coltiné 7 ans de cours le samedi matin à 8h au collège-lycée, c'est que la fac est fermée. Peut-être pas aux TPs, ateliers de recherche, mais du moins, pas de cours magistral. Bref le vendredi à 16h30, on crie "c'est le week-end", on se prépare à faire la chouille (quoiqu'on l'a déjà fait la veille). 

Parfois en 5 ème année, on était "de garde" le samedi, c'est à dire qu'à tour de rôles un groupe de 6 étudiants et un prof attitré venait au service hospitalier recevoir les urgences dentaires (= les gens refoulés de tous les cabinets dentaires de la ville car non observants en terme de soins ou avec suivi par un praticien absent ou indisponible ). Parfois on s'était aussi collé une bonne murge la veille. J'ai en pensée une copine dont la prof lui a dit "ne te penche surtout pas, si tu sens que ça vient, reprends ton souffle". (Pourquoi elle était toujours de garde le lendemain d'une soirée internat ???). Bref on était pas très motivés pour venir, surtout que qui dit étudiant dit quasi bénévolat (= 200 euros par mois). 

Puis tu commences à travailler , et le dentiste que tu remplaces te dis que tu feras les samedis aussi, tu serres un peu les fesses, ce ne sera que pour un mois. Au début, tu négocies, tu résistes, et tu te rends compte que c'est ça ou rien (enfin si le chômage).

J'ai eu de la chance, pendant plus d'un an, j'ai "échappé" au travail du samedi, puis pas eu le choix. Même 9 mois après c'est toujours dur de se lever, le plus dur étant de sortir du lit en pensant à son homme qui dort, à ceux qui ont fait la fête la veille, qui partent en week-end, qui se feront une grasse mat' en se réveillant tout doucement avec le jour. A 8h, à l'heure où tout le monde ronfle, tu pars au boulot. Et tu arrives en retard.
Finalement une fois tous les patients terminés, c'était pas si dur (sauf si la veille tu as bu plus de mojitos que d'eau mais à l'usage on apprend à s'arrêter au 3 ème). Enfin si ils viennent. Si les patients oublient, non seulement tu les haïras, tu leur feras la morale ("je me suis levée MOI"), si tant est qu'ils reviennent.

Il faut dire que j'essaie de me conditionner. Avec les copines on s'est toujours dite que plus tard le samedi ce sera le week-end, quand on aura notre cab'. Là en l’occurrence j'en suis loin et voyant que sur les 5 cabinets avec lesquels je suis contact seul un seul un me demande de ne pas venir le samedi, je me suis habituée à l'idée.

Ce qui change c'est que maintenant je partage mon quotidien avec quelqu'un, qui lui veux partir en week-end quand il veut et qui est chagriné par l'idée que je lui dise comme l'année passée, qu'avant 14h le samedi je ne suis pas disponible. Que les vendredis soir je sortirai mais je me coucherai avant minuit.

Je pense à mes futurs patients, à ceux qui travaillent toute la semaine, qui ont 1h de trajet pour rentrer chez eux et qui ne pourraient jamais venir se faire soigner si le cabinet était fermé le samedi.

Le sacrifice suprême pour l'étudiante que j'étais mais un enjeu économique maintenant que je ne suis pas en mesure de négocier.

mardi 6 mars 2012

Deseperate housewive

J'avais trouvé le cabinet idéal. J'étais dans le dernier carré des sélectionnés pour le poste, et la nouvelle tomba ; ce n'était pas pour moi. Ma première réaction face à cette désillusion fut d'appeler ma mère et de pleurer que je n'aurais jamais de retraite. Elle répondit que dans tous les cas, je n'en aurais point, autant m'y préparer. 

Bien sûr, des tas d'annonces fourmillent sur les sites spécialisés, j'ai visité quelques cabinets mais à la lumière du dernier, j'ai compris qu'il y avait un gouffre entre la quasi-perfection et cet amas de pas très intéressant. Des cabinets vieillissants, mal situés, aux horaires contraignants. En comparaison, ils perdaient toujours même unis face au petit bijou, qui me redonnait en même temps l'espoir que cela pouvait exister de travailler dans de bonnes conditions.

Pour continuer dans mes métaphores vaseuses, la recherche du cabinet idéal ressemble à celle du copain idéal. Je ne suis pas (encore) assez désespérée pour accepter le premier qui passe. Même en me passant des allocations chômage et tutti quanti (j'ai démissionné donc je n'y ai pas le droit), j'ai de quoi me payer ma part de loyer (et d'avoir assez pour me payer aussi des vacances), et même si ce n'était pas le cas, mon homme est si merveilleux qu'il s'est proposé de me soutenir financièrement (ce qui n'est pas une solution rapport à la retraite que je veux toucher).

Et là je me sens glisser vers un statut non voulu, celui de la femme au foyer. Encore heureux que je prenne la pilule, l'arrivée d'un bébé ne m'aurait que conforté dans cette position.

Samedi quand j'ai quitté ma neige (oui parfaitement elle m'appartenait), j'avais ce pincement de quitter les vacances pour atterrir dans ce no man's land de non activité prolongée aussi nommée chômage (n'ayons pas peur des mots).

Depuis j'ai répondu à des annonces, frémit quand on m'a rappelé, attendu encore des entretiens mais cela ne fait que 2 jours sans rien faire (de constructif s'entend, je ne suis pas restée sous la couette à contempler le plafond) et je n'en peux déjà plus.

Sûrement par anticipation de me dire qu'une fois les affaires de ski rangées, l'appart nettoyé, les séries regardées, les livres lus, que me restera-t'il à faire ? 

Autant je suis une championne de la glande organisée (ce dit de la glande organisée, une glande voulue où tout est pré-programmé pour n'avoir rien d'autre à faire que ne rien faire) les jours de repos (soit pas souvent ces derniers mois entre les transit province-Paris et les 35 h au boulot), autant je déteste les vacances prolongées. Je me sens un peu comme en plein mois de Septembre une fois tout voyage terminé, attendant désespérément le retour à la ville pour retrouver les amis et la frénésie d'une journée remplie.

Heureusement que le streaming n'est pas totalement mort.

Sur ce je vous abandonne, j'ai un poulet à rôtir ...

lundi 5 mars 2012

Dernier jour



3 mois que j'avais prévu ce moment en donnant ma démission.

3 mois que je savais que ce soir-là je viderais mon appart et dimanche je partirais skier.

3 mois que je planifiais mes plans de traitement prothétique pour "terminer" mes patients à temps.

Ce soir-là j'ai quitté mon poste mais je m’apprête aussi à partir de ma ville étudiante où j'habitais depuis plus de 8 ans.

Je me rappelle le jour du "vidage des casiers" à l'hôpital où on a mis 3 ans de nos vies dans des cartons et où on a fait la queue un par un pour rendre nos dosimètres. A l'époque, j'étais heureuse et soulagée d'être thésée et validée, de passer à la phase "docteur".

Aujourd'hui, je suis partagée. Surement parce que le poste que je briguais ne m'a pas été donné et que pour la première fois en 2 ans et demi, je n'ai pas de vision claire de ce que je vais faire le mois prochain.

Mais ce que j'ai préféré dans cette journée ce sont mes patients, ceux que j'ai vu assez pour qu'ils aient ressenti le besoin de me dire que je ne pouvais pas partir, qu'ils s'étaient habitués. J'ai rigolé avec une de l'envie de son copain de partir au fin fond de la campagne, je lui ai livré quelques unes des propositions plus ou moins farfelues du mien. Une m'a vraiment fait plaisir en m'offrant des chocolats, là je me suis rappelée que depuis des pâtisseries orientales pendant le ramadan l'été d'avant, je n'avais eu aucun cadeau. Je me sentais gratifiée qu'on reconnaisse mon travail, mon côté humain. Cela tranchait un peu des autres patients pour qui je suis interchangeable avec mes autres collègues, qui n'était ni touchés par mon départ. Ces mêmes patients qui ne comprennent pas qu'on est tous différents et qu'on ne peut finir le travail de nos confrères sans reprendre le plan de traitement à zéro. 

J'ai eu ma vieille chiante, celle que j'ai vu quasiment toutes les semaines depuis que j'ai posé sa prothèse. Jamais un service après-vente n'aura mieux porté son nom. Après des semaines à me dire que quelque chose devait clocher pour qu'elle ait toujours mal, j'ai compris qu'elle adorait passer pour des blessures que je ne voyais jamais sur ses muqueuses. Ce vendredi-là elle avait pris rendez-vous car elle savait que je partais et voulais être sûre. J'ai meulé un petit bord, elle avait l'air satisfaite. Mais j'appréhende un peu de rappeler mes confrères de peur qu'il me demande pourquoi j'ai laissé un cadeau pareil.

J'ai revu Mme Balboa. Elle soupirait toujours en entrant. Je l'ai regardé avec amusement. On aurait dit qu'elle se préparait à entrer en scène quand la porte s'ouvre et qu'elle se mettait dans le rôle de la vieille fatiguée qui va faire un malaise. Après quelques péripéties, j'ai enfin terminé ce que je voulais faire en novembre. Elle savait pour le départ et espère juste que ça ira en attendant.

J'ai fini les soins de plusieurs patients pour qu'ils n'aient besoin de revenir consulter qu'en cas de problème ou pour un contrôle dans 6 mois. J'ai adressé les autres, certains avec le sourire (pour moi) de ne plus avoir à supporter leur tronche.

J'ai adoré dire la dernière semaine à ceux qui pensaient que je sauverais leur bouche (en mode port du Havre après les bombardements), que je n'aurais pas le temps. Pour d'autres, j'ai imaginé dans ma tête les plans de traitements que j'aurais mis en place.

La journée est passée vite. Elle n'a pas fini sur la note que je pensais. Mon dernier patient fut une extraction. Une dent qui ne voulait pas venir. Je me suis bien amusée dessus, pas envie de conclure sur un échec. J'ai réussi. Dans la bataille, j'ai eu le droit à un AES. Une aiguille de suture qui dans la précipitation a percé mon gant et  ma cuticule. Ça tombe bien, je voulais refaire une sérologie. J'ai donc dit au revoir à la moitié de mes collègues avec un doigt dans de l'hypochlorite diluée.




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