jeudi 31 mai 2012

Tiens voilà la banlieue

J'avais décidé de ne pas me plaindre car je viens de revenir de vacances . Et on ne peut pas se plaindre de ne pas gagner sa vie et partir très loin. Même si les billets d'avions ont été payés l'an dernier et que la vie sur place était bon marché.

Et puis j'étais dans le déni. Au départ j'ai cru que ça allait aller. Mon côté optimiste. J'en avais marre de mes collègues qui me disaient au téléphone "c'est pas normal".

Alors que ça ne faisait même pas un mois que j'avais commencé mon poste, j'ai entamé une recherche pour un 2ème poste. N'étant pas du genre à abandonner au moindre obstacle, je n'ai pas voulu démissionner du premier poste. Un il me fallait une sécurité. Deux j'étais encore persuadée que ça allait venir. Ça m'aurait grandement aidé par contre de le faire vu que mes jours de présence là-bas sont les jours les plus demandés à Paris.

Le problème reste que j'avais visité des tas de cabinets avant de signer. Que celui-là était celui qui m'avait répondu positivement et qui correspondait le plus à mes attentes (équipement, équipe, localisation). Le détail (qui n'en n'est pas un) est que le cabinet est situé dans l'arrondissement de Paris qui comporte le plus de dentistes. Rien que dans la rue où je "travaille" il existe plus d'une quinzaine de plaques dorées. Autant dire que la petite jeune souffre de la concurrence.

J'aime à dire que je gagne moins que ma femme de ménage et que mon assistante.

Parce qu'en libéral si tu viens pour 2 patients, tu es quand même rémunérée à l'acte. Et j'ai refusé de faire des dépassements car ce n'était pas la solution.

Je n'ai rien dit parce que j'étais fière mais entendre parler de tous les patients de mes amis me faisaient mal au coeur, idem que de voir mon livret A se vider pour payer ma moitié de loyer (chose à laquelle je tenais vu que je partais en vacances). 

J'aimerais dire que je suis fatiguée et submergée de travail mais c'est faux, je travaille moins d'une journée par semaine mis bout à bout.

Je n'ai pas dévitalisé une dent depuis février et ce n'est vraiment pas normal. Même si l'assistante me dit qu'il n'y a jamais d'urgences au cabinet à part des couronnes descellées. 

Ce qui me retient de démissionner pour de bon, c'est toutes ces démarches administratives à refaire, la banlieue ce n'est pas Paris pour la CPAM, l'URSSAF et le conseil de l'ordre. Ça et le fait que le conseil de l'ordre du 93 est à Livry Gargan et que je repousse le moment d'y faire un tour.

Avant de partir en vacances, j'ai remis une annonce pour mes 3 jours pourris que personne ne veut car ils n'arrangent personne.

Un premier cabinet m'a répondu, j'ai failli accepter alors que ça puait à quinze mètres l'arnaque (le genre de cabinet où tu soignes le patient que si il accepte le devis de prothèse).

Puis au plein milieu du paradis (merci à la soeur pour son iphone et à l'hôtel pour le wifi), j'ai eu une réponse de la banlieue où je ne voulais pas aller. Là-bas dans le 93 qui manque pourtant cruellement de dentistes.

La banlieue mais pas trop, genre le terminus du métro. Le cabinet est en bas d'une tour. Au début je me suis dite "oh putain", puis je me suis rappelée de ce quartier où j'habite, de ces tours en bas desquelles se trouve le monop' et le marché, que c'est imposant mais pas si dangereux. Si on regarde bien on y trouve des maisons mignonnes (à 2 millions). Ça plus le fait que j'ai plus de 4700 euros à lâcher et que mon livret A devait me servir à autre chose. 

Le cabinet est bien équipé, le dentiste super sympa. Alors j'ai signé dans la foulée. Après j'ai vu un mec rouler sur le trottoir en scooter et ça m'a fait rigoler. 

Je sais que pendant un moment je vais éviter les jupes trop courtes pour aller bosser (de toute façon avec les marches dans le métro c'est pas top). Mais j'ai eu enfin espoir de quitter mon statut de dentiste précaire. J'imagine aussi que l'été va être difficile, de jongler entre les 2 cabinets et travailler tous les jours mais la fin justifie les moyens.

Je ne regrette pas mon déménagement au point de vue personnel. Je regrette juste qu'on n'établisse pas des quotas au conseil de l'ordre et que l'on autorise des ouvertures de postes dans des zones sans demande.

Bien sûr j'ai annoncé la nouvelle à mon premier collaborateur (celui des quartiers chics) qui m'a dit que j'avais eu raison. Je ne lui ai pas dit qu'avant la fin de l'année (quand j'aurais le courage de dire à l'URSSAF de Paris que je veux faire un transfert de dossier alors que mon dossier n'est toujours pas créé), je l'aurais sûrement largué. Parce que là-bas dans le 93 l'emploi du temps est bien garni et le choix s'imposera de lui-même.

Maintenant que je commençais à voir le bout de la paperasse administrative je recommence ... 

mardi 29 mai 2012

Etat de choc

Hier j'étais déjà déprimée d'être revenue de vacances, de devoir ranger mes affaires et entamer mes lessives quand j'ai ouvert le courrier de ma caisse de retraite.

J'ai longtemps habité le monde des bisounours et j'avais omis de comprendre certains détails comme le suivant; chaque année indépendamment des recettes, je dois verser 4700 euros de cotisations forfaitaires. Dans mon esprit, m'ayant déjà acquitté des cotisations forfaitaires de 5500 et 7000 euros les 2 premières années, je pensais que ces sommes seraient régularisées en année N (cette année donc). Je pensais donc ne rien payer cette année ou des broutilles. Quand j'ai compris que je m'étais fourvoyée mon monde s'est écroulé. 

On pense souvent qu'un dentiste est blindé (de droite) et qu'il roule en BM. On oublie de préciser toutes ses cotisations obligatoires que nous devons régler à des organismes (caisse de retraite, URSSAF) qui nous répondent qu'un jour où sera pété de thunes donc pourquoi se plaindre ?

Après avoir passé l'aprem enfouie sous une pile de linge propre à ranger à fixer l'échéancier, j'ai pris une décision. Prendre un 2ème poste, même en banlieue et travailler plus.

Quand je pense que je n'avais pas pris de vacances au soleil depuis août 2010 ça me fait mal.




jeudi 3 mai 2012

Ca dépend, ça dépasse

C'est étonnant toutes ces nouvelles questions que je me pose depuis mon installation à Paris.

En plus de savoir si je devrais pas ouvrir un salon de thé (à force de faire du pain et des carrot cake pour m'occuper), je fais face à un dilemme qui ne se discute pas en province. A savoir faut-il faire des dépassements sur les soins ?

Concernant la prothèse, le prix du prothésiste, du matériel fourni et des séances de préparation font que la question est vite résolue. A moins d'envoyer les empreintes en Chine et d'avoir une couronne céramique pour 50 euros mais ça je refuse de le faire.

A Paris et en banlieue (même sensible), les dépassements sont "tolérés". Quand je repense à un ancien collaborateur qui avait des rappels de la sécu car il facturait la consultation à 22 euros (le prix chez le généraliste à l'époque) au lieu de 21, je me dis qu'il rigolerait bien si il voyait ce que je vois. (Genre un détartrage au quadruple du prix ).

Il faut dire que selon un test facebook, je suis une dentiste humaniste. Au départ, j'avais du mal à m'en convaincre. De mon point de vue, on fait ce métier d'abord pour soigner des gens pas pour devenir riche (ou alors être "riche" que la partie de l'année où la caisse de retraite, l'urssaf et les impôts n'ont pas pris leur moitié). 

Puis j'ai vu évoluer certains camardes de promo, ceux qui plutôt que de parler des difficultés rencontrées au cabinet avec tel ou tel patient, de leurs plans de traitements, ne pensent qu'au bénéfice. A faire taxer le patient un maximum, à lui vendre de la prothèse, à le saigner un peu plus en somme. Les même qui finiront par ne soigner que des riches comme eux si "leur" candidat est réélu.

Je n'ai jamais voulu être "pétée de thunes" juste avoir de quoi payer mon loyer (voire payer les mensualités si j'achète), partir en vacances, élever mes enfants plus tard et manger des bons petits plats entre (et plein de paires de chaussures). 

Je ne fais donc pas le course à l'argent. Bien sûr il faut le minimum, être libéral c'est un statut si particulier avec cette équation  pas de patients = pas d'entrées = payer la caisse de retraite + l'urssaf + les impôts + les assurances en se débrouillant autrement . Mais je n'arrive pas à faire du dépassements.

Je n'arrive pas à me résoudre à ne pas coter un détartrage 28,92. En parlant à des parisiens, certains ne savaient même pas que c'était le vrai prix, tellement ici "on fait un peu ce qu'on veut".  En ce moment, j'ai envie de claquer (gentiment hein elle est sympa) l'assistante qui me demande pourquoi j'arrondis pas tout. Je sais pas peut-être parce que je suis une petite fille très sage qui a signé une convention et qui se doit de la respecter. Surtout que la-dite assistante habite dans le même arrondissement que moi, là où sortir 1 euros de plus non remboursé à chaque consult' serait vécu comme une injure.

Je veux soigner tout le monde pas que ceux qui peuvent se permettre de rajouter 40 euros sur chaque soin (oui parce que l'arrondissement de virgule c'est juste le plan B après avoir compris que je ne ferais pas du tarif libre). Même si je dois gagner moins je ne le ferais pas.
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