lundi 25 juin 2012

Première semaine

J'ai donc commencé ma double vie, mon partage entre le cabinet A des beaux quartiers et le cabinet B du 93. L'appréhension était là. Quand on a pas vraiment bossé depuis 3 mois (ou rien de très technique), c'est toujours dur de s'y remettre. Retrouver le rythme d'un patient toutes les 30 minutes, trouver un moment pour aller éliminer le thé, souffler, manger ...

La journée du lundi fut très remplie et très éclectique à l'image du cabinet B. Une part de CMU, mais aussi des patients qui viennent de loin juste pour le cabinet. J'ai eu mon premier retard du à une patiente que je n'aurais du prendre (arrivée 20 minutes après l'heure de son rendez-vous). Retard rattrapé que sur ma pause déjeuner raccourcie. Je n'ai pas eu de remarque désobligeante de type "c'est vous le dentiste ?".  Le fait que la collaboratrice précédente soit jeune aide, ajouté à la problématique "j'ai mal aux dents, peut importe la personne je veux être soulagée". 

J'ai attendu le mardi pour dire à mes amis où je bossais. La réaction fut sans appel. "Qu'est-ce que tu fous dans le 93 ?". Est sortie ma partie humaniste. Oui il y a des dealers dans le square (comme dans tous les parcs parisiens), oui il y a des jeunes qui traînent en bas des tours, non les patients ne viennent pas armés. J'ai redécouvert au passage un concept. Celui de l'insécurité. Qu'est-ce qui fait qu'un quartier craint ? Comment définit-t'on cette notion ? Oui je me sens étrangère dans ce quartier où tout le monde se connait  depuis des années. Mais je ne me sens pas pour autant en danger. J'ai compris qu'à force de stigmatiser la Seine Saint Denis comme un département peuplés de voyous, on oublie que la grande majorité sont des personnes ne pouvant habiter à Paris pour cause de loyers trop chers, des gens qui bossent, qui ne profitent pas plus de la société que ceux habitant les HLM parisiens. Ce sont ces patients que j'ai croisé. Les jeunes du bas des tours sont ostracisés, nulle part où aller discuter, pas de café à l'horizon, pas de virée à Paris, un système scolaire pourri (le peu que j'en ai entendu ne me donne pas envie d'acheter dans le coin) et en plus un système médical à l'abandon. Double peine.

J'ai quand même pris soin de consulter google mon ami pour me rassurer. Est-ce qu'à force de dire qu'il ne se passera rien, je ne suis pas trop en méthode coué ? Bilan à part des affrontements avec la ville voisine, un braquage de bijouterie et une descente de la brigade des stupéfiants dans la rue, néant. La zone n'est même pas marquée en Z.U.S (zone urbaine sensible) contrairement à Belleville où j'aime aller.

Notez que jamais mon copain n'a été inquiété, ni mes parents. Ce qu'ils voulaient pour moi c'était un emploi du temps plein, et la première question n'était autre que "y a eu du monde ?".

Le cabinet en lui-même est très fonctionnel, mon collaborateur est à la pointe de la dernière technologie, ce qui fait que les matériaux et plateaux techniques suivent. En plus à chaque recherche, je trouve de nouvelles choses très intéressantes que je n'ai pas dans le cabinet A. On est au coeur de ce qu'on appelle l'omnipratique. Soigner tout le monde, répondre à tous les cas. (Ne pas faire que de la prothèse donc avoir de quoi remplir une cavité avec autre chose qu'un pansement provisoire).

Maintenant arrive la phase de réflexion, sachant qu'à eux deux ils forment un cabinet parfait, que choisir ?

Le cabinet A qui est tout propre, tout neuf, là-bas dans l'Ouest parisien. Mais où l'on a pas besoin de moi.

Ou le cabinet B bien équipé aussi, moins neuf, moins bien situé. Mais où l'on a besoin de moi (j'en ai encore eu un qui trépignait de joie à l'idée d'être pris en urgence dans la journée).

En attendant la démission d'un des deux, je jongle, je dors peu, je suis crevée. Je me suis prise pour Wonder-woman quand en arrivant à 20h chez moi, j'ai réussi à caler un jogging et le rôtissage du poulet, source de mes angoisses de la veille. Ma mère m'avait répondu que si mon seul problème était de savoir quand j'aurais 1h30 pour rôtir un poulet, ça allait bien dans ma vie, mais que je ferais comme tout le monde j'achèterais des surgelés.

A suivre !

jeudi 14 juin 2012

Peut-on (doit-on) soigner les femmes enceintes ?

Il est temps de briser certaines légendes urbaines ...

On ne le répète jamais assez mais être enceinte ne constitue pas une pathologie. Et quand bien même elle le serait, on soigne bien les porteurs de prothèse cardiaque, les insuffisants rénaux, les séropositifs, à nous donc d'adapter notre pratique à chaque cas.

De nombreux confrères "évitent" de soigner les femmes enceintes. Souvent le vieille génération, celle dont la mère/femme vivait le "1 grossesse, 1 dent", cette génération qui utilise des matériaux obsolètes et pour qui la stérilisation comporte bien des lacunes. Ce n'est pas une question de vivre dangereusement, de prendre des risques, mais juste des études qui datent de 20 à 40 ans.

Un gros ventre sur le fauteuil fait peur, je suppose que les refus viennent de la crainte de se voir rejeter la faute d'une fausse couche, malformations ... Les tests sur les femmes enceinte étant interdits (car qui voudrait risquer la vie et santé de son futur bébé ?), de nombreux médicaments sont contre-indiqués et on se retire au maximum pour les soins.

Mon ancien collaborateur avait reçu une demande quelque peu déconcertante. La patiente avait fait une fausse couche suite à une extraction, et pensait s'en voir arracher une autre pour faire passer la nouvelle grossesse non désirée...

La grossesse n'est pas une maladie mais les changements physiologiques ont des répercussions sur la santé buccale, la plus fréquente est la gingivite (comme le reste des tissus, la gencive est très vascularisée). L'inflammation de la gencive (=gingivite) peut donner envie d'arrêter de brosser car trop douloureux (et trop de sang) entraînant d'autres problèmes à type de caries. S'ajoutent les vomissements et les régurgitations acides qui n'aident pas à garder un émail intact. Que du bonheur !

Dans la pratique, on s'abstient au premier trimestre de tout soin non urgent nécessitant une anesthésie locale donc oui au détartrage, aux radios (avec un tablier de plomb pour les rayons), au contrôle de routine. Non à la méchante carie.  Pourquoi ? Peu de cabinets ont des carpules d'anesthésique comportant de l'articaïne, seule molécule ne passant pas la barrière placentaire. Les autres donc passent, et sont susceptibles d'entraîner une fausse couche par dose toxique (même si il est acquis que les fausses couches du 1er trimestre constitue un avortement naturel d'une grossesse non viable). Néanmoins de nombreuses femmes prennent connaissance qu'elles sont enceintes tardivement et n'ont aucun souci par la suite.
Bien sûr en cas d'urgence, c'est à dire une belle grosse rage de dents (inflammation du tissu pulpaire) on a recours à l'anesthésie. En effet la délivrance de l'adrénaline (qui est mélangée à l'anesthésique pour majorer son action) est moindre que celle issue du seul effet du stress (et de la douleur). Et vous voyez laisser quelqu'un souffrir pendant 2 semaines le temps que le tissu enflammé se nécrose (et que la douleur disparaisse avant de pourrir l'os ?) ? Surtout une personne qui n'a le droit de prendre que du paracétamol, la molécule la moins efficace pour une rage de dent. 

Du 3 ème au 7 ème mois , on effectue tous les soins urgents et non urgents. Il faut garder en tête qu'une fois bébé né, la maman n'aura que très peu de temps, d'énergie de sortir voir son dentiste, repoussant les soins et favorisant l'avancée de la carie, des problèmes gingivaux, aggravant la situation vers une solution non plus conservatrice mais prothétique.
Donc on s'active, on essaie de finir avant le 6ème mois, pour éviter les longues séances de traitement canalaire dans des positions inconfortables. Si la grossesse est à risque, on espère que la patiente nous en fasse part avant (genre qu'elle a des contractions depuis le 4ème mois). Parfois elle l'apprend sur notre fauteuil (c'est tellement plus marrant). C'est assez "sympa" de se rendre compte à la fin d'un soin que la patiente a rompu sa poche de liquide amniotique alors qu'elle n'est qu'à 6 mois. 

A la fin du 3 ème trimestre, à part les actes urgents on s'abstient vraiment. Pour éviter les accouchements sur le fauteuil. Bonjour l'angoisse sinon ... J'avais une patiente à 2 doigts d'accoucher, mais à 2 doigts aussi de se fracturer la tête à force de se la taper contre un mur. Cas de force majeure, j'ai fait le maximum et j'ai prié pour qu'elle ne commence pas le travail sur le fauteuil. 

Ce que je préconise, c'est une séance de contrôle en début de grossesse pour prévoir les soins, prévenir les problèmes gingivaux et les caries, ajourner au 3ème mois les non urgents. Puis refaire un bilan après l'accouchement. 

Mais surtout ne rien laisser traîner car en cas d'infection, entre la grossesse et l'allaitement, l'ordonnance devient une plaie, tout ou presque est contre-indiqué donc rien ou presque n'est efficace ...

Mise  jour concernant les médicaments contre-indiqués :
Vous trouverez ici le lien du centre de référence des agents tératogènes (entraînant des malformations foetales).

Les recommandations du Vidal (qui avec le Dorosz) sont les plus suivies.

Et les conseils de l'information dentaire.

Update, à lire également au sujet de l'irradiation durant la grossesse  et des soins à faire ou non durant la grossesse. 

Update 02 décembre 2015, en raison du nombre de commentaires laissés auxquels je ne peux répondre pour une raison évidente (je ne vois pas votre bouche et je ne suis pas devin), j'ai décidé de fermer les commentaires. Je suis un peu lassée de répondre la même chose (voire de répéter ce que j'ai déjà expliqué plus haut).
Je vous remercie de bien relire tout ce qui a déjà été écrit et de voir avec un dentiste pour le reste, le but de ce blog n'est pas de faire de la médecine en ligne.

dimanche 10 juin 2012

Place de la toile (france culture)

Très bonne émission hier sur la communauté des médecins blogueurs. Avec Gélule de Sous la blouse et Fluorette de Promenade de santé.




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