mercredi 14 novembre 2012

A quoi pense votre dentiste le samedi matin ?

- Vendredi soir 20h je sors du métro en voyant plein de gens heureux qui partent prendre un verre /dîner et je me rappelle mon triste sort d'ermite.

- 7 h le réveil sonne, je sors douloureusement de mon rêve. "Qu'est-ce que c'est ?" "Qu'est-ce qui se passe ?" "Quel jour on est ? " "Oh non faut que je me lève!". Temps perdu 1 minute.

- "Je vais encore arriver pile à l'heure alors que je suis partie à 8h de chez moi". Ou comment le samedi matin la rareté des métros oblige à se lever plus tôt et à courir dans les escaliers entre 2 correspondances.
 
-"Si le premier ne vient pas je le tue". Ça arrive rarement mais ce genre de patient est sur de ne plus être reçu un samedi matin.
 
-"Ce qui est bien c'est que les rues sont vides". Pas d'école donc pas d'enfants ni de parents à 8h40 dans la rue, pas de travailleurs non plus, et les dealers font la grasse mat'. Donc génial on a la rue pour soi (enfin à l'aller).
 
- Le moment "Je n'aurais pas dû" boire du vin hier soir/sortir/me coucher tard/ regarder ce film pourri/manger que ça ce matin.
 
- Cet instant de solitude où tu checkes tes mails et tu te rappelle que tu es la seule levée à 9h du matin.
 
- Le fameux moment où tu désespères " NON, encore 6 patients mais j'en fais que 2 ça veut dire ???".
 
- Le fameux moment où tu reprends espoir "plus qu'un !!!".
 
- Le fameux moment où tu prolonges ton dernier rendez-vous car tu n'as pas fini et que tu adores ta patiente, tant pis si tu seras chez toi à 15h.
 
-"C'est génial il fait encore jour". A force de sortir après 19h le soir, on a tendance à déprimer de louper le coucher du soleil. Là ça donne presque l'impression de partir plus tôt ou de faire l'école buissonnière. Sauf qu'il est 13h et des patates.
 
- J'arrive à 14h des bananes chez moi, je n'ai pas mangé depuis plus de 6h, autant dire que je n'ai pas faim, je pourrais manger la table. Chez moi je suis en mode déjeuner-goûter qui ressemble fort à une orgie.
 
- L'après-midi (enfin ce qu'il en reste) j'ai juste envie de faire la sieste pour recharger les batteries pour le soir. Sinon déjà que je ne sors pas le vendredi tard, je ne tiens pas non plus le samedi, donc en gros je ne vois personne du week-end.

- Autant dire que je ne fais ni les courses ni les magasins le samedi, sinon j'arriverais en plein rush, heureusement j'ai un jour libre dans le semaine.
 
- Le temps de se dire "cool on est en week-end", il est 20h et je me rends compte que j'ai une lessive de blouses à faire là maintenant avant de sortir sinon je ne pourrais pas les repasser le dimanche pour les porter le lundi (en vrai je les lave par 4 mais il y a toujours ce fameux week-end où tout est sale).

- Avant je ne faisais pas de grasse mat' le dimanche mais pouvoir se lever à 9h30 c'est un bonheur (non jamais  plus tard sinon mon week-end se réduirait à une peau de chagrin).

jeudi 8 novembre 2012

Il est 19h vous êtes DEJA fermés ? (ou pourquoi votre praticien a le droit de ne pas bosser plus de 45 heures par semaine)

C'était mieux avant.
Avant cette époque bénie où pouvait appeler un médecin de garde en plein milieu de la nuit pour un rhume au lieu d'attendre 9h du matin.
Époque où les médecins et dentistes étaient les notables de la ville et jouaient au golf le jeudi.
Où l'on trouvait toujours un cabinet dentaire ouvert le samedi même l'après-midi et où on trouvait cela normal de pouvoir consulter à 19h30.
Puis quelque chose a changé.
Les femmes ont eu le droit de vote, puis ont demandé leur émancipation et on commencé à remplir les rangs des faculté où avant seuls les hommes s'asseyaient.
Le profession médicale s'est féminisée et les horaires se sont adaptés. Là où un praticien homme considérait normal de rentrer à 20-21h tous les soirs, les femmes ont pensé à leurs enfants, à leurs familles.
Car avant qu'on instaure le congé paternité, les congés enfants-malade ..., la femme a toujours été en première ligne pour s'occuper des enfants. C'est Elle qui a voulu travailler et enfanter donc il lui fallait assumer la triple casquette travailleuse, maman, amante.
On pourra reparler de répartition des tâches ménagères et du fait que elle a tendance à s'égaliser chez les jeunes couples, reste que les faits sont là en général nous les femmes nous travaillons moins.
Cette époque rêvée où le praticien soignait et sa femme était le femme du Dr Machin était aussi appelé âge d'or. Car pour le coup, ces soignants étaient reconnus, les campagne de dénigrement de la profession n'existaient pas, ils étaient respectés et en plus ils gagnaient très bien leur vie sans reverser la moitié à l'état.
Car plus que la féminisation de la profession, ce qui a boulversé la donne c'est l'impôt sur le revenu (peu importe le gouvernement) plus l'URSSAF et la caisse de retraite qui nous pompent.
Ce qui revient au final à dire que :
- je gagne suffisamment bien ma vie en travaillant 3 jours et demi (à 4 jours) par semaine (ce qui équivaut à 35 à 40 h de présence au cabinet).
- je n'ai pas spécialement envie de rentrer la tranche d'imposition à 40 %  donc je préfère modérer mes revenus.
- je sais que je n'aurais pas de retraite et on m'oblige à être solidaire et à cotiser 42 ans donc il me reste 39 ans à tirer (donc jusqu'à mes 67 ans si ça ne change pas d'ici là).
-j'ai envie de profiter de mon argent, de mon temps libre, de mes proches et faire de beaux voyages rapport au point précédent.
-j'ai envie de fonder une famille et je n'ai pas envie que mes enfants soient élevés par ma mère, leur belle-mère (même si je l'adore) ou par une baby-sitter.
- ce n'est pas mon cabinet donc je n'ai pas envie de friser le burn-out.
Est-ce que c'est choquant de vouloir être chez soi à 20h? Je pense étant donné qu'on a prêté serment. Mais quand on me dit à 19h10 "vous êtes DÉJÀ fermés ?" je me dis que cette génération qui veut tout toute de suite et qui n'est pas reconnaissante ne mérite aucun effort. C'est ces personnes qui entrent dans un magasin 10 minutes avant la fermeture pour remplir un caddy entier sans se soucier des horaires de la caissière (qui elle pour le coup n'est pas payée à l'acte) ou qui pestent qu'on ne réponde pas au téléphone à 8h du matin ... Ou qui ne comprennent pas pourquoi on ne veut pas travailler le samedi après-midi.
Une des meilleures blagues était cette patiente qui n'était jamais venue au cabinet et qui voulait un rendez-vous d'urgence. "Je peux venir avant son premier patient". J'ai failli rire mais je suis restée sérieuse "Madame, si il commence à 9h c'est qu'il a eu bonne raison" ...

vendredi 2 novembre 2012

La dentiste est enrubée

Je me rappelle d'un cours de mathématiques en seconde où la prof avait du précipitamment quitter la classe "bougez pas je reviens". Puis de revenir 10 minutes plus tard et dire "non on va arrêtez là ça va pas être possible". Personne n'avait rigolé à l'idée qu'elle puisse avoir une diarrhée foudroyante (on avait un coeur) trop contents qu'on était de laisser les fractales de côté pour une matinée.
Parfois quand je suis malade j'ai une grosse envie de faire pareil. Dire qu'on annule toute l'aprem. Sauf que ma prof de maths elle était salariée et elle a le droit à un arrêt de travail par la sécu minorant je ne sais plus 1 ou 2 (ou 3) jours de carence. Nous pauvres libéraux, on est libres (Max, y en a même qui l'ont vu voler), nous avons une carence de 90 jours, autant dire que l'option prévoyance est bien ancrée dans notre esprit. Prévoyance = somme que l'on paye tous les mois pour nous assurer un maintien de "salaire" en cas de gros pépin pour payer les charges, l'assistante, manger aussi accessoirement (pas de patients = pas de revenus). Autant dire qu'on va pas prendre une journée de repos à chaque fois qu'on a une angine, un rhume, une gastro. Mes copines accouchent presque sur le fauteuil (entre 1 mois et 15 j d'arrêt avant). La seule raison valable pour s'arrêter vraiment étant une opération urgente ou un cancer (ou un décès).
Pour ceux qui seraient choqués à l'idée d'être contaminés chez le dentiste, ne nous inquiétez pas on met des masques et on se lave les mains en sortant des toilettes (nous).

Une seule fois seulement, j'ai annulé 4 patients (dans l'ancien cabinet celui où j'avais que des rescellements). J'ai maintenu le rendez-vous de ma patiente (une petite grand-mère à qui j'avais posé un appareil et que je tenais à revoir pour vérifier) mais j'ai dit à l'assistante "les autres vous pouvez les rappeler". En même temps j'étais partagée entre mal de ventre et grosse fatigue (virus de la montagne transmis par Mr Carie on s'en souviendra). Bizarrement le moment où j'ai moins pensé à cette douleur qui me tordait le ventre était quand j'étais au fauteuil avec ma patiente.

Là ça a commencé par un mal de gorge. Mon prodrome à moi (=signe précurseur). Difficulté à déglutir sans fièvre. Je sais que ce n'est pas une angine, j'en ai fait une depuis mon ablation des amygdales en 1995 et c'était à cause de la clim'. Je ne prends rien, je sais que le lendemain j'aurais le nez bouché, je suis fatiguée, je sens "que ça monte" mais je ne prends rien.


Lendemain bingo, je suis encore plus crevée (état grippal), je prends direct un ibuprofène 400 (dose anti-inflammatoire). Pourquoi pas un paracétamol ? J'ai fait une intoxication en 1999 et après 1 g je vomis (MIAM) (et là 1g pour une journée ce serait pas suffisant). Je tiens le choc l'aprem. Je ne dois pas avoir le nez si bouché que ça vu que je sens les effluves nauséabondes d'une bouche mal lavée dans le métro.

Arrivée chez moi je me tâte pour prendre un gluco-corticoïde (solupred) puis je me souviens qu'un pharmacien m'avait rétorqué "t'as raison tu risques juste une nécrose de la tête fémorale". Et mon fémur j'y tiens, je suis une sportive. (L'auto-médication c'est mal). Je recherche dans mes affaires (j'ai déménagé donc les huiles essentielles de l'armoire à pharmacie se sont volatilisées ...). Miracle mon bon vieux Olbas oil.



Un mélange d'huiles essentielles qui te débouchent le nez en quelques gouttes. Le mieux c'est l'inhalation (mais j'avais mis ma crème de nuit), au pire tu t'enfonces 2 cotons imbibés dans les narines et tu respires.
 
L'avantage c'est qu'après le nez est débouché et les sinus dégagés, tu gardes une voix nasale mais au moins ça coule tout seul.
Alors justement ça coule, comment envisager une journée avec 15 patients qui s'enchaînent si on doit se moucher à horaires non réguliers  ? (ça revient à programmer une sortie expéditive chez monop' alors que bébé vient de naître et qu'on allaite). En s'enfonçant 2 cotons salivaires dans les narines (enfin un dans chaque on s'est compris) et en gardant son masque (sinon vive la perte de crédibilité et le quotient glamour qui descend en flèche). Du coup on peut soigner sans avoir à enlever son masque et se laver les gants et se moucher entre 2 patients. Le gros désavantage de cette technique c'est qu'on a un sauna sous le masque à force de respirer par la bouche (en plus de l'inconfort respiratoire) et que ça finit en toux.
 
A un moment m, je vais finir par prendre du paracétamol (moment où la fièvre monte). Mr Carie m'avait dit la veille au soir que j'avais pas mal donc je pouvais prendre sur moi, alors quand l'assistante m'a proposé d'annuler l'après-midi, j'ai dit dans un élan de bravoure (des fois j'ai l'impression d'être un gladiateur qui part affronter les lions), "non laisse, je vais tenir le coup, en plus je sais pas combien de temps ça va durer donc je vais pas annuler 3 jours". C'est l'énergie du désespoir qui te booste (celle qui te fait courir en sprint les derniers 100 m alors que tu n'as plus de jambes depuis 4 km).
 
Dans le métro, tu te diras que finalement c'était pas si dur. Même si maintenant tu n'auras plus aucune pour te faire chouchouter et les patients n'auront aucune empathie pendant ta quinte de toux.



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