vendredi 21 décembre 2012

Le syndrome du biberon c'est quoi ?




Le syndrome du biberon est un appellation générique concernant les caries multiples du jeune enfant dues au contact prolongé avec un liquide sucré (moins de 6 ans généralement). Ces caries touchent les dents de lait pour laisser une coloration brune puis noire, encerclant la dent, au stade terminal les dents deviennent des moignons de racine. 

Mon plus jeune patient était un bébé (18 mois), mais on les rencontre souvent en première consultation d'urgence à 3 ou 4 ans, âge où il n'est pas aisé de faire un soin. Souvent cette difficulté à les soigner les conduit au cabinet d'un pédodontiste (dentiste ne pratiquant des soins que sur les enfants) ou à l'hôpital (plupart des cas).

Les premières dents poussent à 6 mois environ, les éruptions sont régulières jusqu'à 24 mois en moyenne l'enfant a alors sur ses arcades dentaires  ses  20 dents lactéales (dents de lait ou dents temporaires). Donc techniquement à 2 ans il faut débuter une hygiène bucco-dentaire régulière et limiter les apports alimentaires à n'importe quel moment de la journée.

Comment les caries "arrivent" ?

Il n'est pas nécessaire de manger des bonbons pour avoir des cariesTous les aliments peuvent être transformés en "sucres".  (néoglucogenèse) Le carburant de choix des bactéries (streptococcus mutans) est le saccharose mais il est capable de "briser les chaînes" du lactose ("sucre" contenu dans le lait), de l'amidon du pain ... En somme si votre enfant mange des galettes de riz ou boit du lait il sera tout autant exposé. 

Courbe de l'évolution du pH en fonction du temps après ingestion d'un aliment

Après l'ingestion d'un aliment, le pH salivaire diminue, il devient acide, on dit que le pH passe sous le seuil critique (5,7)  favorable à l'action des bactéries qui déminéralisent l'émail (qui n'agissent pas à pH neutre ou basique). La salive par son action tampon fait "remonter" le pH au-dessus du seuil critique permettant la reminéralisation.

Si l'enfant boit au biberon à longueur de journée (biberon à la main toute l'après-midi) ou pire la nuit, le pouvoir tampon est inefficace pour augmenter le pH, ce dernier reste alors acide et favorise le travail des bactéries donc l'apparition de caries dentaires.

La notion capitale ici est celle de contact prolongé avec un liquide (le liquide ayant capacité à se répandre dans toute la cavité buccale).

Si l'enfant se brosse les dents une fois le matin et une fois le soir au coucher mais qu'il a un biberon toute la journée à portée de main ce n'est pas suffisant. D'où l'importance du contrôle des prises alimentaires.


Comment prévenir la carie du biberon ?

Avant l'âge de 2 ans le bébé ne va bien sûr pas se brosser les dents seul, le parent doit nettoyer ses dents avec un coton tige et de l'eau voire avec une compresse imbibée de bain de bouche fluoré (type elmex "rouge" protection caries), il est trop jeune pour le dentifrice (risque d'ingestion).

A partir de 2 ans, quand l'enfant a toutes se molaires temporaires, on lui achète une brosse à dent adaptée (petite tête, petit bras) qu'il pourra utiliser seul ou accompagné. Le dentifrice n'est pas indispensable, ce qu'il l'est c'est le brossage du fait de son action mécanique d'élimination des débris alimentaires (carburant des bactéries qui provoquent des caries). 


A 2 ans l'enfant n'a plus le même rythme alimentaire qu'un bébé, il mange 3 fois par jour, plus sa collation à milieu de matinée et son goûter. Si il a soif entre les repas, il faut lui donner de l'eau (non sucrée) et non du lait, du jus d'orange ou du soda (même dilué). La nuit avant de se coucher, l'enfant doit avoir les dents propres (donc brossées) et ne doit plus ingérer d'aliments ou de liquides (sauf de l'eau). Dès le plus jeune âge il faut leur apprendre à boire de l'eau et ne pas leur donner du sucre pour les calmer. Rappelez vous le temps que vous avez pris pour les sevrer du sein pour les faire passer au biberon, une fois accoutumés au goût sucré, il est plus dur de ne leur faire boire "que de l'eau".

Si des caries sont déjà présentes, le pédiatre ou le chirurgien-dentiste pourra prescrire des comprimés de fluor (zymafluor).

A partir de 4 ans on peut commencer le dentifrice goût enfant (généralement la menthe des dentifrices adultes ne passe pas).

A 6 ans les premières molaires définitives apparaissent sur l'arcade. Il est recommandé de porter une attention particulière à ces dents car elles seront présentes sur l'arcade ad vitam eternam. L'émail de ces dents est immature pendant les 3 ans qui suivent leur éruption, les rendant plus vulnérables à l'attaque des bactéries. Il faut donc renforcer le brossage des dents et bien aller "au fond". A partir de cet âge, l'enfant pourra utiliser un dentifrice fluoré adapté à son âge (500 ppm de fluor, soit la gamme 6-9 ans).

Les parents perçoivent souvent mal que des dentistes leur disent de changer telle ou telle habitude dans l'hygiène de leur enfants. Mais il faut garder à l'esprit qu'un enfant n'a pas à dicter sa ligne de conduite. C'est au parent de dire stop aux bonbons, non aux boissons sucrées à longueur des journées, non au lait chocolaté pour s'endormir. 

La carie dentaire n'est pas une fatalité si vous appliquez une hygiène de vie adaptée.

Edit : Un enfant reproduit les gestes habituels de ses parents donc si il ne vous voit jamais vous servir de votre brosse à dent, c'est normal qu'il ne comprenne pas pourquoi c'est évident si important.  Donc montrez-lui sur vous avant de lui enfoncer la brosse dans la bouche ...

dimanche 16 décembre 2012

J'ai mal aux dents, je fais quoi en attendant un rendez-vous chez le dentiste ?


Je me suis dite qu'avant les fêtes et la désertion partielle des cabinets dentaire un petit récapitulatif de que faire en cas de douleurs serait judicieux.

Bien sûr j'ai représenté les cas les plus fréquents de douleurs dentaires (donc il n'y a pas référence par exemple aux névralgies faciales).

Dans tous les cas bien sûr il faut appeler son chirurgien-dentiste rapidement car si l'antalgique soulage, il ne soigne pas le mal. Souvent aussi les antalgiques nécessaires en cas de forte douleur ne seront pas en votre disposition et vous aurez besoin d'une ordonnance.

Il vous est rappelé que les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) à base d'ibuprofène (advil, nurofen, spedifen) ne sont pas à prendre à la légère. Du fait de leur rôle anti-inflammatoire, si vous les prenez alors que vous avez une infection, les mécanismes de défense immunitaires sont inactivés et la la lésion s'étend. C'est pourquoi la joue gonflera plus (+) par exemple. Même si c'est médicaments sont disponibles à la vente sans ordonnance, il est conseillé de se renseigner avant de les prendre (en plus des nombreux effets indésirables et des contre-indications chez la femme enceinte notamment).

PS : Cliquez sur l'image pour l'avoir en plus grand.








vendredi 7 décembre 2012

Peut-on partir en vacances ?

Je n'étais pas au cabinet ces jours-ci et avant de partir je culpabilisais de devoir laisser ces petites dents sans soins. Les patients "comprennent" qu'on ne travaille pas le 15 Août ou le dimanche, ou à Noël car eux aussi sont en famille mais en dehors de ces périodes clés quand on leur dit qu'on prend 1 semaine ou 15 jours de congés on a toujours des reproches. Peu de reproches comparées au nombre de "vous l'avez mérité, il faut vous reposer, vous y avez le droit vous aussi ...". mais des reproches quand même.
Un jeune pas vu depuis plus de 4 mois, s'étonne que je lui propose un rendez-vous à "ma" rentrée. Genre comment vais-je tenir pour mon traitement canalaire encore 3 semaines alors que j'ai loupé mon rendez-vous de septembre et que je n'ai jamais pris le temps de rappeler depuis ??? Il a dit les mots interdits (c'est un jeune) ; "ça va ! Tranquille !". Ni une ni deux j'ai répliqué qu'en Août quand tous les cabinets étaient désertés j'étais là ("moi aussi " a-t'il répondu) et que mes vacances j'ai le droit de les prendre quand je veux (Non mais).
Parce que si on leur demandait quand nous pourrions partir, ce ne serait jamais le moment (j'en ai vu un autre qui m'a dit en rigolant "il va falloir annuler !"). Les fêtes approchent donc tout le monde veut "ses dents" maintenant (comprendre ne plus être édenté pour accueillir la dinde aux marrons). La douleur et les caries ne se déclarent pas toute à une date précise donc à un flux constant de "j'ai mal aux dents", rajoutez à cela les réponses des mutuelles, la réception de la nouvelle attestation CMU ... En somme chaque patient arrive chaque jour en demandant à avoir une bouche neuve pour hier (oui je suis aussi magicienne vous ne saviez pas ?). Quand on leur colle un délai de plus de 2 semaines, on a l'impression de les tuer. Sauf que pour le coup même avec des désistements le planning reste le même je ne suis pas là.
Je pensais que je serais heureuse de pousser tout le monde à la porte les dernières heures mais finalement j'ai culpabilisé et je suis restée bien plus longtemps que je n'aurais dû même si j'étais à 2 doigts de louper mon avion. J'étais trop stressée de laisser mes petits patients, trop peur qu'ils aient besoin de moi en mon absence ou qu'ils se plaignent à mon titulaire Mais il este lui donc le cabinet continue à tourner quand même, je ne les abandonne pas.

Et puis finalement je suis partie, j'ai réalisée dans l'avion que j'étais en vacances enfin.

Et à mon retour je n'ai même pas appelé le cabinet pour savoir si tout s'était bien passé et j'ai laissé filer les derniers jours de pseudo-quiétude.

Le dimanche soir j'ai eu un blues immense comme je n'en avais plus eu depuis la fac.

Le lundi matin mon thé m'attendait en sortant de la salle de bain, j'ai eu un câlin d'encouragement et je suis partie affronter la pluie.

Puis j'ai vu cette patiente rigolote que j'adore qui m'a donné envie de bosser et j'ai entendu ce pianiste faire ses gammes.

Finalement le cabinet m'avait manqué.

lundi 3 décembre 2012

Tachycardie

J'ai vu son nom en ouvrant l'emploi du temps et tout de suite je me suis sentie mal. J'ai atendu que l'assistante arrive pour lui demander pourquoi il avait repris rendez-vous mais ce n'était pas elle qui l'avait fixé.

J'ai attendu l'heure du rendez-vous.

La porte s'est ouverte. Il lui a dit bonjour. J'ai reconnu sa voix et mon coeur s'est mis à battre très fort.
J'ai failli poster sur facebook qu'il me "foutait la trouille" mais j'ai préféré faire 2 ou 3 grandes expirations et aller le chercher.

Je me suis dite pour me rassurer qu'il pouvait venir juste pour un simple détartrage.
Mais quand je lui ai demandé si il allait bien, il a dit "non" et j'ai compris qu'il y avait un problème.
Il fait partie de ces patients chez qui un problème est un gros problème.

Il parle, il parle, je l'allonge sur le fauteuil et mets mes gants en me parlant à moi-même. "J'espère que c'est pas une infection apicale".
En fait il a un abcés parodontal, sa gencive est gonflée, lui pensait que le bridge installé 2 mois plus tôt était en cause. Je suis contente, c'est la gencive, pas de douleur à la palpation apicale (bout de la dent), juste cet abcés bien visible sur la gencive attachée (gencive proche de la dent).

Il m'annonce qu'il a pris rendez-vous chez un confrère pour avoir un autre avis mais ça ne me touche pas, il me fait tellement stresser que je n'ai pas envie de faire d'autres travaux prothètiques sur lui.

Je suis passée à côté de chez lui en bus un soir avec Mr Carie. Je lui ai dit à voix basse "c'est là que X habite". Rien que de voir la plaque de la rue, j'avais peur de le voir débarquer.

Tout avait bien commencé avec lui. Il était venu pour un devis, je lui avais fait. Il faisait des blagues, on rigolait bien. Et puis un jour il devait être en descente alcoolique, il a dérapé. Il s'est énervé sans que je n'y comprenne rien. il criait sur le fauteuil. Et moi j'étais morte de peur parce que j'ai pas senti le truc arriver. Il ne ressemblait pas aux patients méfiants, méchants chez qui je m'implique un minimum. J'ai cru qu'il n'allait pas revenir mais il est revenu comme si de rien n'était. Il avait dû prendre la bonne dose, il était calme. Alors j'ai continué aussi. J'ai commencé à parler avec une voix basse à lui comme aux autres patients. Juste pour les calmer et les apaiser. Puis on est arrivés à la fin et j'ai soufflé.

C'est bizarre ce sentiment de savoir qu'un jour la colère va revenir. Je sais maintenant que je couperais court en lui demandant de changer de praticien. Tout l'or du monde ne vaut pas ce stress.
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