vendredi 23 août 2013

Légende urbaine : on ne soigne pas les dents de lait.

Cette légende a encore de beaux jours devant elle, vu le nombre de praticiens qui refusent de voir un enfant de moins de 10 ans pour des soins ou des parents qui pensent qu'ils ont autre chose à faire.

Techniquement la sécurité sociale "offre" un bilan de prévention à tous les enfants de 6,9,12,15 puis 18 ans. Donc généralement on soigne les enfants à partir de 6 ans, sauf si leurs parents les amènent avant. 

Parfois je vois des enfants de 4-5 ans, souvent ils viennent en contrôle avec leurs parents, et tout est ok.

D'autre fois ils viennent car c'est la cata intégrale et on sait qu'on est pas rendus

Souvent on se demande comment leurs parents ont pu laisser la situation se dégrader à ce point. Quand un enfant a un cratère sur chaque dent, on peut se questionner sur son alimentation, est-ce qu'il se plaint à chaque repas, est-ce qu'il peut manger des aliments durs .... Certains y voient une forme de maltraitance de laisser son enfant souffrir en attendant que ça passe (ou surtout en ne prenant pas rendez-vous).

Les dents de lait contrairement à la légende ne tombent pas toutes d'un coup à l'école primaire.



Les incisives par exemple tombent entre 7 et 9 ans et sont remplacées entre 7 et 10 ans par les définitives. Parfois elles viennent plus tôt sur l'arcade mais c'est rare, souvent elles viennent après l'éruption des premières molaires définitives (dents de 6 ans).

Les autres dents sont remplacées au fur et à mesure entre 9 et 14 ans en fonction de la place sur l'arcade dentaire. Les canines sont généralement les dernières dents définitives à se mettre en place, c'est pourquoi souvent si l'espace est trop étroit elle poussent de travers dans la gencive.






Un enfant qui ne présente pas de caries dentaires n'est pas exempt de rendez-vous annuel chez le dentiste. D'une part parce que ses parents ne sont pas forcément dentistes et n'ont pas vérifié avec une sonde si toutes les dents sont saines mais d'autre part parce qu'il faut très vite déceler les problèmes orthodontiques à venir.

Entre 6 et 9 ans on peut encore faire ce qu'on appelle des traitements préventifs ou interceptifs, qui évitent de lourds traitements orthodontiques à venir (voir chirurgicaux à l'âge adulte). 

Qu'est-ce qu'on intercepte ? Ce qu'on appelle dysfonctions (respiration/ventilation anormale, position anormale de la langue ) et parafonctions (utilisation de la tétine, pouce, mordillement doudou ...). Ces anomalies peuvent être irréversibles si elles ne sont pas traitées avant la fin de la croissance de l'enfant et entraînent le plus souvent des problèmes d'ordre masticatoire, et ventilatoire (voir des problèmes de sommeil puis de concentration).

Quelques exemples :




Dyharmonie dento-maxillaire ou Encombrement dentaire




Tout ces problèmes fonctionnels seront traités par l'orthodontiste (qui n'intervient pas que sur les dents définitives) ou par un chirurgien-dentiste qualifié.


Update :

lundi 19 août 2013

Tina


Pourquoi parler de Tina & Ike Turner sur ce blog qui a priori n'a aucune prétention culturelle et encore moins musicale ? Sûrement à cause des similitudes dans la tentative de gestion de ma carrière par certains de mes proches.

Rien de très glauque ne vous inquiétez pas, personne ne m'oblige à aller travailler le matin (à part l'URSSAF et la CARCDSF sinon je serais en vacances en ce moment), personne ne m'a obligé à faire cette profession, je ne suis pas battue ni violentée psychologiquement. Tout va bien. Ne t'en fais pas.

Or donc j'essaie d'éloigner les oreilles de MrCarie des conversations de mes copines-consoeurs. Car les discussions sont toujours plus ou moins orientées vers la recherche de le rentabilité (plutôt que l'épicurisme et l'hédonisme), quitte à faire des choses dont on n'est pas fier (quoique) ou que l'on a pas envie de faire (rentrer tous les soirs à 21h).

On pourrait faire passer ça pour de la bienveillance, du conseil avisé, sauf que l'expression "ne pas tomber dans les oreilles d'un sourd" prend tout son sens. MrCarie s'éveille, s'évertue à décider pour moi d'un plan de carrière (là où 5 jours plus tôt on établissait un plan pour que je puisse élever des enfants sans avoir à payer un nounou à plein temps).

La bienveillante (on va l'appeler comme ça, parce qu'elle est sympa quand même, et ça part d'une bonne intention à la base, c'est à dire me faire gagner plein de fric) (à la manière des parents qui obligent leur progéniture à faire HEC plutôt qu'architecture parce que ça fait mieux) a essayé de me convaincre de faire orthodontiste pendant mes études (après c'est trop tard pour la vraie spécialisation), mais je ne voulais pas (tordre du fil c'est un peu le résumé de l'enfer pour moi).

Là régulièrement elle essaie de me faire acheter un cabinet dans notre région natale, tout en sachant que me vie perso étant installée à Paris, je ne vais pas tout quitter sur un coup de tête. Ce qui est d'autant plus drôle c'est qu'elle est capable d'essayer de me vendre des cabinets dont elle n'a pas voulu car trop petits/pas aux normes, tout en sachant qu'il y aura des travaux à réaliser (aka pas des plans en or quoi).  

L'installation à mon compte c'est vraiment le truc qui est en bas de ma liste des choses à faire dans les 3 prochaines années, déjà ce n'est pas le moment au niveau conjoncture, et de plus il faut pour moi réfléchir à quel lieu en France pourrait me convenir pour fonder une famille, s'implanter longtemps sans avoir envie de changer d'avis dans 5 ans, car le problème sera toujours le même, un cabinet dentaire se vend très mal suivant les zones, ce n'est pas comme une maison ou un simple fond de commerce, il faut donc avoir une vision sur 20-30 ans. 

Comme je ne me sens pas le courage de travailler 60 heures par semaine pour rentabiliser un tel investissement, elle m'a proposé une autre option. Me spécialiser dans des actes que je facturerais hors nomenclature (car j'aurais un diplôme pour), tout en sachant que le prix de revient me permettrait en théorie de travailler 3 jours par semaine tout en gagnant 3 fois plus.

A ce moment-là MrCarie avait limite téléchargé le bulletin d'inscription au DU (diplôme d'université) pour que je commence la formation au mois de septembre en se frottant les mains (et en pensant ça y'est je vais pouvoir arrêter de bosser et vivre mon rêve d'être entretenu par ma femme). MrCarie n'ayant aucune compétence dans le domaine de la santé, a la fâcheuse habitude de prendre pour vérité tout ce qui est énoncé par une personne de confiance  Et il est surtout très optimiste, un plan ne capote jamais selon lui (c'est cette même qualité qui le pousse à croire qu'il peut rentrer du marché à 13h et avoir préparé un repas frais demandant 30 minutes de découpes pour 13h05 ...).

Qu'on rigole pour les gens du milieu, le DU en question est celui d'endodontie, donc déjà au quotidien se faire 3 traitements canalaires à la suite c'est lourd mais là ce serait all day long (une autre idée du bonheur). "Oui mais tu te ferais payer 300 euros le canal". Bah oui bien sûr, avec mon petit DU, je vais arriver sur la place publique avec les tarifs des profs d'université et avoir un carnet de rendez-vous plein à craquer ...
C'est complètement illusoire on est d'accord ? Car même à 100 euros le canal (pour une molaire ça ferait 300 euros), il faut trouver des patients qui veulent et peuvent débourser cette somme qui ne sera pas remboursée. 

Finalement il m'a été simple de raisonner MrCarie une fois l'entrevue terminée (lui qui se voyait déjà tel Picsou baignant dans une piscine de billets) en lui rappelant notre projet de vie. C'est à dire s'installer à 30km d'une grande ou moyenne ville (dans un village entre la campagne profonde et le péri-urbain) et de là pour moi travailler dans un cabinet de groupe en campagne, là où on aura besoin de moi parce qu'il n'y aura personne d'autre dans le secteur et où donc je n'aurais pas besoin de me battre avec les 15 autres confrères de la ville pour remplir mon carnet de rendez-vous et vivre.

En plus en cherchant bien on se rend compte qu'il y a plein de villages désertés dans des régions accueillantes qui ne sont pas si loin d'une grande ville (oui il n'y a pas que Paris au monde) (et oui ma mère fait 30 minutes de voiture pour faire ses courses donc je sais ce que c'est la campagne).

Tina 1 Ike 0, cette bataille là elle l'a gagné.

PS: si tu me lis, tu vas forcément être vexée alors que tu sais que je t'apprécie (la preuve MrCarie est une source non estimable de billets sur ce blog et on vit toujours ensemble), Donc ne le prends pas mal. surtout qu'on avait pas besoin de ça, on a déjà mille raisons de de disputer. Voilà.

vendredi 9 août 2013

Légende urbaine : le dentiste a creusé un trou énorme alors que j'avais une carie minuscule

On a tous connu quelqu'un qui s'est fait "massacrer" la bouche par un dentiste. Le problème est que l'on a jamais vu les photos et radios avant et après de la personne en question. Et que l'on ne possède que l'avis du "massacré".

Souvent ces patients on les rencontre en urgences ou en première consultation quand leur dentiste originel est absent (ou qu'il ne peut/veut les voir). S'en suit un florilège de reproches à base de "mon dentiste a bousillé mes dents, de toute façon ça se sentait son cabinet n'était pas comme si""et il faisait ça comme ça". Généralement une personne qui dénigre autant quelqu'un il faut s'en méfier (c'est le syndrome du "je retourne ma veste" ou du "viens bitcher avec moi"). 

Par mesure de prudence, je reste donc toujours confraternelle. Encore plus quand l'hygiène buccale est plus que douteuse.

ET surtout quand on entend les explications du patient.

  • "J'avais une carie minuscule et je me suis retrouvé avec la moitié de la dent en amalgame. "
Une carie minuscule ça existe (sillons des surfaces masticatoires) mais ça reste rare. La plupart des patients consultent pour des caries douloureuses qui ont de fait déjà atteintes la couche sous-jacente à l'émail, appelée dentine. 

Copyright Anthropo

Quand on nettoie une cavité , on enlève la carie et tous les tissus infiltrés qui sont mous et impropres à la conservation (bactéries résiduelles donc risque de récidive sous la nouvelle obturation).

Copyright DrHauteville


On se retrouve alors forcément avec une cavité propre plus large quelle ne le paraissait cariée.



Je ne parle même pas des cas où la carie est si volumineuse que l'on tombe directement dans la pulpe ...

On ne se dit jamais quand le patient arrive, "tiens si j'inventais une carie énorme, pour que je puisse vider la moitié de ma cartouche de composite à l'intérieur". 
On est pas payés au volume de la carie mais en fonction du nombre de faces que la cavité couvre. Donc si la carie ne touche que la paroi du dessus, on peut faire une baignoire "juste" pour 16,87 euros. On repassera pour l'arnaque lucrative.

Et puis dévitaliser une dent pour le plaisir, j'y crois moyen vu le temps que cela prend (ou du moins l'énergie).
  • "J'avais de belles dents, mais un dentiste m'a tout enlevé." 
On te dit belles dents tu imagines ça :



Alors qu'en bouche tu vois ça :




Certes je caricature mais les patients qui se plaignent de s'être vus retiré des dents (autres que les dents de sagesse et les prémolaires pour le traitement orthodontique) ont rarement une hygiène irréprochable (ou alors ils sont assez âgés pour avoir connu l'époque on ne conservait pas une dent cariée douloureuse ou viennent d'un pays qui pratique toujours dans de telles conditions).

Souvent d'ailleurs c'est le type de patients qui nous demandent d'extraire leur dent car "elle fait trop mal, je n'en peux plus" et refusent le traitement canalaire. Ou encore qui viennent à la consultation d'urgence, et ne continuent pas la suite des soins. La dent était correcte à la base mais on finit avec un moignon (ou débris radiculaire) que l'on a plus qu'à extraire 1 an après (oui ça va vite, car la dent finit par casser puis recasser).

Cela m'arrive parfois de voir des jeunes de 16 ans avec les 4 premières molaires en quasi totalité détruites par la carie (dont il faudrait faire les traitements canalaires et une couronne pour qu'elles soient conservables) dont je sais que la meilleure option est l'extraction (car il y a les dents de sagesse toutes belles et toutes neuves qui ne demandent que de la place pour sortir et ça fait un peu 2ème chance).

Je vois tous les jours des patients qui me disent "oui, oui je vais revenir et tout nettoyer", qui reviennent une fois puis laissent tomber car c'est trop long ou n'ont plus mal. Puis que l'on retrouve 6 mois après avec une infection et une dent foutue. Et là on ne peut se reprocher d'avoir voulu extraire en première intention.
Par ailleurs, on évoque pas assez la maladie parodontale et la lyse osseuse qu'elle engendre. Les dents paraissent saines (ou juste un peu "déchaussées") alors que le support est détruit en grande partie.




Avant d'accuser le dentiste de massacrer votre bouche, pensez aussi qu'on est là en premier lieu pour nettoyer et reconstruire un sourire avec des bases solides.









vendredi 2 août 2013

Adapte ton patient

C'est connu pas de pitié pour les croissants patients peu respectueux.

Je lutte au quotidien contre le retard, mon propre retard et celui de mes patients.
Dur de faire comprendre à un nouveau patient que tous les dentistes n'ont pas 30 minutes de retard systématiquement surtout quand c'est un patient du cabinet et que l'autre praticien commence à 8h30 chaque matin et n'est jamais là avant 8h45 (et encore c'est le moment où il se fait couler son café et taille le bout de gras avec le coursier). C'est simple pour le titulaire, il faut que le patient soit vraiment très en retard (plus d'un quart d'heure) pour qu'il s'en rende compte ou que ce jour-là manque de chance il soit ponctuel ...

C'est difficile aussi quand l'assistante elle-même n'est pas très à cheval sur la ponctualité et trouve des excuses bidons à tout le monde.

J'essaie d'être à l'heure. Au pire j'ai 5 minutes de retard. Si je vois que je vais avoir plus de 10 minutes et que le patient suivant est déjà arrivé, je vais m'excuser et lui indique combien de temps il risque d'attendre (j'avoue que quand c'est un gamin récalcitrant sur le fauteuil les cris lui font comprendre tout seul mon désarroi).

Je suis stricte car je sais qu'au bout de 10 minutes déjà la séance s'amenuise, et le soin à faire risque d'en pâtir. Après 15 minutes je préfère reporter, même si au final c'est moi la perdante, car j'ai rien fait pendant 30 minutes donc rien encaissé non plus.

Et puis quand je vois que certains appellent pour savoir si le rendez-vous sera possible ou non car ils sont coincés au boulot/dans les bouchons, j'aime leur laisser une chance d'arriver ou du moins je suis contente de voir qu'ils ont la décence de prévenir.

Et donc qu'ils n'arrivent pas la bouche en cœur après 1 heure de retard, sans s'excuser en lâchant juste un "je suis un peu en retard".

Je suis assez impulsive, il ne faut pas me tenter surtout avec un manque d'excuses conjugué à la nonchalance et confiance du "je lui fais un sourire c'est sûr qu'elle va me prendre". Mais Bordel il est 19h30, tu crois que je dors au cabinet ou quoi ???.  Je ne donne pas de nouveaux rendez-vous non.

Souvent le patient en question finit par nous expliquer qu'il est en retard à cause de nous car on a oublié de mettre des panneaux lumineux et des ballons sur son trajet jusqu'au cabinet, ou parce qu'on ne peut pas se garer dans le quartier (ce qui est vrai mais ça n'empêche pas d'appeler pour prévenir), qu'on a donné un rendez-vous à une heure ingrate (mais le patient voulait le plus rapide possible et ne voulait pas attendre 2 jours) ...

Certains patients pensent nous enfumer tranquillement car c'est ce qu'ils font au quotidien avec leur patron/femme mais je trouve indispensable (si ce n'est vital) pour se faire respecter et travailler dans de bonnes conditions d'imposer des règles de base.

Pas de retard, pas de crédit et de la responsabilisation ("c'est la faute du praticien précédent") (à suivre dans une future note).
Une erreur est survenue dans ce gadget