vendredi 20 décembre 2013

Les excuses bidons

Il y a 2 types de patients, celui qui sait qu'il ne peut/veut pas honorer son rendez-vous et qui appelle pour nous prévenir et celui qui attend qu'on l'appelle pour nous fournir son alibi.

Cela fait très longtemps qu'on ne s'amuse pas à rappeler un patient qui nous colle un lapin. Sauf cas particuliers (patient sérieux qui est absent, patient qui a payé sa couronne et qui ne vient pas à la pose ...). Déjà cela permet de ne pas redonner un rendez-vous rapide à quelqu'un qui a eu "subitement un empêchement de dernière minute" et en plus on a pas que ça à faire (enfin surtout l'assistante).

Je commence à avoir un petit florilèges d'excuses bidons et par chance j'en ai des nouvelles régulièrement (il faut savoir se renouveler !).

  • "Mon patron m'a changé mon emploi du temps". Patient à qui on a redonné un rendez-vous le plus vite possible car il était pressé de faire son appareil dentaire. Alors qu'on voulait lui laisse un délai de réflexion (et d'attente pour la réponse de la mutuelle). Mais il faut croire que son patron l'a appelé le matin même 10 minutes avant pour lui annoncer ses nouveaux horaires. Il devait rappeler. Inutile de dire qu'il ne l'a jamais fait. Si le devis ne convient pas, je comprends mais par respect on le dit.

  • "Je suis coincé dans les bouchons, vu la situation je ne pense pas être là avant 30 minutes". Sauf qu'au téléphone on entend aucun bruit de moteur, de radio en fond, le silence complet, limite version grand bleu. Le patient est sûrement encore dans son lit, il a oublié de se lever mais plutôt que d'avouer la vérité (ça arrive de louper un réveil), il préfère mentir et nous prendre pour une conne.

  • "Je suis encore en réunion, je vous rappelle la semaine prochaine". Alors qu'elle avait rendez-vous pour sa fille qui ne dormait/mangeait plus, qu'elle a fait pression pour avoir un rendez-vous le plus rapidement possible en pleurant au téléphone. Et surtout que son mari devait l'emmener. Autant dire que sa fille n'a plus mal, qu'elle a du trouver que ça ne pressait plus tant que ça (alors que c'était juste un répit). autant dire que c'est "ne plus reprendre" directement. 

Liste non exhaustive ..

mercredi 11 décembre 2013

Légende urbaine : le détartrage abîme les dents

Vous me direz que j'adore parler de tartre mais c'est logique étant donné que c'est la première cause d'extraction de dents définitives (sauf orthodontie). Il n'est en effet pas rare d'avulser des dents complètement saines (donc sans caries énormes) mais rattachées par un micro-reste de ligament entre un micro-reste de gencive et d'os. En gros des dents qui ne tiennent qu'à un fil et qui manquent de se détacher seules pendant un repas.

Le tartre c'est tabou, on en viendra tous à bout.

L'argument n°1 quand on s'oppose à ce que je fasse un détartrage c'est ce que cela abîme les dents. Sous-entendu, moi menteuse comme une arracheuse de dents, je voudrais soustraire de la substance dentaire à cette pauvre dent entourée d'une gencive rouge et gonflée. Ce serait oublier premièrement que je sais ce que je fais (rapport aux 6 années d'études), que je sais ce que je vois (la différence entre du tartre et une dent propre) et que c'est moi qui décide (non mais).

Inutile de dire que n'importe quel entartré sévère refusant un nettoyage dans les règles (ou plutôt un dégrossissage  si le travail n'a pas été effectué depuis 5 ans) n'obtiendra aucun nouveau rendez-vous avec moi tant qu'il ne changera pas d'avis. 




Je suis méchante, vous pouvez me lancer vos pierres. Sauf que vous comprendrez que dans une bouche pareille tout soin est impossible, soit la gencive saigne au moindre contact, soit elle est hypertrophiée et recouvre la moitié d'une face qu'elle devrait libérer, soit le tartre cache l'existence de caries ... Bref on ne voit rien (à part du rouge, du blanc pourri et du vert parfois et là ça craint). 

Je rigole quand on me dit "vous voyez bien que ça abîme les dents, on a fait un détartrage en mai, on est en décembre et c'est déjà revenu".  Personnellement j'ai fait un détartrage en mai et mes gencives vont très bien. C'est juste qu'il faut brosser partout et correctement et passer consciencieusement  son fil dentaire entre les dents.

Et oui il n'y a pas de miracle, comme j'aime le répéter, les résidus alimentaires forment la plaque dentaire (le truc blanc mou pas beau qui colle aux dents au niveau de la gencive quand on nettoie pas bien) qui se solidifie au bout de 10 jours. Ensuite on ne peut plus l'enlever avec la brosse à dent et les nouveaux résidus s'agglomèrent et la plaque dure s'étend.

En somme on peut avoir fait un détartrage le 11 décembre et avoir du tartre pour Noël (c'était l'instant prévention, si tu veux choper le 31 et que tu as cru que tu avais 3 mois de tranquillité sans te brosser les dents, dommage).

Quand on nettoie au fauteuil, nous utilisons des ultra-sons. D'où le bruit désagréable et strident dans les oreilles. Je montre souvent l'instrument en question aux sceptiques qui pensent que je vais leur déglinguer leur émail. 

Insert à ultra-sons

Les habitués savent qu'ils ne craignent rien. Les autres comprennent vite que cet insert ne ferait pas de mal à une dent. L'insert est certes pointu pour pouvoir passer entre les dents (là où on devrait tous s'enfiler une brossette inter-dentaire ou y passer du fil) mais il est complètement lisse. Il agit par vibration, à proximité de la dent la plaque de tartre se désagrège. On peut le passer sur une dent couronnée, sur un implant ... les prothèses fixes ne seront pas descellées (croyez moi quand on veut déposer une couronne sur une dent, on aimerait bien que cela soit aussi facile).

Parfois on peut utiliser des curettes qui elles sont un peu plus agressives pour l'émail. Mais je ne connais plus personne qui fait un détartrage entier en grattant manuellement à la curette, c'est long et fatiguant pour le praticien et le patient.

Curette parodontale

Il y a très longtemps (dans une galaxie far far away) on utilisait des fraises diamantées pour éliminer le tartre. Et pour des raisons évidentes cela a été abandonné. C'est la seule méthode dont on peut dire qu'elle abîme les dents. Mais je n'ai aucun patient assez vieux pour avoir connu cette méthode à l'âge adulte. Et je n'ai trouvé aucune photo pour illustrer mon propos, aucun catalogue n'en propose plus.

Si vous ne voulez pas voir votre dentiste trop régulièrement ou lui donner tort quand vous répondez que vous vous brossez les dents 3 fois par jour, voici vos 3 nouveaux (enfin pas si nouveaux j'espère) amis.

-Une brosse à dent à poils souple (ou une brosse à dent électrique)






-Du fil dentaire 


Méthode de passage du fil dentaire




-Ou/Et des brossettes interdentaires

Regardez comme elle est heureuse !

Chaque espace inter-dentaire a sa taille donc sa brosse adaptée.


2 brossages rigoureux par jour et vous rendrez votre dentiste heureux !

mardi 3 décembre 2013

La désillusion

Quand on sort d'une première année de médecine, on pense qu'on a vu et fait le pire, que le reste des études sera un long fleuve tranquille.

J'avais eu un regain de clarté quand j'ai choisi de rejoindre "dentaire" plutôt que de rester en "médecine", je ne me voyais pas repasser un autre concours, y consacrer 3 ans en amont, sacrifiant encore une fois toute vie sociale. Une année à faire l'ermite ça me suffisait. 

Et puis j'ai eu mon concours, j'ai fait pleurer quelques copines qui pensaient qu'avec mon classement j'allais changer d'avis, comme si "dentaire" était réservé aux recalés. Dans ma promo de 2ème année (qu'on continuait à appeler chez mes proches "1ère année" "bah oui la première année c'était médecine, là c'est ta première année en dentaire" "laisse tomber"), je retrouverai des tas de "gens qui avaient choisi".

A la même époque, une cousine attendait les résultats de son internat et voyait qu'elle devrait quitter Paris et obliger son amoureux de larguer son boulot pour la suivre. Elle m'avait dit "si j'avais su j'aurais fait dentaire", l'air de dire dentaire = facilité.

Je pense que l'effet de tomber de 15 étages avec un ascenseur en folie (aka tour de la terreur) à côté ce n'est rien.

Imaginez une jeune fille habituée à apprendre des cours par coeur depuis plus de 15 ans, à qui on demande maintenant de se servir de ses 10 doigts. 

On se retrouve à stresser quotidiennement pour que le modèle en plâtre confectionné pour le TP soit sans aucune bulles, que le boulon soit assez bien enfoncé pour qu'on puisse visser le modèle dans le fantôme, que les dents en ivoirine à 1,5 euros pièce (quand j'ai commencé) ne bougent pas dans la manoeuvre. 

Moule frasaco


Plaque de centrage frasaco


Dents frasaco avec vis (sinon ça tient pas).

"Voici votre outil de travail"


Tête de fantôme

Sans parler des blocs de plâtre pour les TP de morphologie, TP où nous devions faire fi de nos ambitions artistiques et où l'on devait sculpter des dents à partir d'un rectangle selon des côtes bien définies (2mm de trop et c'était fini). Inutile de dire que j'ai fait beaucoup plus de dents qui ressemblaient à des carottes selon ma prof (alors que bon c'était des dents quoi)...  Nous nous amusions alors avec nos morceaux de cartons pour faire un moule rectangulaire aux bords parfaitement parallèles (certains avaient des papas bricoleurs qui leur avaient préparé des moules en bois adaptables, la chance !).  Sur ces blocs nous dessinions la dent vue de profil, face gauche, droite, dos et il n'y avait plus qu'à dégrossir et arriver au résultat. Facile, non ? Non ...

Extrait des "cahiers de prothèse" 

En seconde année, on passe beaucoup de temps dans "la salle à plâtre" à produire ce que nous allions démolir d'un coup d'échoppe carrée ou de turbine. Inutile de dire que chaque TP était l'occasion d'une bonne montée d'adrénaline (à côté une épreuve d'examens écrits c'est des vacances). Un malheureux coup de fraise et la dent frasaco à 1,5 euros était foutue et on restait le reste du TP à observer le massacre. 

Je ris jaune maintenant quand on dit que l'état a payé mes études ou qu'elles sont "gratuites". Je pense à tout le matériel consommable que l'on a du acheter. A la caisse à outil qu'on nous a distribuée garnie la première semaine à la "corpo" contre 300 euros. Caisse qui comprenait du matériel non consommable (c'est à dire qu'on était censé le faire durer 5 ans au moins), des fraises komet, un bol à plâtre et sa spatule, un bol à alginate, des sacs de plâtre (oui le plâtre notre matière première est payant)... On avait peut-être 4 dents à l'intérieur mais vu notre rythme de consommation ce n'était pas énorme. Sans compter qu'il y avait d'autres choses à acheter ensuite en cours de route (les livres "immanquables", le matériel prêté à un "ami" jamais rendu ...).

Et encore on "devait être heureux" car dans certaines facs, ou certaines années, il fallait aussi louer voire acheter sa turbine, pièce à main ... (indispensables aux TPs) dont le prix est faramineux pour un étudiant.

J'avais de la chance d'avoir l'aide financière de mes parents et de n'avoir jamais eu à travailler en complément mais on peut aisément se dire qu'on aurait préféré être prévenus avant de signer.

Ma seconde année a été un long trou noir où je ne savais jamais à quoi m'attendre sinon au pire. On redécouvrait les soirées, l'alcool, les mecs ... mais dans le même temps on était confrontés au stress, à l'incompréhension et au questionnement métaphysique. Comment avait-on pu choisir cette voie sans se renseigner avant sur le contenu des études (rien que la vue du bloc de plâtre aurait suffi à me faire réfléchir) ? Pourquoi je n'étais pas restée  à apprendre par coeur des cours en médecine ? Comment avais-je pu croire que ce serait finger in the nose ?

Je suis tombée de haut . Quand une ancienne camarade de terminale m'a retrouvée après avoir redoublé sa première année, elle m'a dit "comment c'est possible ? Pourtant tu avais eu ta P1 bizuth !". J'ai fait un petit sourire qui voulait dire "tu verras". La tête ça fait marcher les mains, mais avoir eu une mention au Bac ou la P1 bizuth ça ne servait à rien ...








Une erreur est survenue dans ce gadget