mardi 16 décembre 2014

Cher magazine Causette

Tous les mois je t'achète et te lis avec attention. Je ne possède (souvent) pas le bagage culturel/intellectuel suffisant pour mettre en doute tes écrits. Comme tout le monde je suis tombée dans le panneau des "enfants de Garches" avant qu'@une_pediatre nous redonne une version moins manichéenne. Depuis je suis plus contrastée quand je  découvre tes articles. D'autant plus quand il s'agit du dossier "Les dents de l'amer" paru dans le numéro de Décembre.

Voir un dossier entier concernant "les dents", l'organe que je traite chaque jour en tant que chirurgien-dentiste était trop tentant pour que je n'en fasse pas un commentaire de texte.

Fidèle à mes habitudes de lire dans le désordre, j'ai commencé par "Les mandibules élémentaires" (et aimé le titre) concernant Michel Houellebecq. Ne regardant pas les émissions littéraires j'avais raté l’affaissement de son visage caractéristique d'un édenté partiel (ou total).


Il suffit d'une recherche classique sur google images pour découvrir comment "Depuis son Goncourt (2010), il semble avoir pris trente ans", il ne semble pas avoir une hygiène de vie irréprochable, plus proche de celle d'une rock-star (ou d'un patient alcoolo-tabagique lambda) que de celle préconisée par l'INPES (mangez, bougez ...). Même si les hommes vieillissent mieux que les femmes (et se bonifient comme le vin), il n'est pas étonnant qu'une vie d'excès se paie un jour où l'autre, même si il n'a que 58 ans. 

On passera sur les "ratiches blanchies au laser", Beboper l'auteur (journaliste ?) n'a pas du fréquenter beaucoup de cabinets dentaires (ni se renseigner). (Ou alors est-ce un dû à un visionnage intensif de Star Wars ?).

Par ailleurs il est intéressant de rappeler qu'on va tous mourir ("memento mori" :"souviens-toi que tu vas mourir") mais on est pas obligés d'être aussi fataliste ou catégorique. Oui l'édentement nous évoque la vieillesse, celles de nos aînés,mais pas celle à laquelle aspire la majorité de mes patients. Non ce n'est pas une fatalité de vieillir puis mourir édenté. Certains se sont même pris à penser qu'il n'y aurait plus d'édentés totaux au 21 ème siècle.


Oui nous pouvons empêcher ce phénomène. (Pour preuve cette synthèse où en autres vous remarquerez que certains pensionnaires ont encore des dents).  Il suffit juste d'en avoir la volonté.

Pour en revenir à Michel Houellebecq qui "n'a plus de dents ou presque. L'écrivain a pourtant certainement les moyens de combler ce vide. Ne pas céder à l'esthétisme ambiant, à coups de prothèses dentaires, un geste tout houellebecquien".  Il est certain que le tabagisme n'en fait pas un candidat idéal pour la pose d'implants qui lui permettrait d'éviter une prothèse amovible. Le fameux dentier ou "nanard" de nos grands-parents. L'argent ne fait pas tout, quand on a plus le potentiel osseux ou dentaire suffisant pour faire tenir un appareil, on devient tous égaux face à l'édentement.


Rester édenté ou porter un appareil qui sera "mobile" voire gênant et qui pourrait se décrocher en plein direct, choix cornélien. (On regardera avec plus d'attention les futures apparitions télévisées pour voir si l'édentement a été corrigé ou non).


L'article "Les racines du mal" revient sans nuances sur le renoncement aux soins et à la marginalisation consécutives des personnes précaires. La faute est une nouvelle fois rejetée sur le coût des soins dentaires. Là où on aura aimer une distinction dans les chiffres entre "soins dentaires réels" et "prothèses", on aura droit qu'à cette phrase qui restera dans les annales :

"En raison de son coût, 28 % des Français ont déjà renoncé à une consultation chez le dentiste ou l'ont retardée de plusieurs mois (+5 points par rapport à 2007)."

Pour rappel, une consultation coûte 23 euros, la même chose que chez un médecin généraliste, remboursée à 70% (comme pour tous les autres soins d'ailleurs) ...

Certains essaieront de s'engouffrer dans la brèche en disant qu'il faudrait un tiers-payant généralisé pour ne plus avoir à avancer les frais (d'autres diront qu'une nouvelle loi santé est en train d'être votée) (ou encore qu'on aimerait bien que l'état nous paie une secrétaire administrative pour gérer les remboursements des caisses d'assurance maladie ...).

" Un chiffre qui grimpe à 32% pour l'achat des prothèses dentaires."

L'achat ? Tiens si je partais acheter une prothèse de hanche chez le chirurgien orthopédiste ?


On confectionne, on retouche, on prépare, on répare, mais on ne vend pas des prothèses. Et oui cela a un coût. Ce que l'article ne dit pas est que le remboursement de l'assurance maladie est reste inchangé depuis plus de 30 ans, Mais que la donnée qui change tout est la part de remboursement mutuelle, ce fameux sésame aux soins aux pourcentages obscurs pour le commun des mortels qui se retrouvent à payer 60 euros par mois pour n'avoir au final que 300 euros de remboursé par an (au final parfois sans mutuelles on sort la même chose de sa poche).

Ce que j'aurais aimé lire sont les choses suivantes:

- les individus qui renoncent aux soins sont ceux pour qui l'effort financier est le plus important sous-entendu pas ceux qui sont éligibles à l'Aide Médicale d'Etat ou à La Couverture Maladie Universelle mais les travailleurs précaires, les retraités aux petites retraites ... 

- il y a une absence criante de recours préventif. Tout ne s'explique pas pas l'arrêt du dispositif M'T Dents qui passait dans les écoles élémentaires. L'examen de prévention chez les 6, 9, 12,15 et 18 ans reste en place. Il n'est pas rare que malgré ce dispositif les enfants ne sont pas amenés au cabinet en consultation alors qu'il n'y a aucun coût et que la prise en charge à 100% est connue (et inscrite sur la lettre reçue au domicile). Il est courant également de ne pas voir l'enfant concerné entre les 2 examens de prévention (donc pendant 3 ans) malgré le conseil donné par le dentiste.



Concernant la fameuse peur du dentiste, on sera plus contrasté que ce "Du coup, tout le monde attend l'abcès.". Généralisez vous avez raison. N'oublions pas que (malgré la peur) certains ont peur d'avoir mal en laissant la situation s'empirer et consultent pour se rassurer.


Quoi de mieux pour clôturer cette (longue) diatribe que les mots d'Edouard Louis dans son roman "Pour en finir avec Eddy Bellegueule" "Je paye encore actuellement d'atroces douleurs, de nuits sans sommeil, cette négligence de ma famille, et de ma classe sociale"

Plus qu'une question de moyens, il ne faut pas oublier le facteur culturel du "prendre soin" (cette fameuse négligence).







dimanche 14 décembre 2014

Rab' du vendredi soir

Après une après-midi éreintante, je rentre retrouver MrCarie. Il m'avait fait part dans la journée d'un gonflement de sa gencive mais vu la teneur du message je pensais que ce n'était pas grave.

20h je franchis le pas de la porte et suis accueillie par un MrCarie qui me montre sa gencive. "Oh mais c'est une aphte qu'est-ce que tu m'embêtes pour ça saleté d'homme qui a mal pour rien" (en vrai il n'est jamais malade). "MAIS NON LÀ regarde". "Ah oui effectivement".

Là face à moi une magnifique tuméfaction de la papille et je me dis comment on a pu en arriver là (oui on, lui, moi et sa gencive).

Heureusement nous habitons Paris et tout est toujours ouvert donc je prends une feuille blanche et je lui fais une ordonnance et l'envoie courir à la pharmacie.

Entre temps j'ai envie de lui crier dessus (ce qui n'est guère constructif vous en conviendrez). Des reproches du style "je t'avais dit de te passer du fil dentaire", "c'est pas possible t'as eu un détartrage il y a moins de 3 mois", "tu te brosses mal les dents c'est pas possible". 

Là je me sens nulle car MrCarie c'est comme un prolongement de mon corps , si il a mal quelque part ça m'embête, ça me perturbe d'autant plus que ce n'est ni un enfant ni un adulte dépendant et que je ne peux pas contrôler sa santé. Ça me mine car je sais qu'il saigne souvent des gencives, je sais que je devrais le pousser à se passer le fil mais je ne suis pas infirmière, ce n'est pas mon patient et il est assez vieux et cortiqué pour s'occuper de lui.

Dans ces moments là j'oscille entre l'envie de lui rétorquer "je t'avais prévenu, tu ne m'as pas écoutée" et "je m'en fous ce n'est pas mon problème".

En fait ce grand fou adore les aliments bio (c'est mal) et s'était (juste) coincé une graine de tournesol dans la gencive (qui ne devait pas aller si bien que ça).

lundi 8 décembre 2014

24 heures dans la vie d'une maman dentiste

Mon quotidien a été quelque peu chamboulé par l'arrivée de Bébé Carie. 

Même si c'est une marmotte depuis sa naissance, il faut bien le préparer le matin avant de partir au boulot !

6h30 Le réveil sonne (puis se fait violenter afin d'être éteint au plus vite pour ne pas réveiller MrCarie).

6h35. Ravalement de façade dans la salle de bain.

6h55: Je fais chauffer l'eau pour mon thé et range la vaisselle sèche.

7h00. Habillage rapide.

7h05: Préparation du petit déjeuner,

7h10: Le moment d'aller voir si Bébé Carie dort encore ou non. Sinon je le réveille à coup du fameux dégagement naso-pharyngé (inventé par les sadiques comme moi pour les sadiques comme moi). Bébé Carie est habillé, coiffé (il a la mèche rebelle). Puis nous partons préparer son biberon (après avoir ouvert la fenêtre très important la ventilation !).

7h15. Le petit prince déjeune.

7h25: Je peux enfin déjeuner.

7h45: Lavage de dents avec un BébéCarie qui m'observe amusé. 

7h50. Heure à laquelle je devrais partir pour ne pas être en retard.

7h55: Change et préparation pour la grande sortie.

8h05: Heure à laquelle je pars vraiment (insérez ici un lavage de nez supplémentaire ou un changement total pour cause de gastro qui se déclare au dernier moment).

Séance de sport du matin.

8h10: Malgré cette pratique soit interdite depuis le 27 Octobre 1995, je jette mon BébéCarie au milieu de ses copains chez la nounou. 

8h20: Course vers le métro et les 3 changements.

8h50: Arrivée au cabinet, début de la 2ème journée.

19h20: Je quitte le cabinet. Fin de ma 2ème journée, début de la 3ème.

19h50: Arrivée à la maison. Bébé Carie est déjà rentré, raccompagné par sa mamie.

20h00: Repas du prince terminé, coucher à présent.

20h05: Je me prélasse dans ma douche.

20h20: Préparation du dîner.

21h00: Le retour du roi

23h00: Heure à laquelle je devrais me coucher si je voulais dormir suffisamment.

23h20: Lecture au lit.

24h: Extinction des feux.

dimanche 30 novembre 2014

Sugar crush



J'ai découvert cette série de photos de Jill Greenberg (datant de 2012, intitulée End Times) à l'occasion d'une conférence lors du dernier congrès de l'ADF.

Au delà de ce que la photographe voulait exprimer à travers son travail (ce qu'elle ressentait face à la guerre ), j'ai aimé la façon qu'elle avait trouvé de faire pleurer ces enfants. 

Elle leur a simplement donné une sucette pendant 5 minutes puis elle leur a retiré ...

A mon sens ça représente bien l'idée que je me fais de l'addiction  des enfants au sucre et du cercle vicieux dans lequel on se place en tant que parents.

L'enfant pleure car il veut son bonbon à la caisse du supermarché, on refuse, il fait une crise magistrale, alors pour le calmer (et ne plus croiser les regards des autres usagers) on lui donne le bonbon.

L'addiction au sucre serait pire que celle à la cocaïne, ça donne une idée...





vendredi 21 novembre 2014

Légende urbaine : les dents se cassent par manque de calcium

Ce serait tellement simple d’accuser la génétique ou de reporter la faute sur une simple carence.

Mais tout vient de nos habitudes alimentaires.. 




Une dent qui se casse/'s’effondre/se cavite le fait principalement à cause de la carie (exceptionnellement pour des raisons d'usure mécanique ou d'érosion chimique).

Je pense que cette légende urbaine du manque de calcium est entretenu par certains vieux praticiens/médecins qui ne veulent pas heurter leurs patients (les mêmes qui te disent sûrement "mais non ce n'est pas un cancer mais on va programmer une nouvelle radiothérapie"). Certainement les mêmes qui disent que l'eau est calcaire dans le coin donc forcément c'est normal d'avoir du tartre ("vous comprenez je bois beaucoup d'eau") (ça ferait une bonne légende urbaine à raconter ça aussi).

Il n'existe aucune étude qui prouve qu'une carence en calcium provoquerait des caries.

Certes le manque de calcium provoque des fractures osseuses mais la dent n'est un os (ni de l'os), mais un organe qui une fois constitué n'est pas remodelable (ou en microsurface avec le fluor) sauf par attaque acide (érosion, carie) ou mécanique (abrasion, attrition).






Je parle de sucres, car les fructose (sucre contenu dans les fruits), lactose (lait) , amidon (pain) ou autres, sont aussi cariogènes que le saccharose (communément appelé sous la dénomination "sucre").

Les premières études se sont penchées sur des populations exemptes de caries depuis des siècles et qui avec l'apparition du coca-cola ou d'une diète "occidentale" se sont vus atteints. 


Par ailleurs les végétariens/végétaliens ne sont pas épargnés par la carie. On a longtemps cru que les sodas étaient plus dangereux que les jus de fruits (qui seraient sains et bons pour la santé). On sait maintenant que tout est question d'équilibre en sucre, acidité et pouvoir titrant (le champagne c'est très très acide sachez le !).


Conseils pour limiter les caries =

  • Limiter la consommation d'aliments sucrés, et ne pas les manger en dehors des repas.
  • Ne boire que de l'eau avant le coucher 
  • Manger du fromage ou des laitages en fin de repas pour neutraliser l'attaque acide
  • Bien sur se brosser les dents après chaque repas

vendredi 14 novembre 2014

Loulou va chez le dentiste

J'avais envie de vous donner quelques pistes de lecture pour évoquer avec les enfants l'hygiène bucco-dentaire ou le rendez-vous chez le dentiste.

Au commencement il y a la prévention, le volet le plus important. Car mieux vaut prévenir que guérir. Et surtout, si vous inculquez de bonnes bases d'hygiène vous avez moins de risques que vos enfants aient des caries.






Le grand classique de l'école des loisirs où le brossage n'a qu'un part infime dans l'histoire mais le conseil reste distillé subtilement sans être moralisateur.


L'identification restant le moteur principal pour l'apprentissage des gestes quotidiens, quoi de mieux que d'introduire un personnage pour imiter et revoir ensemble les étapes.
Bien sûr le meilleur exemple reste les parents et les frères et sœurs. On ne peut exiger quelque chose qu'on ne fait soi-même.




Bon par contre j’espère que sa brosse n'a pas de dents. J'avoue que le titre me laisse songeuse.


Un format BD donc plus ludique pour les plus grands.

A la manière des contes pour enfants qui ont toute une morale cachée, voici quelques volumes pour expliquer d'où peut venir la douleur dentaire et comment y remédier.


Gaston n'aime pas se brosser les dents mais a une carie et il va bien falloir qu'il aille chez le dentiste. 




Une jolie histoire non pas d'indigestion, mais d'un loup qui a mal aux dents après avoir mangé trop de bonbons. Sans être moralisatrice elle permet de comprend pourquoi il faut en manger modérément.
La version "mes parents/grand-parents arrêtent d'acheter des bonbons" serait souhaitable également (rappelons au passage que si on a pas de bonbons chez soi, l'enfant ne peut pas en manger ...).



Un livre je pense plus axé sur le ressenti de l'enfant en lui-même, comment accompagner la douleur plutôt que de culpabiliser (tu as mangé trop de bonbons je te l'avais dit qui n'est pas constructive chez le jeune enfant), répondre aux craintes. Une bonne idée pour ouvrir le dialogue.




"Crocky le croco est un chanteur célèbre et adulé ! Il est très coquet mais reste un peu négligent sur le soin apporté à ses nombreuses dents. Et comme il aime dévorer les bonbons que ses fans lui offrent par paquets, un beau matin, il se réveille avec une horrible rage de dents... Entre la peur du sorcier-dentiste et sa douleur, Crocky va devoir se montrer courageux !"



Décidément les loups mangent trop de bonbons !
Heureusement le docteur Papillon est là pour réparer les dégâts! 


Les ouvrages concernant la tombée des dents et le passage de la petite souris sont nombreux.
En voici d'eux que je trouvais intéressants. 



Pourquoi la dent bouge ? Que va t'il se passer ? Doit-il arrêter de manger ? Doit-il faire comme son ami et l'enlever tout seul ? Une bonne idée pour aborder cette période où la denture devient mixte avec des dents temporaires et l'apparition des dents définitives. 


De quoi nourrir le mythe (et éviter que votre enfant  croie qu'un rat habite dans votre maison et attend tapi derrière un meuble qu'une dent soit posée sur l'oreiller).

Le rendez-vous chez le dentiste est pris, comment préparer la visite. 



Un livret-jeu intéressant qui permet de préparer la première visite, répondre à des questions tout en s'amusant.



         

Lola va chez le dentiste. Et a déjà la bouche ouverte. Espérons que le dentiste arrive vite avant qu'elle n'ait une crampe.


Dora la petite fille modèle qui vient chez le dentiste avec sa brosse et qui a déjà eu un bon point "étoile" pour avoir ouvert bien grand la bouche. On note au sourire de satisfaction de la dentiste que la séance n'a pas été trop difficile (le brushing est toujours impeccable)




Le livre carton rouge



Un grand classique qui pourtant à son titre et son synopsis n'augure pas confiance...
"En allant manger des crêpes chez Ferdinand, Simon se rend compte qu’il a mal, très très mal, à une dent. C’est une très grosse carie dans la molaire gauche. Il faut faire quelque chose ! Aller chez le dentiste ? Pas question ! Faire une piqûre ? Jamais de la vie ! Mais parfois, les mamans de Superlapins ont le dernier mot. En voiture, Simon, et direction le cabinet médical ! Installé de force dans un fauteuil de torture vert, la bouche tartinée de pâte à la fraise, Superlapin n’écoute que son courage !"

Je pense qu'il faut lire ce livre avec du second degré ou éviter de le sortir aux enfants très angoissés, car en présentant le fauteuil dentaire comme un "fauteuil de torture"  et le fait qu'il soit emmené de "force" par sa maman est assez anxiogène.
En somme ce serait comme de dire "ça va être horrible tu vas voir mais tu n'as pas le choix". 
Dora, Lola et Lucas ont bien vu plus haut que le fauteuil était plus magique (on fait un tour de manège !) que barbare.

Par ailleurs il manque beaucoup de communication dans cette famille (même si on emmène rarement un enfant tout joyeux chez le dentiste, lui présenter comme une punition est la meilleure chose pour qu'il soit traumatisé et que ça se passe mal).


Mise à jour :




Je rajoute cet ouvrage qu'un ami confrère m'a offert et que BébéCarie aime beaucoup. Là on est plus dans l'histoire du soir (d'ailleurs c'est ouvrage de la collection Père Castor), ça ressemble à un conte (et ça change de la petite poule rousse). La petite poule ne "chante" plus comme avant et va chez le dentiste. Je trouve que c'est un livre (qui existe en poche en plus) très sympa à avoir en prévention.




mercredi 5 novembre 2014

L'accident d'exposition au sang.

Si il y a bien un truc qu'on redoute à la fac c'est de se piquer pendant un soin avec un instrument ayant déjà piqué le patient. On appelait ça l'AES (Accident d'Exposition au Sang). Naître dans les années 80 ça veut aussi dire grandir avec la peur de choper le SIDA  et ce serait quand même bête de se faire contaminer dans l'exercice de ses fonctions quand on se protège le reste du temps.

La prévention on la connaît, on ne recapuchonne pas une aiguille, on laisse la seringue loin du plateau pour ne pas se piquer par inadvertance ...Sauf que ça nous est tous arrivé d'avoir un accident. 

En tant que salariée-étudiante c'était simple, on allait voir la médecine du travail; on montrait notre doigt, on avait une prise de sang si on avait pas pu ramener le patient avec nous ("coucou, viens on interrompt le soin pour faire une visite du CHU"). 

La première fois j'étais sereine, d'accord je venais de m'enfoncer un truc bien ensanglanté dans la pulpe de mon doigt (j'ai dérapé en extrayant sa dent)  mais c'était une mère de famille que je connaissais bien. Je l'ai laissée repartir avec son ordonnance pour sa sérologie. Et en attendant les résultats je n'ai pas eu de sérothérapie préventive. 

Après j'ai du me piquer avec un enfant, je ne suis pas sûre de l'avoir signalé.

Puis est arrivé ce moment où je n'étais pas encore vraiment dentiste, mais plus vraiment étudiante, je remplaçais. Je me suis piquée avec une lime de traitement canalaire bien ensanglantée pour changer. Je lui ai fait son ordonnance pour le labo. Et je suis allée voir mon médecin traitant ne sachant vers qui me tourner d'autre. Là on s'est heurté à un mur, en employeur on met qui ? C'était pas le CHU,  ça c'est sur. Mais alors le praticien que je remplace ? Qui est donc en vacances. Ou moi-même ? Je n'ai jamais su comment remplir la demande d'accident de travail donc j'ai dû rembourser la prise en charge. 

En attendant le patient revenait à ses rendez-vous SANS ses résultats et ça m'angoissait un peu. Car contrairement aux autres fois il avait le profil type du jeune pas sérieux (oui je fais un charting à la tête du patient pour savoir si je dois m’inquiéter) et surtout je ne voulais ni contaminer mon mec ni mettre une capote.

Après avoir appelé tous les labos des bleds du rayon (ce couillon de patient avait dit qu'il n'aurait pas les résultats avant 10 jours ...) puis fait pression ("jouissons sans entraves"), j'ai été rassurée.

Forcément je ne peux pas passer 2 mois sans me piquer donc à peine installée ça recommençait. J'ai ainsi fait tester un honnête père de famille (qui se trouvait être le mec d'une ancienne copine de bus scolaire), un retraité .. 

J'ai un peu hésité pour une petite jeune de 15 ans. Elle était si jeune. J'ai regretté de m'être piquée quand j'ai vu son bracelet "Kevin je t'aime". 

Ca m'arrive une ou 2 fois par an d'avoir ce doute. Ce moment où on arrache le gant, on examine le doigt, on rembobine le fil. Est-ce qu'il y avait du sang sur l'aiguille ? Si l'aiguille a traversé le plastique est-ce que ça la nettoyé un peu ? (oui je recapuchonne c'est pas bien mais c'est ça ou je me pique). Souvent c'est avec des enfants. Toujours je trempe 5 minutes dans de l'eau de javel diluée. J'ai redouté l'accident pendant ma grossesse. 

Et puis dernièrement un truc con, l'aiguille est bien recapuchonnée mais elle s'était tordue et sortait un peu du capuchon. J'ai pris un instrument et c'était fini. Là tu regardes ton patient. t'essaies d'imaginer quelle vie sexuelle il peut avoir. Et tu as des palpitations car d'ordinaire il est trop bien habillé pour le quartier (version Marais dirons-nous).  Sauf aujourd'hui où il a vieux jogging du stade français (et là mon gaydar est perdu). Tu réexamines le doigt, ça a piqué mais ça n'a pas saigné, il n'y avait pas de sang sur l'aiguille. Alors je l'ai laissé partir et j'ai sorti la javel. 

vendredi 24 octobre 2014

Mastiquer c'est la vie

On est plus tournés vers les apports nutritionnels, les calories, teneurs en gras, sucré, salé (mangez bougez), mais on omet de parler de texture, de "mâche", de consistance.

J'en ai déjà parlé. L'allaitement au sein reste le meilleur garant d'un bon développement de la face pour un enfant de moins d'un an. Si on ne peut pas/ne désire pas (si l'enfant refuse, perd du poids et qu'on se décourage face aux médecins parfois trop dissuasifs), il existe maintenant des tétines reproduisant à merveille le mouvement de succion du sein, élaborées avec des dentistes. Iltet que je teste (approuvé) (commercialisé également sous la marque babymoov) et nuk (pas testées). 
Pour être efficace d'un point de vue physiologique, l'allaitement au sein devrait durer au moins un an. Quand on pense à l'allaitement, on parle souvent de qualités nutritives ou de lien mère-enfant mais on omet de parler de cette fonction physiologique primordiale.
Tous les bébés naissent avec une mâchoire inférieure en arrière (rétrognathie) et c'est ce jeu de succion qui va "corriger". 

Un succion passive favorisée par un biberon classique ne développe pas la musculature dans le sens transversal. Pour stimuler la croissance il est indispensable que l'appareil manducateur (mâchoires) soit sollicité dès la naissance (page 8/19) 


A l'âge d'un an, il est impératif d’introduire (ou d'avoir introduit) des aliments en morceaux avec de la "mâche". C'est à dire ne pas hésiter à faire manger comme les adultes le même plat, quitte à couper plus petit. Le repas sera plus long qu'avec un plat tout préparé (déjà digéré) mais il donne l'habitude de la mastication à l'enfant qui n'est pas censé avaler tout "tout rond". 

musculaire masticatoire qui en résulte.  ( Christophe OTTE  kinésithérapeute podolgue et Olivier OTTE docteur en médecine dentaire Article publié dans la revue professionnelle des ostéopathes :REFERENCE OSTEOPATHIE. (octobre/novembre/décembre 2011))

Contrairement aux idées reçues, un enfant qui n'a pas de molaires de lait peut manger des morceaux (Avez-vous déjà essayé de mettre votre doigt entre les arcades dentaires d'un bébé de 5 mois ? N'avez-vous pas eu mal quand il vous a mordu ?). Bien sûr on augmente la dureté en fonction du nombre de dents. On ne demandera pas à un bébé de 6 mois de manger 100g de penne al dente. Mais à 18 mois il en est tout à fait capable. 
Jusqu'au premier anniversaire de l'enfant, le lait reste l'aliment principal (et le seul indispensable), le reste des aliments est introduit sous le nom de "diversification" justement pour faire découvrir (et non dans un but nutritif propre). 
Même si c'est salissant, il ne faut pas hésiter à donner des fruits bien mûrs (une demi poire que l'enfant pourra tenir et sucer), un quart de banane ... Non seulement l'enfant va jouer avec, mais en plus il va découvrir la déglutition et la joie de la mastication. (Pour plus d'informations sur la diversification menée par l'enfant, cliquer ici et ici ).

A ses 2 ans, un enfant doit manger comme ses parents. J'ose espérer que vous ne vous nourrissez pas que de purées de légumes, de steak hachés et de compote en tube. 




Quelques exemples simples pour les 2 ans et plus :
- remplacer la compote liquide du goûter par un fruit entier (coût économique moindre de surcroît)
-préférer les fruits entiers plutôt que du jus de fruit (sauf au petit déjeuner à la limite) 
- ne pas donner systématiquement des coquillettes 10 fois trop cuites, préférer une cuisson al dente et des pâtes "adultes" qu'on doit mâcher et non juste gober. 
- éviter les mélanges céréales-chocolat au lait (ou lait chocolaté) du matin. Faire boire le lait à la paille à la limite et bol séparé pour les céréales.
-ne pas hésiter à donner du vrai fromage plutôt que des yaourts.
-proposer du pain cuit, éviter les pains briochés/pain de mie  industriels


Il est évident que la génétique (et l'hérédité) prend une grand place dans le développement de la face (et la nécessité ou non d'un appareil orthodontique). Si les 2 parents ont eu un appareil orthodontique et des possèdent des mini-mâchoires, il y a peu de chance que l'enfant en ait une large. 

Le but de l'instauration d'une alimentation adéquate est d'éviter les extractions multiples en préalable des traitements orthodontiques . Ces extractions peuvent être rendues inutiles si on agit en amont par un traitement précoce (ou interceptif) mené avant l'éruption des incisives latérales maxillaires (entre 7 et 9 ans). Le but étant en parallèle avec l'instauration d'une ventilation nasale (un autre facteur important pour le développement de la face) d'avoir des arcades dentaires suffisamment développées pour que toutes les dents puissent être mise en place. Une fois la dysharmonie installée, l'expansion n'est plus possible. Un développement insuffisant de la face peut avoir de graves conséquences sur la santé de l'enfant (rhinites chroniques, ventilation orale persistante ...)










J'extrapole sur mon sujet de prédilection (les dents !) mais si vous séchez sur vos menus, voici 2 sites que j'aime beaucoup. La première fait manger des légumes à ses filles sans que ce soit de la torture (toi même tu sais) et la deuxième vous guidera vers de merveilleuses brioches  et   teste pour vous sur sa fille la diversification à la cool.

Je précise que je n'ai aucun lien avec la société Iltet (ou Nuk,) et que toutes les tétines  Iltet essayées (et approuvées) ont été achetées par mes propres moyens. 

mercredi 22 octobre 2014

Dans mon cabinet idéal

On commencerait par un environnement ni trop propret ni trop glauque. Pas forcément une banlieue cossue mais pas non plus le décor d'une arrière ZAC. Un énorme panneau "cabinet dentaire" serait accroché au fronton afin que même les malvoyants puisse le voir et qu'on ne nous dise plus "j'ai pas trouvé le numéro 176 de la rue, vous êtes où?";

Il y aurait un parking de 5-6 places pour que je puisse me garer sans avoir à chercher une place pendant une heure et que les patients n'aient plus cette excuse d'avoir tourné dans le quartier.

On aurait un visiophone pour voir qui sonne et ne pas avoir de mauvaises surprises. On aurait aussi une entrée ou un interphone indépendant du reste de l'immeuble (mais est-ce possible ?) pour ne pas ouvrir à tous les voisins.

L'équipe disposerait une vraie salle de repos afin de permettre des pauses café/thé/repas conviviales. Des toilettes privées seraient inaccessibles au "public" afin de garder un espace propre à nous.

Une femme de ménage viendrait une fois par jour le matin avant l'ouverture. Elle serait engagée via une entreprise de service afin de pallier aux absences dues aux arrêts maladies et aux vacances.

L'assistante arriverait à l'heure et ne partirait pas avant en se sauvant. On lui stipulerait dans son contrat la liste des tâches à réaliser chaque jour. Elle n'attendrait pas 2 jours avant de faire la stérilisation des instruments, elle répondrait au téléphone sans dire au patient de patienter pendant qu'elle finirait sa conversation avec sa copine. Éventuellement elle nous aiderait au fauteuil au moins pour les prises d'empreinte, sinon pour débarrasser et nettoyer l'unit. Je continuerais à faire mes encaissements et ma comptabilité mais elle pourrait éditer les devis et les ordonnances. Elle aurait donc été formée pour son poste et saurait donc reconnaître une lime quand on lui demanderait de nous en ramener.
Elle ne donnerait pas de rendez-vous aux patients que l'on ne veut plus voir, même si c'est le cousin du beau-frère du caïd du quartier. Elle vérifierait les coordonnées des patients en prenant les rendez-vous pour pouvoir les joindre.
Bien sûr elle serait payée en conséquence et serait déclarée. Elle serait augmentée régulièrement si elle le mérite.
Et tant qu'à faire ELLE pourrait être un LUI parce qu'on est en 2014.

Le titulaire veillerait à une juste répartition des patients et prendrait les enfants de ses patients en soins au lieu de les refiler systématiquement à son collaborateur. Il ne prendrait pas ses vacances obligatoirement du 15 juillet au 15 août en obligeant son collaborateur à rester là pendant ses congés. Il prendrait un vrai remplaçant afin que le collaborateur développe une vraie patientèle et ne soit pas occupé ou débordé que 3 mois dans l'année. Dans la mesure du possible, il veillerait à assurer ses urgences et ne pas transformer son collaborateur en SAV gratuit. Il s'engagerait sans à avoir à changer de fauteuil tous les 5 ans à le faire travailler dans des conditions décentes (une aspiration qui fonctionne, une pièce plus grande qu'un local pour radio panoramique ...).
Il intégrerait le collaborateur à l'équipe et lui proposerait de devenir son associé pour préparer son départ en retraite en douceur.
Et tant qu'à faire le titulaire ce serait moi et ce serait le cabinet du bonheur.


samedi 11 octobre 2014

Le nerf de la guerre

"Bon pour les couronnes j'ai réfléchi, je vais faire ça à l'étranger". 

Scène courante au cabinet, pas forcément estivale mais favorisée par les retours au pays annuels (voire semestriels) de certains de mes patients. Ce n'est pas du vrai tourisme dentaire, il n'y vont pas que pour ça mais en profitent. Bulgarie, Pologne, Turquie, plus rarement la Chine, quand le voyage dure un mois ou plus pourquoi se priver ?

D'autres fois le patient pratique le tourisme dans la ville et aux alentours, se déplace au gré des rendez-vous glanés, bien sûr il ne nous dit pas en arrivant qu'il est venu chez nous car son dentiste ne pouvait pas le prendre avec 15 jours ou qu'il est trop loin. Bizarrement la plupart ne comprend pas pourquoi on ne peut pas jongler avec 2 praticiens (qui plus est qui ne se connaissent pas et ne communiquent pas leur plan de traitement).

Quand ils voient que mon emploi du temps est plus vide et propice à des soins rapides, ils me demandent avec naïveté de tout préparer pour que leur dentiste n'ait plus qu'à poser la couronne. 

A une certaine époque, j'étais gentille et je m'exécutais (je m'ennuyais tellement que j'avais besoin de patients). Maintenant j'ai compris que pour être rentable (et ne pas gagner un tarif horaire moindre que la nounou) je devais abandonner les actes déficitaires.

Le traitement canalaire en est l'exemple criant. J'y passe parfois une heure entière pour 93.91 euros (le taux de rentabilité minimum d'un cabinet étant 50 euros pour 30 minutes on est déjà en dessous). Si le patient ne fait pas de couronne ensuite, la restauration par composite sera aussi déficitaire (entre 19.28 euros et 43 maximum) (légère revalorisation avec la nouvelle ccam) . Quand le patient revient ! 

Dorénavant je teste la motivation du patient avec le devis. Pour savoir si il est prêt dans la durée (Rome ne s'est pas faite en un jour), si il ne va pas se lasser au bout de 2 séances. Savoir également si il est prêt à investir pour sa (ses) dent(s). 

Ce n'est pas qu'une question de moyens puisque la plupart est disposée à faire un blanchiment non remboursé à 300 euros. 

Très rares sont ceux qui n'ont pas de mutuelle, et dans ce cas je les invite à se renseigner auprès de l'assurance maladie pour les différentes aides (ponctuelles ou régulières). 

Evidemment j'ai gardé une once d'humanité, et je soulage les douleurs, mets des pansements là où ça risque de faire mal et extraie les dents limites qui n'auraient pu être gardées qu'avec une restauration prothétique (ces fameuses dents où aucun pansement/composite ne tient et dont le traitement canalaire baigne dans la salive si on ne fait rien).

J'ai peut-être un planning moins plein mais au moins je ne fais plus de bricolage ou sauvetage inutile où pour la 5ème fois de l'année la dent casse faute de parois résiduelles solides. 

jeudi 2 octobre 2014

Maniaque (2)


Je rigole quand on me dit que certains bébés ont peur de l'aspirateur. Le son était tellement familier in utéro qu'il n'en a même pas peur. 

Il faut dire que durant ma grossesse non seulement je me retrouvais parfois seule une après-midi entière (à devoir me lever et ouvrir la porte) mais j'ai dû aussi faire le ménage. Enfin du. Personne ne m'a forcée. Mais vous iriez vous faire soigner chez un dentiste dont le sol est parsemé de cheveux ? En bonne maniaque j'ai donc lavé le sol pour redonner un peu de dignité au lieu. (N'étant pas folle et ne voulant pas encourager le titulaire à ne pas engager une femme de ménage ou à ne pas payer l'assistante pour qu'elle le fasse, je n'ai bien sûr nettoyé que ma partie) (inutile de dire que la situation n'a pas bougé et que l'on me regarde toujours passer l'aspirateur avec des grands yeux éberlués).

Avoir une chambre à la maternité avec un distributeur de gel hydro-alcoolique accroché au mur me ravissait, en rentrant chez moi j'en ai collé dans chaque pièce non dotée de lavabo, les bactéries n'avaient qu'à bien se tenir ! Chez moi le terrain est miné, et au fur et à mesure je lâche du lest pour "immuniser" BébéCarie à la vraie vie (sol non javellisé qu'il prend plaisir à lécher). 

Le grand choc de l'année a été le retour au cabinet.

Certains ont eu des ballons et une guirlande disant "welcome back !", pour ma part j'ai retrouvé une pièce sans dessus dessous. 

J'ai un peu fait une crise d'angoisse. Puis j'ai repris mes respirations abdominales (mon ventre me remercie). J'ai commencé à compter les tâches d'eugénol à décaper (tâches qui ont cette propriété d'être tenaces si on oublie de les retirer à la fin de la journée) et j'ai retourné tous les tiroirs. 
C'est tellement drôle et facile de laisser son bébé à la nounou et de retourner bosser, comment ne pas se réjouir de ne pas retrouver un univers familier et de devoir prendre une journée à tout ranger ? J'avais tellement souhaité qu'il soit à l'aise que j'avais rechargé les tiroirs, mis à disposition tout ce qui me paraissait essentiel sans qu'il ait à farfouiller dans la réserve. Apparemment ça ne lui a pas paru opportun de faire de même (l'ergonomie étant le meilleur ingrédient de notre efficacité). 

Finalement remettre tout en ordre n'était pas le plus compliqué, ça c'était la façade, la partie visible de l'énorme horreur que j'allais découvrir.

L'état du cabinet reflétait parfaitement l'état des soins effectués en mon absence par mon remplaçant.

Inutile de dire que c'est catastrophique.

A suivre.

mercredi 24 septembre 2014

Sociologie du "sans-dent"

Difficile de ne pas réagir à la polémique des "sans-dents", surtout qu'en toile de fond se dresse toujours la même menace, celle d'abolir les "privilèges" des professions privilégiées qui ont de bons revenus.

On associe à tort les soins dentaires aux prothèses qui ne sont pourtant pas la part majoritaire de notre activité (même si j'aimerais mieux pour mes finances). Des dentistes trop optimistes avaient prédit la disparition des prothèses totales pour les années 2000. Même si elles se font plus rares et restent l'apanage des personnes âgées, c'est loin d'être le cas. Contrairement aux pays scandinaves, la prévention n'a pas eu l'effet escompté sur notre "manque d'hygiène" culturel (les français ayant la réputation à l'étranger de ne pas se laver quotidiennement).

Je répète inlassablement que non les soins dentaires ne sont pas chers en France. Surtout quand l'on connaît notre système de santé qui rembourse à hauteur de 70 % au minimum.Personne ne s'insurge que Leclerc puisse vendre des médicaments ou que l'on puisse acheter ses lunettes sur internet, pourquoi protégerait t-on les chirurgiens-dentistes et ne leur imposerait-on pas une limite pour les actes prothétiques ?

Pourquoi croyez-vous qu'on ne donne la feuille de soin qu'après le paiement du patient et jamais avant ? Combien en avons-nous connu qui ont utilisé leur versement sécu voire mutuelle mais n'ont jamais réglé le praticien (voire ont fait opposition au chèque/ eu un impayé pour compte sans provision) ?

Que répondre aux attentes démesurées de certains patients qui préfèrent l'esthétique au fonctionnel ? 

Que répondre à ceux qui voudraient qu'un acte technique comme la pose d'un implant coûte moins cher qu'un téléphone portable ?

Que répondre à ceux que l'on a prévenu avant d'extraire la dent qu'il faudrait la remplacer ensuite ?

Que dire des enfants que j'ai soigné en arrivant la première année et qui ne sont jamais revenus pour un contrôle comme je leur avais demandé ?

Je n'ai jamais refusé un patient CMU, AME, un tiers-payant social, une mise en attente de chèque, j'ai toujours essayé de voir ce qui était le mieux pour certains patients. 

J'exige qu'on arrête de nous traiter de voleurs et qu'on accepte de donner une vraie valeur à notre travail. 
A force de vouloir brader le prix des soins, on brade notre capacité à soigner correctement.

J'aimerais que chacun se prenne en main et arrête de dire "je ne suis pas allé chez le dentiste c'est trop cher" mais "c'est de ma faute je m'y suis pris trop tard" (vrais phobiques exceptés). Surtout qu'à part habiter au fin fond de la Lozère (et encore), on peut trouver des centres mutualistes qui font le tiers-payant et des tarifs prothétiques moins élevés, ou encore des dispensaires/services hospitaliers universitaires.

Quelques exemples concrets du "j'aurais du mais je suis pas venu".

-Madame A a un problème chronique osseux, pathologie jamais prise au sérieux, pas de détartrages réguliers ni de mise en place de maintenance, a perdu sa dent qui ne tenait plus lors d'un choc, ne peut la remplacer car veut une dent fixe (implant) et refuse l'appareil amovible le moins cher en résine.

-Madame B consulte régulièrement pour recoller sa couronne provisoire. En comptant toutes ses visites, elle aurait presque payé la couronne définitive.

-Mademoiselle C a 8 ans, une bouche en vrac et une mère qui oublie de rappeler pour prendre rendez-vous, résultat la carie à soigner il y a 2 ans devient une dent définitive à extraire.

-Monsieur D avait 3 caries il y a 2 ans, revient régulièrement pour mettre des pansements en sachant qu'au départ un composite aurait suffit pour restaurer la dent et que maintenant il devra payer 3 couronnes.

Liste non exhaustive ...





mercredi 17 septembre 2014

La mère, le dentiste et l'enfant.

Il était évident qu'en devenant mère j'allais soigner différemment les enfants au cabinet. 

Il y a ce côté amusement que j'avais déjà à voir leurs petites bouilles rondes, maintenant je les identifie à mon fils, je l'imagine plus grand.

J'avais déjà beaucoup changé pendant la grossesse, surtout compte tenu des positions parfois acrobatiques face aux récalcitrants (non pas pour les tenir mais pour les soigner dans une position qui NOUS convient). Après quelques coups dans le ventre (sur des enfants encore une fois non immobilisés mais très énergiques) et surtout des coups de chaleur/fatigue, j'ai vite décidé de ne plus me prendre la tête.

Compte tenu du tarif final du soin, je ne vois plus m'ennuyer pendant 20 minutes à négocier avec un enfant qui n'en a rien à faire. Si il est violent/dangereux envers moi/lui, dorénavant j'arrête le soin et je fais un courrier. Bien entendu si il a juste peur et qu'il ouvre la bouche, je continue. (Tout en expliquant et en prenant le temps comme je l'ai toujours fait).

Souvent la mère me supplie de continuer, parfois l'enfant voyant sa mère pleurer et par crainte de la punition (ou de la non-récompense) me dit qu'il va faire un effort. Généralement je ne change pas d'avis (souvent il ne me reste à ce moment là que 5 minutes).

Ces séances sont rares mais me laissent toute aussi fatiguée que l'enfant et sont délétères pour le reste de ma journée. Si certains parents offrent de me payer pour mon temps, la plupart (faute de soin pas d'acte à coter, à part si c'est le premier rdv) part sans me remercier pour le temps passé à essayer.

J'avais toujours convenu de ne jamais faire souffrir un enfant, j'essaie de m'y tenir même si parfois les parents me menacent ou m'insultent (souvent le père d'ailleurs qui ne comprend pas pourquoi je m'interrompt alors que j'ai fait l'anesthésie par exemple).

Je dirais que le plus dur c'est la culpabilité. Celle d'abandonner. De savoir que l'enfant ne sera pas soigné, que les parents devront prendre rendez-vous ailleurs et devront attendre. Partagée entre le devoir de ne pas les traumatiser et la nécessité de les soulager, je cherche des solutions et leur trouve des adresses où ils seront mieux accueillis . En sachant que ce ne sera pas immédiat certes mais que les soins repartiront sur des bases saines.

Je sais qu'en province cette accès sera plus difficile et impliquera alors un dépassement d'honoraires mais comment peut-on envisager de faire des soins corrects en prenant le temps autrement ? 

D'un autre côté je n'ai aucune reconnaissance de ces parents qui bien souvent se font suivre par mon titulaire et ne me consultent qu'en urgence. 

La seule chose que je sais dorénavant est qu'une mère peut se tromper.
Dire à son enfant qu'il n'a pas mal juste peur alors que c'est faux.
Je sais aussi qu'elle peut être débordée et exténuée et oublier parfois de contrôler le brossage des dents le soir.
Qu'elle peut aussi abdiquer et donner un biberon de lait pour la nuit pour que le bébé puisse s'endormir.
Je sais que parfois on est à bout après 2h, 3h de pleurs incessants, que le père râle en rentrant et que la belle-mère nous dit de donner une tétine pleine de miel et qu'on finit par abdiquer.
Je sais que parfois on voudrait juste qu'il finisse le biberon alors on rajoute du sucre.
Je sais qu'on trouve ça drôle que la petite goûte au coca même si elle a 18 mois et qu'on va même prendre une photo et la mettre sur facebook.
Je sais que parfois on est dépassés, têtus.
Je sais que souvent on ne sait pas pourquoi c'est mal parce qu'on l'a toujours vu faire.
Je sais qu'on ne peut pas juger des parents qui n'ont pas le même bagage culturel ni le même accès à l'information. 

C'est pourquoi maintenant ma bataille est de détecter ces parents dans mes patients, et de leur expliquer avant qu'il ne soit trop tard. 





mardi 9 septembre 2014

Culpabilité

J'ai repris le boulot et il ne m'a pas manqué (le bébé pas le boulot). Il faut dire que je n'ai pas eu le temps, tellement occupée que j'étais à courir dans tous les sens pour remettre de l'ordre dans mes affaires, à retrouver mes marques perturbée par l'ouragan remplaçant qui a un sens de l'ergonomie bien différent du mien (et qui a du penser que si j'avais été bien sympa de garnir les tiroirs pour ne manquer de rien il n'avait pas à faire de même). Entre les réglages du fauteuil à refaire (on ne peut pas dire qu'il n'était pas à l'aise au moins) et les patients qui avaient pris rendez-vous pour moi, je n'ai pu me poser qu'à l'heure du déjeuner. 

Je stressais de reprendre car je m'étais habituée à ma vie tranquille sans grande responsabilité (maintenir un être humain en vie n'est guère très difficile comparé à satisfaire tous ses patients). 

Du jour au lendemain, je l'ai laissé une journée entière (non sans m'en occuper avant de partir quitte à me réveiller plus tôt). 

J'étais heureuse au boulot puis soucieuse. Sur moi planais cette mission à accomplir, être une super dentiste doublée d'une super maman. Devoir gérer les 2 en parallèle. Avoir la pression du titulaire qui veut que je bosse plus pour le décharger de sa surcharge de travail, devoir bosser moins pour s'ajuster au mode de garde. 

Etre tiraillée entre son bien-être psychique (=avoir une activité intellectuelle autre qu'apprendre des comptines) et le bien-être de son nourrisson (=qui n'a connu que moi ou presque pendant 4 mois et demi et qui doit composer avec une nounou qui opère différemment).

Mais être poussée aussi par l'URSSAF, les impôts et la caisse de retraite qui n'ont pas manqué de me rappeler qu'il fallait que je travaille si je voulais pas vider mon livret A. 

Maintenant je comprends ces femmes qui ont choisi d'arrêter de travailler, c'est difficile avec nos horaires de dingues quand on a pas de solution de garde adaptée de devoir jongler, et parfois on préfère abdiquer, oublier ses plans de carrière, ses rêves de vacances en club pour se recentrer sur l'essentiel, son enfant.

En attendant je navigue à vue entre l'incapacité financière de démissionner (et l'envie d'avoir une activité professionnelle qui prévaut toujours) et mon envie d'enfoncer ma tête dans un oreiller pour étouffer mes cris.

Bien sûr que je suis aidée. MrCarie est plus que présent et me seconde à merveille.

Mais toute la pression est sur moi. Je suis la mère, je l'ai voulu. 

mardi 2 septembre 2014

Le dentiste vu par le cinéma

Le gros sadique.

Attention les scènes suivantes peuvent choquer, ne pas regarder si vous avez déjà une phobie du dentiste.

Inutile de courir avec une tronçonneuse ou de faire des crises convulsives entre 2 exorcisme pour faire peur. On peut aussi bien cacher son jeu, paraître attentionné et torturer avec un plaisir démesuré ses patients. Ce qui est encore plus jouissif c'est que personne ne s'y attend. un masque de dentiste c'est quand même plus discret que la panoplie de Scream.

Le premier exemple qui me vient est forcément celui du dentiste nazi de Marathon Man. 
Difficile de faire pire qu'une scène de torture.

Sauf peut-être en cocufiant son mari avec le jardinier. Et en révélant ainsi sa face cachée de psychopathe. 

Moralité : Au cas où vous l'ignoriez, il ne faut jamais embêter son dentiste, surtout si on est sur son fauteuil, ou si on le sent légèrement à cran ces derniers temps.  On ne sait jamais ;-)

Le notable

Que ce soit le père de Vicky dans la Boum, le fiancé éconduit de Rachel Green dans Friends, Richard dans friends toujours, à chaque fois que l'on voit un dentiste, c'est d'abord un bon père de famille (même si il travaille tout le temps), et le gendre idéal. C'est le cliché numéro 1, "on s'en fiche qu'il soit moche et vieux, il est dentiste va lui parler".

Moralité: Si vous voulez avoir une belle maison et partir en vacances à Hawaï, épousez un dentiste. Ou devenez-le vous même.

La désaxée

Dentiste c'est un métier d'homme, si vous voulez pratiquer cette profession en tant que femme vous avez un problème psychologique. Vous êtes nymphomane par exemple, et vous adorez harceler votre assistant dentaire comme Jennifer Aniston dans Comment tuer son boss ?


Ne manque que le masque ...


Moralité: Si tu veux être indépendante financièrement et ne pas avoir à épouser un homme pour avoir la belle vie, tu es une mauvaise fille ...
Pour aller plus loin, une thèse sur le sujet;

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