mardi 28 janvier 2014

Demande exceptionnelle

Elle est rentrée dans la salle de soin et je n'ai rien remarqué.

Il fait chaud, elle a une robe décolletée et pas de soutien-gorge mais des seins bien ronds qui tiennent en place. Elle a un bracelet de jade au poignet.

C'est la première fois qu'elle vient ici, on lui fait remplir le questionnaire médical. 

Je lis et vois cette réponse à la case "avez-vous déjà été opéré(e)"; opération du sexe. Ayant l'habitude de soigner des non francophones et des patients "simples", je redemande ce que ça signifie. 

Je m'attends à traduire épisiotomie ou laser pour lésion du col de l'utérus.

En fait non elle répond tranquillement qu'elle a fait une chirurgie de réassignation sexuelle en Thaïlande. 

Là j'essaie de jouer aux 7 différences et de capter les détails qui font qu'on pourrait voir qu'elle était un homme avant. En même temps, j'ai sûrement croisé des personnes opérées avant mais je ne traîne pas au bois de Boulogne donc je n'ai ni éléments de comparaison ni repères.

Je me dis juste en la voyant qu'ils ont bien travaillé.

Je lui demande le motif de sa venue (et je trotte dans ma tête les images du film Transamerica). 

Et heureusement que j'étais assise.

Pourtant je ne suis pas la dernière des prudes. A l'époque, j'écumais les tonus à la recherche d'un interne à croquer et je terminais les soirées dans des états plus ou moins incompatibles avec le manuel de bonne conduite de Nadine de Rothschild (quoi que j'étais sociable et sympathique et en plus ma démarche était presque catholique proche du "aimez-vous les uns les autres"). 

"Je viens car j'ai un gros client et j'ai une dent cassée".

"[...] " dentiste longue à la détente qui se demande qu'elle est la nature de son travail.

"Je vends mon corps".

(OMG Jackpot quand je vais raconter ça aux collègues sur facebook !)

Bref elle est escort (j'ai pas demandé combien elle prenait même si j'en avais très envie), a des dents pourries et un client qui veut qu'elle soit aussi belle du haut que du bas (quand je rencontre des gynécos j'aime leur dire que moi je fais "l'autre côté"). 

J'aime bien relever les défis et participer à l'amélioration de la vie professionnelle alors je lui redonne rendez-vous. Le traitement va être long mais elle est motivée, ça peut le faire.

Premier rendez-vous elle arrive en retard, distribution d'un carton jaune.

Deuxième rendez-vous pareil.

Troisième rendez-vous lapin majestueux d'une heure. Le carton rouge est noté dans le dossier. 

Je l'ai croisé en ville, elle ne m'a pas reconnue (je suis un peu une Daft Punk, si on m'enlève mon masque et ma blouse je devient anonyme).

Elle est venue gratter un matin à la porte du cab, nous implorant avec ses yeux de chat birman (quoique beaucoup moins poilue heureusement), j'ai pensé que lui imposer un chômage technique n'était pas très urbain puis me suis rappelée que je ne suis pas censée encourager la prostitution et qu'en plus elle n'est pas digne de confiance.

Et je ne l'ai plus jamais vue.






jeudi 23 janvier 2014

Ca va ?

Il en est de cette phrase une expression devenue trop usuelle, que l'on ajoute au poli "Bonjour".

Souvent on pose cette question en oubliant que c'est une interrogation qui appelle une réponse.

Combien de fois vous a-t'on demandé si ça allait, en ne vous laissant pas raconter que votre pauvre chat s'était fait écraser par la voiture de la voisine ?

Combien de fois avez-vous voulu crier "non, ça ne va pas du tout, j'ai découvert que mon mec couchait avec mon père" juste pour voir si l'interlocuteur vous écoutait encore.

Mais où ce post va-t'il nous mener ???

Quand on est professionnel de santé, on est amenés à poser souvent cette question. Et on sait que c'est un piège.

Car on ne peux pas dire à la patiente, que non ça ne va pas, "mon mec m'a largué et m'a laissé son gros chien qui met des poils partout et dont je ne sais que faire". On est pas dans un échange "normal" ou d'égal à égal (quand l'infirmière vient changer la sonde d'un patient il ne lui demande jamais si ça va elle, là c'est pareil). On est obligés de la laisser parler maintenant qu'on lui a laissé une ouverture. Et là terrible erreur.

Vous vouliez juste savoir si la teinte du composite fait à la dernière séance lui convenait, si la prothèse ne blesse pas, si le composite ne gène pas en hauteur, si elle n'a pas eu mal après l'extraction (rayez la mention inutile et insérez ce que vous voulez).

Mais elle ce que elle comprend c'est si ses hémorroïdes lui font toujours mal (non vous ne vouliez pas savoir), si sa toux s'est calmée, si sa belle-fille a accouché, si son chien est sorti de chez le véto (rayez la mention inutile et insérez ce que vous voulez).

Comment ça j'ai un problème avec les animaux ?

Ce sont des choses que l'on apprend pas à la fac mais que l'on acquiert après (une fois que l'on a croisé 15 personnes âgées qui font la liste de ce qui ne va pas).

Il faut cibler.

On a le droit d'être humain (ou en retard) et de vouloir abréger l'introduction (la mini-conversation avant la mise sur le fauteuil). Pour un nouveau patient, c'est facile, on ne le connaît pas. Pour ceux qu'on apprécie mais sans plus (patient ni antipathique ni méchant mais qui nous donne pas envie de bavarder autour d'une tasse de thé fumant), on peux directement enchaîner le "bonjour" par la question qui nous intéresse vraiment. On se montre agréable, intéressé, et en plus on a une réponse simple et rapide avant d'entamer le soin.

Il y a le cas bonus du patient pour qui rien ne va (bouche toutes options avec carie sur chaque dent) et pour éviter de laisser s'échapper un soupir d'exaspération mal venu, mieux vaut se pincer les lèvres et ne rien demander avant que le patient ne soit allongé sur le fauteuil (mode pas très sympa je vous l'accorde).

Il reste les patients avec lesquels on aime discuter. Et dont la vie nous intéresse (car on sait qu'ils vont nous parler de leur dernier voyage ou de leur nouveau mec et pas du furoncle qui vient d'apparaître). Ceux-là on leur réserve un créneau assez long. Et si on pouvait on leur offrirait un cocktail.

Maintenant que vous savez, ne dites pas "ça va?" n'importe comment. 


jeudi 16 janvier 2014

C.Q.F.D

Jeune femme 32 ans.

A raté son dernier rendez-vous pour un soin simple en début d'année dernière.

N'a jamais repris rendez-vous.

Appelle pour un rendez-vous en urgence.

Sauf que c'est la semaine du grand rush, plus de place disponible avant la fin de la semaine même en urgence (les urgences étant chez moi en premier lieu réservées aux patients qui viennent régulièrement et qui ne manquent pas de rendez-vous).

Sauf qu'en plus elle ne peut venir que sur un horaire qui n'arrange personne (18h30-19h00 et samedi matin tant qu'à faire). Les créneaux où quand t'as eu une journée pourrie tu as juste envie de rentrer chez toi plus vite.

Son rendez-vous arrive.

Elle est à l'heure.

Inflammation de la pulpe +++ sur la dent que l'on devait soigner l'an dernier.

Elle ne dort plus depuis 3 jours. Car aucun antalgique ne fait effet.

Et pour cause. Elle est enceinte. Et le paracétamol tout le monde sait que ça ne fait RIEN pour une douleur dentaire (si la douleur passe après un comprimé et que t'arrives à dormir ce n'est pas une urgence du moins).

On lui a prescrit du paracétamol-codéiné en attendant de me voir mais forcément elle a hésité à en prendre.

Bébé-douleur-bébé-douleur. Est-ce que je peux même si c'est pas tératogène ? Et l'anesthésie je peux l'anesthésie ? 

Donc voilà comment on se retrouve à avoir mal à en crever parce qu'on a oublié/repoussé un rendez-vous pour une simple carie.

C.Q.F.D

(Ps : Elle va bien maintenant ne t'en fais pas).


jeudi 9 janvier 2014

La priorité

On pourra toujours arguer que les soins dentaires sont chers, mais je dirais que c'est une question de priorité.

En ce moment, j'ai des phrases qui me brûlent les lèvres, surtout avec les fêtes, les soldes,  les avalanches de cadeaux, d'achats à obsolescence programmée, d'appareils électroniques dont on ne sait même pas si ils nous sont indispensables. 

Si je veux me déprimer je pense à X. Qui présente une bouche entartrée et des gencives gonflées (tant qu'à faire), plusieurs soins à faire, rien de trop grave, mais qui a préféré attendre entre la première consultation et la reprise de rendez-vous plus de 3 mois. Forcément la situation ne s'est pas améliorée entre, les caries ont continué à détruire les dents menaçant de faire plus mal que si on les avait traitées directement. Forcément le détartrage n'a pas été super agréable. Forcément on m'a rétorqué que 28.92 pour cet acte de torture c'était cher. Et on m'a dit "vous ne trouvez pas ?". Il ne m'en fallait pas plus pour sortir de mes gonds. Et de répondre que non ce n'est pas cher surtout comparé à sa doudoune de marque (qui est plus est moche).

Heureusement après j'ai eu Y qui est arrivé en courant par peur que je ne le prenne pas avec son retard (je vous ai dit que X était arrivé nonchalant 10 minutes trop tard en se demandant pourquoi je n'étais pas heureuse de le voir ?). Y s'inquiète de ses colorations noires sur ses dents, ses amis lui ont dit que ce n'était pas normal alors il a voulu me voir. Ce n'était rien mais j'étais contente de discuter tabac et hygiène dentaire, de lui expliquer comment mieux brosser pour garder des dents "blanches". Contente qu'Y me dise que quand on voit son grand-père avec un appareil amovible (aka dentier du pépé) on a envie de se brosser les dents et de venir faire 1 contrôle par an et que surtout il ne me dise pas que c'est cher payé.

On a tous une priorité différente dans notre vie. Parfois dès le départ on tombe mal et on a des soucis de santé qui nous poussent à préserver ce qui va au maximum, parfois nos parents ont eu tellement de soucis qu'ils nous ont habitué à consulter souvent et prévenir plutôt que guérir. Puis il y a ceux qui attendent que tout s'écroule pour se rendre compte que des fondations au plafond tout était pourri, et là forcément ce n'est plus le même tarif.

Ce n'est ni une question de classe sociale ou de culture, c'est juste une question de priorité. Se dire qu'une fois par an on réserve un créneau de détartrage et de contrôle (28.92 euros, que demande le peuple ?), qu'on peut prendre 2 consultations par an pour son enfant (23 euros l'une comme chez le médecin qu'on embête pour un banal rhume). Ça reste de la prévention, de l'anticipation de besoin. Mais c'est de cette manière que dans les pays scandinaves le taux de soins et de dents extraites a chuté. 

La plupart de mes patients n'ont pas besoin de mettre plus de 100 euros par an pour leurs soins dentaires (donc 30 euros avant le remboursement mutuelle), la grande majorité n'aura jamais besoin de couronnes ou d'appareils dentaires car ils traiteront leurs caries toujours à temps. 

Et puis il y a les autres qui ne viennent pas parce que c'est "cher" alors que tous les soins de base sont remboursés à la même échelle de 70%. Et que c'est uniquement quand on ne les effectue pas qu'on arrive dans les gros travaux, les couronnes, extractions et appareils dentaires. Là oui ce n'est plus le même ordre de prix mais comment restaurer l'impossible quand tout est carié jusqu'aux racines depuis des années ? Que proposer à quelqu'un qui veut des dents blanches et fixes alors qu'il n'a plus que des moignons de racines, autres que des implants ? 

C'est le nouvelle année alors prenons de bonnes résolutions, arrêtons de nous lamenter et décidons nous à faire des contrôles même "pour rien" juste pour nous habituer à l'idée que quand on s'y prend à temps ça ne coûte rien. 

mercredi 1 janvier 2014

Bonne année 2014 !

On a pas tous eu ou vécu ce qu'on espérait en 2013, ou alors si et on ne souhaite qu'une seule chose c'est que cela se prolonge.

Alors pour cette nouvelle année je vous souhaite tout le bonheur du monde, de profiter de votre santé et de celle de vos proches, de la préserver au maximum, de profiter des instants heureux et de vous concentrer sur l'essentiel.

Que votre année 2014 soit aussi douce et légère qu'une bulle de champagne !


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