vendredi 28 février 2014

BEP Force de vente

Mon amoureux a des idées merveilleuses qui lui viennent généralement après des soirées passées avec des confrères pétés de thunes.  Confrères qui font un chiffre de 50 000 euros par mois (mais à quel prix ?). J'en connais une qui jongle avec 2 fauteuils, un patient sur chaque, c'est sur c'est sportif. Ils ont aussi une chance immense (celle d'avoir pleins de personnes âgées édentées mais pas désargentées).

Mais en plus de la chance, ils ont cette capacité énorme de pouvoir vendre ce qu'ils veulent. Oui qu'on se le dise, placer de la prothèse ça relève aussi du commercial.
Je suis une dentiste humaniste certes (je refuse ces plans de traitements globaux nouvelle mode qui consiste à faire signer un devis avant même de commencer des soins), je suis aussi une grosse flemmarde. Si je commence à 10h au lieu de 9h un samedi matin, je pense à ma soirée du vendredi qui peut s'allonger de quelques verres, je pense à mon réveil plus tardif et mon arrivée plus guillerette au cabinet. Mais c'est vrai que je n'ai pas de prêt immobilier à rembourser et que le cabinet ne m'appartient pas, je n'ai pas les même charges au dessus de ma tête.

Maintenant que j'ai un emploi du temps garni et intéressant, je sais que je peux bien vivre. Le bien vivre étant différent de ma sus-nommée consoeur que j'adore mais qui a des goûts de luxe.
Mon manque d'ambition est peut-être palpable. Je ne cherche pas à rentrer dans la tranche des 75% mais de me faire plaisir au boulot en ne travaillant pas comme une stakhanoviste mais à mon rythme et prendre du bon temps en vacances.

D'autant plus qu'étant douce et gentille et douée avec les enfants (la phrase de mon collaborateur qui m'a propulsée au rang de spécialiste des enfants dans le quartier), je passe maintenant une bonne partie de mes mercredis/soirées/samedis matins à soigner des enfants plus ou moins conciliants. Activité chronophage s'il en est qui m'empêche donc de conquérir le monde avec mes couronnes.
Mais ça me va aussi bien (quand ils ne crient pas trop), j'ai bon espoir d'en tirer quelques notions éducatives pour le futur.

Quelle est donc cette merveilleuse idée ? M'inscrire à un institut de formation pour des cours de commerce/vente et je ne sais plus trop quoi. Sauf que mes seules journées de libre je préfère les garder telles quelles (le rangement de notre habitation étant une occupation à part entière tel le fameux tonneau des Danaïdes). Cela a bien sûr désespéré mon beau-frère, un commercial, qui ne comprend pas mon manque d'avidité (peut-être ce fameux sentiment de culpabilité de ne pas vouloir être celle qui pompe l'argent des autres).

Certains te diront qu'ils sont capables de vendre un appareil à un patient qui n'en a pas besoin, d'autres qu'à 40 ans et quelques ils ont toujours un problème avec l'argent et qu'ils n'arrivent pas à proposer des devis.
Je me situe entre les 2 (enfin plus proche du deuxième). Je propose des devis quand je vois que c'est vraiment nécessaire, mais j'ai encore du mal à faire un gros devis global du prix d'une voiture. Surtout quand je sais pertinemment que le patient ne peut pas financièrement (ceux qui peuvent n'ont pas une bouche entière à refaire ou alors vont voir le titulaire …).

Je ne pense pas que mon problème soit vraiment l'argent mais le résultat attendu, peur de ne pas être à la hauteur, que le patient se plaigne qu'il ne ressemble pas à Brad Pitt alors qu'on part de zéro, plus les sommes atteignent les sommets, plus on s'attend à changer de vie, plus on doit jongler entre l'esthétique  et les contraintes. Un peu comme pour les coiffures ou coupes de cheveux, certains ne pourront jamais avoir un sourire correct sans une opération plus ou moins lourde de la mâchoire et c'est dur de faire comprendre qu'on ne peut pas reproduire la bouche du voisin.

La solution pour signer des devis sans trop se forcer reste sûrement de partir à la campagne, là où les patients ne comparent pas nos devis à ceux des centres mutualistes ou à tous nos confères alentours. Là aussi on les réseaux de soins ne pourront pas nous contraindre à nous vendre à des mutuelles, finissant par devenir des libéraux travaillant comme dans les centres, à la chaîne pour augmenter le rendement et compenser les tarifs imposés dérisoires. 

vendredi 21 février 2014

Je vous faiS un prix.

Je ne soigne pas Mr Carie, il refuse, alors il est obligé d'aller consulter ailleurs. 

A Paris trouver un dentiste qui reste dans les clous niveau honoraires, ce n'est pas facile, ainsi pour éviter qu'il se fasse avoir je lui conseille de poser les bonnes questions.

Là c'était facile il avait rendez-vous pour 2 caries donc je savais que maximum il devait en avoir pour 40,97 euros (carie 3 faces) fois 2 et minimum 16,87 (carie 1 face) fois 2. 

Sachant que la tendance parisienne est de considérer que toutes les caries atteignent 3 faces pour coter systématiquement 40,97 euros même si la carie n'atteint qu'une face. Certains mutilent la dent pour que la restauration composite ou par amalgame soit bien visible sur les 3 faces (en cas de contrôle), d'autres cotent les 3 faces pour éviter la mutilation en ne souciant pas de la non concordance.

Cette pratique pose 2 problèmes. Le premier est que c'est de l'arnaque pure pour le patient et la sécu (voire même de la mutilation ce qui est encore plus grave). 
Certes les soins dentaires sont sous-cotés. Ça en est même risible. Parfois on passe 30 minutes sur une carie profonde, large sur molaire qui nécessite une anesthésie et une isolation correcte de la salive avec champ opératoire ou non, tout ça pour 16,87 euros. Autant dire que ça donne envie de pleurer surtout si c'est sur un ado paresseux de 15 ans qui ne veut ni ouvrir sa bouche, ni pousser sa langue, qu'on se bat donc pour faire un soin correct dans des conditions acceptables pour un tarif minable. 
Parfois on fait aussi des petites caries qui touchent 3 dents beaucoup plus facilement et plus rapidement pour 40,97 euros et ça compense. Même si pour être rentable 50 euros la demi-heure ce n'est pas assez.
On ne va donc pas revenir sur les honoraires des soins qui n'ont pas été revalorisés depuis Salmanazar.
Doit-on faire payer les patients, en se disant qu'ils sont remboursés au final (enfin si ils ont une mutuelle, sinon à 70 % uniquement) ou la sécu (c'est tellement facile pour les patients cmu ou dans les centres de soins car dès qu'il y a tiers payant on ne se rend pas compte de la valeur du travail effectué) ? Doit-on rester honnête ?

Moi j'ai choisi, ça explique d'ailleurs que je roule en métro ...

Le deuxième problème dont beaucoup de confrères se fichent pertinemment est l'aspect médico-légal. 
C'est un petit détail insignifiant le dossier patient et le schéma buccal mais en cas de catastrophe aérienne/tsunami/incendie sous un tunnel  on est bien content de pouvoir identifier les victimes.
Une des raisons de l'efficacité après le crash du Concorde pour l'identification des cadavres était que la plupart des passagers étaient allemands. Et que les fichiers patients de leurs dentistes étaient irréprochables. (Ça et le fait qu'ils portaient tous des bridges ou des couronnes fixes ce qui est un critère discriminant plus intéressant que des arcades complètement saines). 
Quand je vois les dossiers patients des dentistes parisiens, je me dis qu'on serait bien mal barrés. (D'ailleurs on en est où pour le Rio-Paris ?).
Entre les soins 3 faces sur des dents qui n'ont qu'une face obturée, les soins cotés sur des dents saines et intactes, les prothèses cotées sur des dents saines, plus rien ne correspond.
Ça me rappelle la fois où j'ai ouvert le dossier d'une patiente du titulaire, vu qu'elle n'avait plus de dents naturelles non dévitalisées au maxillaire, pour m’apercevoir en bouche qu'elles étaient toutes saines et pulpées. Il y a comme un moment où tu te dis que t'as mal lu, ou que ce n'est pas la bonne personne et ou finalement c'est toi qui a l'air bien cruche.  Concrètement si la patiente se faisait brûler le lendemain dans un coin de forêt (soyons imaginatif), on aurait jamais pu comprendre que c'était elle (bon en réalité le temps que les autorités contactent tous les dentistes avec le schéma dentaire obtenu post-mortem on aurait bien attendu 2 ans pour confondre les fichiers).
Bref je remplis correctement mes schémas dentaires (enfin j'essaie, ça m'arrive encore de me tromper de numéro de dents en bon boulet que je suis)(mais du coup je le note dans les observations)(parce que je m'en rends toujours compte après le passage de la carte vitale quand le patient est loin très loin).

Revenons à MrCarie.

Il rentre de son rendez-vous, me dit qu'il en avait pour 80 euros et des brouettes (le calcul mental et moi ... BREF). Vu que lui est plus intelligent (enfin surtout quand ça touche l'argent) il lui a dit "ah c'était 2 caries 3 faces ?" (Si je l'avais bien coaché je lui aurais dit de demander quelles faces étaient intéressées mais le temps m'a manqué.). Et  le dentiste lui aurait dit "de toute façon vous êtes remboursé non ?". "Non je n'ai pas de mutuelle" (il ne voit pas l'intérêt passons). "Ah du coup je vous fait un prix". "Bah non si c'est 2 caries 3 faces c'est le tarif non ?" 

Bilan il a eu une ristourne sur une des 2 caries. Ce que l'on ne fait jamais, surtout quand on s'est bien embêté à vraiment faire 2 obturations de 3 faces. Autant dire qu'on l'a démasqué et que je sais que soit il surcote, soit il fait du zèle et nettoie des sillons qui sont propres à la base ...

vendredi 14 février 2014

Lâcher-prise

2013 ça restera ma grande annus horribilis. On pense toujours que le pire est passé mais finalement quand on y vient on se rend compte que ce qu'on a vécu avant ce n'était rien à côté, même cette année où j'avais perdu ma grand-mère et mon grand amour à quelques semaines d'intervalles.

Dès la fin de l'année 2012 j'aurais dû sentir que ça n'allait pas aller, ma belle-mère ayant fini l'année à l’hôpital. Puis au fur et à mesure des mois, on a découvert 1 puis 2 puis 3 cancers dans la famille. Autant dire que même si on a une grande famille, on garde en tête que la moitié des oncles et tantes puisse être décimée. Et on passe l'année à avoir l'impression de se noyer et avoir quelqu'un qui te replonge à 50 mètres de profondeur en te maintenant la tête sous l'eau dès que tu trouves la force de remonter. Ou le fameux sentiment du "quand y en a plus y en a encore".

J'aurais pu me lamenter, tout plaquer, me laisser mourir de faim, m'enfermer dans le boulot mais j'ai choisi de profiter de ma vie (enfin de ce qu'elle m'offrait) (l'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération). 

Et tout d'un coup comme un poids s'est levé de moi, plus de stress pour le cabinet, pour les rentrées d'argent, le CA en berne avec la crise, les mois d'été creux, la reprise de l'activité à la rentrée de septembre qu'on attend toujours en octobre puis novembre, le fameux congrès où tout le monde se targue de son super chiffre et où je pensais à tout autre chose, jamais je ne me suis sentie aussi détendue au travail.

En parallèle il faut dire que MrCarie et moi essayions de mettre un bébé Carie en route. Inutile de dire (ceux qui sont passés par là savent) que ça occupe pas mal l'esprit entre les "ça se trouve là c'est bon", "quand est-ce qu'on réessaie" ... des semaines à calculer les jours avant, les jours après, à ne pas savoir, à espérer, à déprimer, à se réjouir.

Quelque part entre la maladie et la vie, j'ai continué à travailler, à m’inquiéter pour ceux que je soignais, à vouloir leur offrir le meilleur des soins avec le maximum de ce que je pouvais techniquement,. Mais si on avait analysé mes pensées, on aurait vu que  physiquement j'étais là, mais mentalement j'étais dans une galaxie far far away .

J'avais réussi à me détacher des problèmes matériels, à ne plus angoisser sur le "que va t'il penser si je lui réponds ça alors qu'il veut ça ?". Je pensais que j'allais passer pour une soignante froide et antipathique, voire même une "personne qui a des relations sexuelles de qualité insatisfaisante" mais personne ne s'est plaint, personne ne m'a rien reproché.

Finalement dans mon malheur, j'ai compris que si on peut mourir de soucis pour sa famille, on ne devrait pas mourir pour son travail, il y a bien plus grave dans la vie. 

vendredi 7 février 2014

Légende urbaine : on ne peut pas avoir de caries si on ne mange pas de bonbons

Les bonbons de Candy Crush Saga sont les seuls totalement inoffensifs pour la santé.


Souvent quand j'annonce que j'ai trouvé une carie, j'ai l'impression de dire au patient qu'il souffre de la lèpre et sa première réaction est de dire "pourtant je ne mange pas de bonbons" ou "pourtant je me brosse les dents 3 fois par jour".

C'est là que rentre en jeu mes connaissances en hygiène alimentaire que j'aime dispenser en guise d'explications.

Contrairement à ce que l'on pense, tous les aliments (enfin sauf les protéines pures) peuvent être transformées en sucre (c'est à dire en sa forme la plus simple le saccharose). 

Si l'on croit que seuls les bonbons sont dangereux on se fout le doigt dans l’œil.

Triade de Keyes représentant les 3 facteurs pour la formation carieuse, l'hôte (la dent), l'environnement (la nourriture, les bactéries) et le temps.


A partir du moment où l'on mange même un morceau de pain (=amidon donc glucides complexes mais sucres quand même) on s'expose à un risque carieux. Idem pour le lait (=lactose), les fruits (=fructose) ...

Le deuxième facteur favorisant les caries est l'exposition.

Comme je dis souvent c'est bien de se brosser les dents après chaque repas mais ça sous s'entend de ne pas manger entre les repas. Ne pas manger ET/OU boire.

A partir du moment où l'on grignote (même un galette de riz bio pourtant d'aspect inoffensif) si on ne se brosse pas les dents, on expose ses dents à d'une part un dépôt alimentaire qui va servir de carburant aux bactéries cariogènes pour produire leurs toxines acides (qui déminéralisent les dents entraînant une lésion carieuse) et d'autre part on perturbe l'équilibre acide-base de la salive (basique entre les repas), diminuant le pH sous le seuil de 5,7 (acide) et favorisant l'activité des bactéries cariogènes.

Courbe de pH après un repas

Le pire du pire des aliments à consommer entre les repas reste les boissons sucrées type sodas ou jus de fruits.

Même du soda light, estampillé sans sucre (= sans saccharose mais avec aspartame qui reste un glucide).

Toutes les boissons à part l'eau sont susceptibles d'entraîner des caries. 
  • Par leur caractère fluide elles glissent entre les dents dans les fameuses surfaces inter-dentaires qui ne sont nettoyées que par le passage du fil dentaire ou des brossettes inter-dentaires (et jamais par le brosse à dent ni par les solutions de rinçage même si les pubs disent le contraire)
  • Par l'imprégnation provoquée des parties molles (joues, gencives) augmentant le temps de contact avec le sucre (propriété de rémanence).
  • Et par leur caractère acide (même si seul le goût sucré ressort toutes les boissons gazeuses sont acides, et les jus de fruits sont encore plus acides que le coca pourtant bien corrosif).


La canette que l'on sirote tranquillement tous les jours au boulot est donc le mal absolu à part si on la boit à la paille (effet droit au but).

Les 3 règles pour échapper à la carie dentaire sont :

  •  Un brossage des dents rigoureux après les repas (et non avant le petit déjeuner comme beaucoup font) + le passage du fil dentaire ou des brossettes inter-dentaires au moins une fois par jour.
  • Pas de grignotage entre les repas
  • Boire de l'eau entre les repas (ou utiliser une paille)
  • Mâcher un freedent (on y reviendra).




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