mardi 27 mai 2014

L'agression

Je devais être arrivée depuis 1 semaine pas plus au cabinet de banlieue, je n'étais pas encore habituée aux excités de la cité. Je reçois un patient en urgence pour de fortes douleurs, c'est sa dent de sagesse je ne peux pas l'extraire, je lui met un pansement, lui donne une ordonnance d'antalgiques puissants et je lui redonne rendez-vous avec mon titulaire. 

Le jour du rendez-vous ça se passe mal entre eux, le patient est peu compilant, en a marre qu'on l'anesthésie de partout, le soin est stoppé, il doit aller voir un stomatologue. 

Sauf qu'il a toujours mal et qu'il se repointe à la meilleure heure c'est à dire pendant notre pause déjeuner (c'est à dire aussi quand il n'y a personne en salle d'attente). 

Qu'est-ce qu'il fait le titulaire en voyant un grand jeune énervé ? Il l'envoie voir sa collaboratrice qui essaie de déjeuner. 

Pétrifiée de peur face à ce mec qui est prêt à démonter le mur, je suis restée stoïque, j'ai fait ce que j'ai pu (=rien). Puis je l'ai regardé repartir. Et j'ai pleuré. 

Le patient n'est plus jamais revenu au cabinet. Après une "discussion" avec des jeunes du quartier, il baisse désormais la tête quand il nous croise (ce qui m'arrange vu qu'il habite en face).

Depuis j'ai eu l'énervé qui était en descente alcoolique (qui est revenu beaucoup plus calme malgré que je sois sur mes gardes).

Et dernièrement un patient qui paraissait insignifiant (grand sourire, ponctuel …).

Comme les autres il y a un instant où tout bascule, celui où ils arrivent trop en retard pour qu'on les prennent et où au lieu de s'excuser, ils choisissent d'extérioriser leur mécontentement par une explosion de haine.

Le mec m'a non seulement pourrie mais en plus il a demandé à ma patiente suivante de le laisser passer (genre on est à la caisse de monop'), puis comptait prendre racine et rester jusqu'à ce que j'ai fini tout le monde (c'est tellement simple pourquoi n'y avons nous pas pensé ???).

Voyant arriver gros comme une maison le moment où je serais seule face à lui car tout le monde (assistante, patients) aura décamper, j'ai choisi de le virer. 

Pour le coup je n'ai pas pleuré, ma voix est restée calme même si j'ai élevé le ton. Je ne sais plus si je ne criais pas plus que lui (parfois qu'il est bon de se décharger). La patiente avait peur que je me prenne un coup, l'assistante était retranchée à l'accueil.

J'ai sorti le mot magique. Le mot qu'on regrette parce qu'on se dit que vu le quartier c'est pas les bienvenus.

"Vous avez 2 minutes pour vous lever et partir sinon j'appelle la police".

Là la réponse que je n'attendais pas, le patient qui se met limite à pleurer parce qu'il a fait de la prison et qu'il ne veut pas d'ennuis. Je lui ai fait une ordonnance et  lui ai redonné un rendez-vous.

Depuis il n'est plus jamais revenu en retard et il s'est excusé. 




mercredi 14 mai 2014

Le paradoxe de la grossesse

Pendant une grossesse, on est pas malade mais surtout grosse. Et on reçoit des tas d'informations contradictoires souvent formulées par la même personne.

"Surtout il faut que tu continues à vivre normalement". /"Par contre fais attention j'ai fait une fausse-couche en faisant du vélo".

"Il faudrait que tu te reposes"/ "Je te laisse fermer le cabinet""Tiens tu peux faire ça""On a pas d'assistante aujourd'hui,  il faudra que tu te bouges jusqu'à la porte toute cette après-midi (et les suivants d'ailleurs parce que ça ne me gène pas moi vu que je ne suis pas là) pour ouvrir aux patients".

"Tu devrais alléger tes horaires, tu tiendras jamais jusqu'au bout"/ "Tiens je t'ai calé une urgence à 13h, ça te dérange pas ?".

"Tu veux pas prendre un vrai congé mat' ?" / "Tu sais ma maraîchère elle a travaillé jusqu'au bout dans son champ et elle était pas assise comme toi".

"J'aimerais bien que tu restes à la maison"/ "Les africaines tu crois qu'elles se reposent ? Elles s'accroupissent pour accoucher et après elles continuent de marcher"

"T'es sûre que tu vas manger tout ça ?"/ "Faut que tu manges plus le bébé a faim".

"Tu t'es coloré les cheveux, mais t'es folle"/ "Mais oui continue de nettoyer ton fauteuil toute seule avec tous ces produits plus toxiques les uns que les autres plus de 15 fois par jour".

"Attends laisse je t'attrape la boîte de seringues" / "Mais je te regarde passer l'aspirateur dans ton cabinet."

"Tu ne tiendras jamais jusqu'au bout" / "Tu peux venir au bureau voir un truc ?"

Ça me fait doucement rire quand je suis revenue au cabinet et qu'on m'a dit "quoi t'as déjà retrouvé ta ligne ?!!". Comment pouvais-je grossir avec le train que j'ai mené jusqu'au bout ???? J'ai l'impression qu'ils faisaient un concours pour voir quand j'allais m'écrouler. 

samedi 10 mai 2014

Pourquoi doit-on finir les soins avant de faire une couronne/prothèse ?

L'été approche et les demandes de réhabilitation prothètique pour être paré se multiplient. Comme tous les ans à la même période, il faut être prêt pour la maillot de bain mais aussi "en état" pour revoir la famille.

Les patients les plus organisés prennent contact en avril-mai quand d'autres frappent à la porte en juillet alors qu'ils partent 2 semaines plus tard. C'est souvent l'occasion du "bilan annuel" ou contrôle de routine.

Souvent ils viennent pour un motif en particulier, refaire cette dent qui est moche pour le mariage de sa fille, avoir des dents pour sourire pour son propre mariage (oui c'est la saison des mariages) ou être "présentable au bled".

Certains comprennent aisément qu'on ne sort pas la couronne d'un chapeau et qu'il faut des séances de préparation, d'autres rêvent en couleurs de repartir avec une dent neuve 30 minutes après s'être assis sur le fauteuil.

Le plus difficile à faire admettre est qu'il faille au préalable soigner toutes les caries et infections latentes avant de commencer les travaux.

C'est logique me diriez-vous, on ne va pas poser une couronne sur une dent pas encore dévitalisée (ou dont le traitement est à refaire), on ne va pas entamer les empreintes avant de savoir si la carie sur la dent adjacente n'est pas trop grosse pour qu'on ne la dépulpe pas, on ne va pas laisser une dent qui menace de faire très mal (grosse infection qui attend l’heure du départ en vacances pour finir en abcès).

Je me bats chaque jour pour faire accepter qu'on doive absolument commencer par un détartrage,. Une bouche propre c'est le préalable indispensable à des soins effectués correctement (poser des composites avec une gencive qui saigne à proximité c'est la meilleure façon de devoir recommencer dans 2 ans pour reprise de carie).

Vous savez maintenant que je suis une impitoyable dentiste, qui adore dire non, et ne pas faire ce que veut le patient mais ce qui est mieux pour lui. Nuance qui paraît floue mais importante à rappeler.


Si on exécutait toutes les demandes des patients, beaucoup se retrouveraient sans aucune dent car ils les auraient faites extraire ("ça fait trop mal, je préfère qu'on me l'enlève") plutôt que de les soigner (ce qui est possible dans la grande majorité des cas), beaucoup auraient des dents taillées pour les réaligner (alors que cette dent qui descend signe une perte osseuse qui continuera), beaucoup auraient des couronnes sur toutes les dents au lieu de faire un traitement orthodontique (pour au final la même somme à débourser), certains auraient les canines en pointe, on ferait des blanchiments sur des dents pas détartrées ...

Je lutte aussi contre certains de mes confrères qui ne résistent pas (la prothèse c'est le nerf de la rentabilité) et par la même n'éduquent pas les patients.

C'est pour ça qu'on rencontre parfois des gens avec un sourire émail diamant et des débris de racines à extraire au fond de la bouche ...


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