mardi 24 juin 2014

Rallonge

J'aurais du reprendre aujourd'hui.

Je ne sais pas ce qui s'est passé dans mon cerveau pour croire que j'aurais trouvé une nounou pour les mois d'été, sachant que le ramadan commence samedi (ou dimanche ?) et que tout le monde part en vacances en Août .

Entre ça et BébéCarie qui ne veut toujours pas faire ses nuits (enfin je pense qu'il n'a pas compris que 5h du matin c'est pas vraiment le matin en fait), qu'il ne veut pas de biberon (il ne veut pas de sucette non plus donc on va dire qu'il n'aime pas le silicone) et mon poil dans la main qui a poussé.

J'ai décidé en commun accord avec MrCarie (qui a la base ne voulait pas que je reprenne 6 semaines après l'accouchement) (ce qui est quand même assez court comme congé mat' ça se conçoit) de rester à la maison.

Le titulaire a fait la gueule.

Le remplaçant non.

On verra si j'aurais toujours un boulot en septembre (je suis pas à l'abri d'une tentative de coup d'état sur mon fauteuil).


mercredi 18 juin 2014

Double peine

J'ai un peu trop d'empathie. Surtout avec les enfants. Je ne sais pas si le fait d'être mère ou juste parce que je leur veux du bien. Mais c'est dur pour moi de voir des gamins souffrir, surtout sur le fauteuil. C'est d'ailleurs pour ça que je ne soigne plus les patients contre leur gré malgré le consentement des parents qui sont prêts à les attacher pour "qu'on en finisse". Mais ces jours-ci j'en ai de moins en moins, la plupart se laissent faire sans broncher.

(Par contre j'ai moins d'empathie pour les enfants qui délibérément me disent qu'ils en ont marre alors qu'on a rien commencé, dont le père me regarde comme si j'étais une méchante femme qui avait battue son fils quand je lui ai dit de garder la bouche ouverte.)

Là où ça se corse c'est quand se présente à toi un gamin mignon mais associé à un parent que t'as envie de taper contre un mur. 

Exemple 1:  enfant polycarié qui aurait besoin d'un suivi régulier et d'un traitement orthodontique, qui bénéficie de la CMU dont rien à débourser pour la mère, sauf qu'elle s'en contrefiche et ne fait rien. Voilà comment tu te retrouves à soigner un enfant sur les jours de garde du papa pour sauver les meubles.

Exemple 2:  enfant polycarié dont j'ai fait le traitement canalaire de ses 4 premières molaires mais qui ne revient pas pour " étanchéifier " le tout car la mère oublie, pansement qui partent, dents qui se réinfectent, abcès répétés, pas de guérison, pas de présentation à l'othodontiste. Bilan 4 dents foutues que je veux devoir extraire un jour.



Exemple 3:  le classique du "je prends rendez-vous quand la petite a mal mais j'oublie de revenir aux suivants".

"Mais il reste des dents à soigner !"


Le point commun c'est que le gamin reste avec ses caries qui s'amplifient (jusqu'à preuve du contraire le processus carieux est irréversible), avec des douleurs qui augmentent, des abcès qui percent, des nuits sans sommeil, des journées sans manger, une bouche presque foutue à 10 ans (ou avant). 

Ces patients on a une grosse envie de les virer (enfin sauf le premier vu que le papa est cohérent lui) sauf que ce n'est pas de leur faute, mais celle de leurs parents qui ont toujours une bonne excuse pour louper un rendez-vous. C'est difficile de dire "non je ne le prends plus" en sachant qu'aucun dentiste ne risque de les prendre rapidement (car nouveau patient et enfant en plus). On a envie de leur laisser une énième chance, de les croire.

Puis à contre-cœur on les note sur la liste noire en sachant qu'on a fait le maximum et que ce n'est pas à nous d'éduquer les parents. 

mercredi 11 juin 2014

La reprise

Un jour, il faut commencer à y penser, à se remettre dans l'idée de retourner au cabinet.

Forcément je n'ai pas envie d'y être à cette échéance. Même si il me reste 4 semaines je sais qu'elles vont passer trop vite, elles vont défiler comme les 6 autres avant elles.

On pourrait croire que c'est génial autant de temps à rester chez soi hors du cabinet.  Oui j'ai bien profité de Bébé Carie et lui de moi mais ce qui ressort de tout ça c'est un sentiment de n'avoir rien fait. Je l'ai nourri, bercé, cajolé, changé, réconforté, photographié mais sur toutes ses heures de sommeil (et y en a eu c'est une marmotte !), je me suis laissée glissée dans de la paresse sans la fatigue pour excuse. Quand on a trop de temps devant soi, on repousse tout, on procrastine, on est obligés de s'astreindre à un planning pour être sûre de passer à la mairie chercher le livret de famille ou commander les faire-parts.

Ma belle-mère pensait que je serais la plus heureuse du monde à ne rien faire, "tu es une mère maintenant". Mais justement cette nouvelle fonction n’annihile pas les autres, celle de femme et de dentiste. 

Je n'ai pas hâte de reprendre mais c'est surtout que j'angoisse des défis logistiques qui vont s'imposer. Ou le challenge de se lever à 7h du matin sans pouvoir retourner dormir ensuite. Est-ce que d'ici là il fera ses nuits ? Est-ce qu'il sera assez réglé comme une horloge pour que je puisse caler mon petit-déjeuner sur le sien ? Ou vais-je devoir jongler tous les matins et sacrifier mes tartines en un repas plus rapide à avaler entre un changement de couche et un rot ? Vais-je arriver à la bourre au cabinet ???

Je me réjouis cependant de pouvoir m'occuper autrement la journée qu'en enchaînant les 4 épisodes d'urgences, 4 mariages et une lune de miel, puis bienvenue chez vous ou j'hésite un dîner presque parfait. Je suis heureuse à la perspective que le livreur d'UPS ne sera pas la seule personne que je croiserais dans la journée, ou que mon activité principale ne sera plus d'aller à la PMI ou de faire les courses. 

Je n'angoisse pas de laisser Bébé Carie dans les mains d'un étranger, je sais que ma nounou apprendra comme moi à savoir si il a faim, envie de dormir ou mal au ventre. Je sais que je serais d'autant plus contente de le prendre dans mes bras le soir même si il en pleine phase Chucky/angoissedusoirbonsoir. Je serais plus fraîche et disposée quand Mr Carie rentrera et moins encline à lui dire "ça fait 3heures qu'il hurle, j'ai rien préparé à manger et j'en ai marre".

Je sais que ça me fera du bien intellectuellement de ne plus limiter mes conversations à son caca/vomi/heure de réveil, que mes neurones me remercieront de se reconnecter sur des sujets d'actualité, sur les enjeux mondiaux. 

Dans 4 semaines je reprends le boulot et je sais que plein de bonnes choses vont arriver, et je suis persuadée que mon temps libre avec lui sera plus constructif.

PS 1 : note pré-enregistrée


mercredi 4 juin 2014

10 bonnes raisons de se faire larguer

J'ai aidé certains patients à abandonner de venir se faire soigner au cabinet, j'en avais marre de leurs retards, comportement ... et je les ai poussé délicatement vers la porte. Eux je ne les regrette pas.

Mais il y a d'autres patients  que j'ai perdu (ou que mes confrères ont perdu) pour des raisons plus ou moins débiles.


  • Faire poireauter un patient plus d'une heure.  Ça ne m'est jamais arrivée mais en tant que collaboratrice j'ai déjà vu un patient du titulaire traverser la salle d'attente pour frapper à ma porte, pour me trouver désœuvrée et me dire "je venais pour un détartrage j'en ai marre d'attendre, vous pouvez me prendre ?". Et je l'ai pris. Je sais ce n'est pas confraternel mais à l'époque quand j'avais 4 patients dans la journée j'étais contente alors que de l'autre côté la titulaire en avait un toutes les 15 minutes (faites le calcul pour une journée de 10h sans pause déjeuner).

  • Tâcher le tee-shirt d'un patient.  On manipule à longueur de journée des produits qui tâchent. Dont un qui tâche ET décolore. Il suffit qu'une goutte échappe à notre contrôle pour venir s'écraser sur la manche du pull noir du patient et on peut observer cette plage rouge se former. C'est fini c'est foutu. Soit on le dit au patient, soit on attend qu'il s'en aperçoive. Si on est honnête on rembourse mais rares sont ceux qui ont gardé une facture.

  • Encaisser un chèque avant l'accord du patient. Dans mes affaires, j'ai une enveloppe "chèques en attente". Souvent on détermine une date et j'attends qu'elle arrive, parfois je patiente pour le coup de téléphone "la mutuelle m'a réglé c'est bon". Et une fois je me suis trompée, j'ai mis le mauvais chèque en banque. Forcément le patient a appelé en colère. Forcément je ne pouvais pas annuler ma bêtise. Forcément il n'est jamais revenu pour les autres travaux.

  • Etre trop longue/lente. Certains soins prennent de l'énergie et demandent un temps imcompressible. Pour chaque praticien le temps dévolu à ce soin peut être modulé en fonction de certains éléments (présence d'une aide au fauteuil, difficulté de la dent ...).  Il m'arrive parfois à avoir du mal à anesthésier certaines molaires mandibulaires. Je sais que c'est la dent le problème car j'en ai anesthésié des centaines (des milliers ?) d'autres avec succès. Mais le patient est un individu et ne se conçoit pas comme un numéro. Pour lui si je n'arrive pas à endormir sa dent c'est forcément que je suis nulle. Surtout si c'est la première dent que je lui soigne. Difficile pour lui de faire suffisamment confiance pour avoir envie de revenir se farcir une séance où il ne sera pas certain que je pourrais terminer le soin. D'autres fois je bloque/bute simplement sur un canal radiculaire un peu trop calcifié/courbé/difficile et le patient ne comprend pas que je veux faire au mieux pour lui (au lieu de lui faire perdre son temps). Surtout qu'au final je suis la plus grande perdante car si la séance se solde par un soin non terminé je ne cote rien. Donc je ne suis pas payée. 

  • Se tromper de dent et anesthésier le mauvais côté. Comment peut-on se tromper de dent ? Parfois on a des patients qui ont des caries symétriques ou plutôt des dents cariées sur chaque hémi-arcade donc ce n'est pas gravissime (surtout si il n'y a aucune urgence). D'autres fois il y a une seule dent atteinte et c'est dur de se rattraper. Comment expliquer qu'on a écrit "droite" dans le dossier alors qu'on pensait "gauche" et qu'on a pas reverifié ? Dans le cas rapporté, le patient s'est interrogé  après. "Bah c'était à droite pourquoi vous endormez à gauche ?". Manque de bol, il (un pote de fac) venait de faire un "bloc" ou anesthésie loco-régionale qui endort la moitié de la mandibule. Et il ne pouvait pas en refaire un en controlatéral donc la séance était fichue … 

  • Mention spéciale "je te fous ton traitement orthodontique en l'air".  Dans la lignée du point précédent. Dans le cadre des traitements orthodontistes, on extraie souvent les premières prémolaires définitives. Jamais les secondes ou très rarement. Le patient nous donne la lettre de l'orthodontiste et on se lance. Certains sont moins attentifs et se disent "allez pas besoin de la lire cette lettre" et se rendent compte après qu'ils ont arraché 4 mauvaises dents. Pas des incisives je vous rassure, ni des molaires, juste la dent voisine, qui a l'oeil nu est semblable mais en fait non. Elle fait 2 mm de largeur de moins et ça suffit à faire foirer le plan de traitement de l'ortho, parce que oui parfois on est à 2mm près pour aligner des dents ...

  • Faire un gros devis dès le premier rendez-vous. Même si de gros travaux sont nécessaire il faut amener ça avec délicatesse. Premièrement parce qu'on est pas des commerciaux et deuxièmement car le patent est avant tout un humain qui a besoin d'intégrer le fait qu'il a du travail et qu'il doit investir le prix d'une voiture dedans.  Je sais que beaucoup de confrères adorent faire le listing de tout ce qui serait bon de refaire à la manière du chirurgien esthétique ou de l'orthodontiste qui voient le moindre défaut dont vous n'aviez pas connaissance. Franchement ça change quoi d'attendre 1 an avant de refaire tous les amalgames en inlay-onlay si le patient ne s'en plaint pas ? A part de le dégoûter et de le détourner de l'urgence (la dent qui va casser qui elle n'attendra pas 6 mois). Certains patients sont prêts à faire des efforts financiers car ils en comprennent la raison et la nécessité d'investir. Pour les autres (pas forcément les moins fortunés d'ailleurs) il leur faut faire un travail en amont et les assommer ne fera que reculer les soins (certains diraient bon débarras qu'ils aillent voir quelqu'un d'autre).

  • Faire un travail prothétique et ne pas demander d'acompte. L'erreur de débutant classique, faire confiance au patient qui est tout miel avec vous et vous promet de vous payer en 6 fois en venant déposer les espèces tous les mois. On peut être assuré que non seulement il ne reviendra pas même pour un rendez-vous de contrôle, mais en plus il ne répondra ni au courriers ni aux appels téléphoniques. A moins d'être aidée d'un bon huissier et de vouloir s'acharner pour récupérer ses pions c'est peine perdue.

  • Ne pas répondre à la demande du patient. Nombreux sont ceux qui nous voient comme des vendeurs de sourires ultra-brite et qui veulent qu'on exauce tous leurs voeux les plus fous (ou les plus impossibles). Déçus qu'on ne les perçoivent pas comme des clients mais comme les patients qu'ils sont, ils ne reviennent jamais. 

  • Partir en congé maternité et prendre un remplaçant qui ne plaît pas ...
Une erreur est survenue dans ce gadget