mercredi 24 septembre 2014

Sociologie du "sans-dent"

Difficile de ne pas réagir à la polémique des "sans-dents", surtout qu'en toile de fond se dresse toujours la même menace, celle d'abolir les "privilèges" des professions privilégiées qui ont de bons revenus.

On associe à tort les soins dentaires aux prothèses qui ne sont pourtant pas la part majoritaire de notre activité (même si j'aimerais mieux pour mes finances). Des dentistes trop optimistes avaient prédit la disparition des prothèses totales pour les années 2000. Même si elles se font plus rares et restent l'apanage des personnes âgées, c'est loin d'être le cas. Contrairement aux pays scandinaves, la prévention n'a pas eu l'effet escompté sur notre "manque d'hygiène" culturel (les français ayant la réputation à l'étranger de ne pas se laver quotidiennement).

Je répète inlassablement que non les soins dentaires ne sont pas chers en France. Surtout quand l'on connaît notre système de santé qui rembourse à hauteur de 70 % au minimum.Personne ne s'insurge que Leclerc puisse vendre des médicaments ou que l'on puisse acheter ses lunettes sur internet, pourquoi protégerait t-on les chirurgiens-dentistes et ne leur imposerait-on pas une limite pour les actes prothétiques ?

Pourquoi croyez-vous qu'on ne donne la feuille de soin qu'après le paiement du patient et jamais avant ? Combien en avons-nous connu qui ont utilisé leur versement sécu voire mutuelle mais n'ont jamais réglé le praticien (voire ont fait opposition au chèque/ eu un impayé pour compte sans provision) ?

Que répondre aux attentes démesurées de certains patients qui préfèrent l'esthétique au fonctionnel ? 

Que répondre à ceux qui voudraient qu'un acte technique comme la pose d'un implant coûte moins cher qu'un téléphone portable ?

Que répondre à ceux que l'on a prévenu avant d'extraire la dent qu'il faudrait la remplacer ensuite ?

Que dire des enfants que j'ai soigné en arrivant la première année et qui ne sont jamais revenus pour un contrôle comme je leur avais demandé ?

Je n'ai jamais refusé un patient CMU, AME, un tiers-payant social, une mise en attente de chèque, j'ai toujours essayé de voir ce qui était le mieux pour certains patients. 

J'exige qu'on arrête de nous traiter de voleurs et qu'on accepte de donner une vraie valeur à notre travail. 
A force de vouloir brader le prix des soins, on brade notre capacité à soigner correctement.

J'aimerais que chacun se prenne en main et arrête de dire "je ne suis pas allé chez le dentiste c'est trop cher" mais "c'est de ma faute je m'y suis pris trop tard" (vrais phobiques exceptés). Surtout qu'à part habiter au fin fond de la Lozère (et encore), on peut trouver des centres mutualistes qui font le tiers-payant et des tarifs prothétiques moins élevés, ou encore des dispensaires/services hospitaliers universitaires.

Quelques exemples concrets du "j'aurais du mais je suis pas venu".

-Madame A a un problème chronique osseux, pathologie jamais prise au sérieux, pas de détartrages réguliers ni de mise en place de maintenance, a perdu sa dent qui ne tenait plus lors d'un choc, ne peut la remplacer car veut une dent fixe (implant) et refuse l'appareil amovible le moins cher en résine.

-Madame B consulte régulièrement pour recoller sa couronne provisoire. En comptant toutes ses visites, elle aurait presque payé la couronne définitive.

-Mademoiselle C a 8 ans, une bouche en vrac et une mère qui oublie de rappeler pour prendre rendez-vous, résultat la carie à soigner il y a 2 ans devient une dent définitive à extraire.

-Monsieur D avait 3 caries il y a 2 ans, revient régulièrement pour mettre des pansements en sachant qu'au départ un composite aurait suffit pour restaurer la dent et que maintenant il devra payer 3 couronnes.

Liste non exhaustive ...





mercredi 17 septembre 2014

La mère, le dentiste et l'enfant.

Il était évident qu'en devenant mère j'allais soigner différemment les enfants au cabinet. 

Il y a ce côté amusement que j'avais déjà à voir leurs petites bouilles rondes, maintenant je les identifie à mon fils, je l'imagine plus grand.

J'avais déjà beaucoup changé pendant la grossesse, surtout compte tenu des positions parfois acrobatiques face aux récalcitrants (non pas pour les tenir mais pour les soigner dans une position qui NOUS convient). Après quelques coups dans le ventre (sur des enfants encore une fois non immobilisés mais très énergiques) et surtout des coups de chaleur/fatigue, j'ai vite décidé de ne plus me prendre la tête.

Compte tenu du tarif final du soin, je ne vois plus m'ennuyer pendant 20 minutes à négocier avec un enfant qui n'en a rien à faire. Si il est violent/dangereux envers moi/lui, dorénavant j'arrête le soin et je fais un courrier. Bien entendu si il a juste peur et qu'il ouvre la bouche, je continue. (Tout en expliquant et en prenant le temps comme je l'ai toujours fait).

Souvent la mère me supplie de continuer, parfois l'enfant voyant sa mère pleurer et par crainte de la punition (ou de la non-récompense) me dit qu'il va faire un effort. Généralement je ne change pas d'avis (souvent il ne me reste à ce moment là que 5 minutes).

Ces séances sont rares mais me laissent toute aussi fatiguée que l'enfant et sont délétères pour le reste de ma journée. Si certains parents offrent de me payer pour mon temps, la plupart (faute de soin pas d'acte à coter, à part si c'est le premier rdv) part sans me remercier pour le temps passé à essayer.

J'avais toujours convenu de ne jamais faire souffrir un enfant, j'essaie de m'y tenir même si parfois les parents me menacent ou m'insultent (souvent le père d'ailleurs qui ne comprend pas pourquoi je m'interrompt alors que j'ai fait l'anesthésie par exemple).

Je dirais que le plus dur c'est la culpabilité. Celle d'abandonner. De savoir que l'enfant ne sera pas soigné, que les parents devront prendre rendez-vous ailleurs et devront attendre. Partagée entre le devoir de ne pas les traumatiser et la nécessité de les soulager, je cherche des solutions et leur trouve des adresses où ils seront mieux accueillis . En sachant que ce ne sera pas immédiat certes mais que les soins repartiront sur des bases saines.

Je sais qu'en province cette accès sera plus difficile et impliquera alors un dépassement d'honoraires mais comment peut-on envisager de faire des soins corrects en prenant le temps autrement ? 

D'un autre côté je n'ai aucune reconnaissance de ces parents qui bien souvent se font suivre par mon titulaire et ne me consultent qu'en urgence. 

La seule chose que je sais dorénavant est qu'une mère peut se tromper.
Dire à son enfant qu'il n'a pas mal juste peur alors que c'est faux.
Je sais aussi qu'elle peut être débordée et exténuée et oublier parfois de contrôler le brossage des dents le soir.
Qu'elle peut aussi abdiquer et donner un biberon de lait pour la nuit pour que le bébé puisse s'endormir.
Je sais que parfois on est à bout après 2h, 3h de pleurs incessants, que le père râle en rentrant et que la belle-mère nous dit de donner une tétine pleine de miel et qu'on finit par abdiquer.
Je sais que parfois on voudrait juste qu'il finisse le biberon alors on rajoute du sucre.
Je sais qu'on trouve ça drôle que la petite goûte au coca même si elle a 18 mois et qu'on va même prendre une photo et la mettre sur facebook.
Je sais que parfois on est dépassés, têtus.
Je sais que souvent on ne sait pas pourquoi c'est mal parce qu'on l'a toujours vu faire.
Je sais qu'on ne peut pas juger des parents qui n'ont pas le même bagage culturel ni le même accès à l'information. 

C'est pourquoi maintenant ma bataille est de détecter ces parents dans mes patients, et de leur expliquer avant qu'il ne soit trop tard. 





mardi 9 septembre 2014

Culpabilité

J'ai repris le boulot et il ne m'a pas manqué (le bébé pas le boulot). Il faut dire que je n'ai pas eu le temps, tellement occupée que j'étais à courir dans tous les sens pour remettre de l'ordre dans mes affaires, à retrouver mes marques perturbée par l'ouragan remplaçant qui a un sens de l'ergonomie bien différent du mien (et qui a du penser que si j'avais été bien sympa de garnir les tiroirs pour ne manquer de rien il n'avait pas à faire de même). Entre les réglages du fauteuil à refaire (on ne peut pas dire qu'il n'était pas à l'aise au moins) et les patients qui avaient pris rendez-vous pour moi, je n'ai pu me poser qu'à l'heure du déjeuner. 

Je stressais de reprendre car je m'étais habituée à ma vie tranquille sans grande responsabilité (maintenir un être humain en vie n'est guère très difficile comparé à satisfaire tous ses patients). 

Du jour au lendemain, je l'ai laissé une journée entière (non sans m'en occuper avant de partir quitte à me réveiller plus tôt). 

J'étais heureuse au boulot puis soucieuse. Sur moi planais cette mission à accomplir, être une super dentiste doublée d'une super maman. Devoir gérer les 2 en parallèle. Avoir la pression du titulaire qui veut que je bosse plus pour le décharger de sa surcharge de travail, devoir bosser moins pour s'ajuster au mode de garde. 

Etre tiraillée entre son bien-être psychique (=avoir une activité intellectuelle autre qu'apprendre des comptines) et le bien-être de son nourrisson (=qui n'a connu que moi ou presque pendant 4 mois et demi et qui doit composer avec une nounou qui opère différemment).

Mais être poussée aussi par l'URSSAF, les impôts et la caisse de retraite qui n'ont pas manqué de me rappeler qu'il fallait que je travaille si je voulais pas vider mon livret A. 

Maintenant je comprends ces femmes qui ont choisi d'arrêter de travailler, c'est difficile avec nos horaires de dingues quand on a pas de solution de garde adaptée de devoir jongler, et parfois on préfère abdiquer, oublier ses plans de carrière, ses rêves de vacances en club pour se recentrer sur l'essentiel, son enfant.

En attendant je navigue à vue entre l'incapacité financière de démissionner (et l'envie d'avoir une activité professionnelle qui prévaut toujours) et mon envie d'enfoncer ma tête dans un oreiller pour étouffer mes cris.

Bien sûr que je suis aidée. MrCarie est plus que présent et me seconde à merveille.

Mais toute la pression est sur moi. Je suis la mère, je l'ai voulu. 

mardi 2 septembre 2014

Le dentiste vu par le cinéma

Le gros sadique.

Attention les scènes suivantes peuvent choquer, ne pas regarder si vous avez déjà une phobie du dentiste.

Inutile de courir avec une tronçonneuse ou de faire des crises convulsives entre 2 exorcisme pour faire peur. On peut aussi bien cacher son jeu, paraître attentionné et torturer avec un plaisir démesuré ses patients. Ce qui est encore plus jouissif c'est que personne ne s'y attend. un masque de dentiste c'est quand même plus discret que la panoplie de Scream.

Le premier exemple qui me vient est forcément celui du dentiste nazi de Marathon Man. 
Difficile de faire pire qu'une scène de torture.

Sauf peut-être en cocufiant son mari avec le jardinier. Et en révélant ainsi sa face cachée de psychopathe. 

Moralité : Au cas où vous l'ignoriez, il ne faut jamais embêter son dentiste, surtout si on est sur son fauteuil, ou si on le sent légèrement à cran ces derniers temps.  On ne sait jamais ;-)

Le notable

Que ce soit le père de Vicky dans la Boum, le fiancé éconduit de Rachel Green dans Friends, Richard dans friends toujours, à chaque fois que l'on voit un dentiste, c'est d'abord un bon père de famille (même si il travaille tout le temps), et le gendre idéal. C'est le cliché numéro 1, "on s'en fiche qu'il soit moche et vieux, il est dentiste va lui parler".

Moralité: Si vous voulez avoir une belle maison et partir en vacances à Hawaï, épousez un dentiste. Ou devenez-le vous même.

La désaxée

Dentiste c'est un métier d'homme, si vous voulez pratiquer cette profession en tant que femme vous avez un problème psychologique. Vous êtes nymphomane par exemple, et vous adorez harceler votre assistant dentaire comme Jennifer Aniston dans Comment tuer son boss ?


Ne manque que le masque ...


Moralité: Si tu veux être indépendante financièrement et ne pas avoir à épouser un homme pour avoir la belle vie, tu es une mauvaise fille ...
Pour aller plus loin, une thèse sur le sujet;

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