vendredi 24 octobre 2014

Mastiquer c'est la vie

On est plus tournés vers les apports nutritionnels, les calories, teneurs en gras, sucré, salé (mangez bougez), mais on omet de parler de texture, de "mâche", de consistance.

J'en ai déjà parlé. L'allaitement au sein reste le meilleur garant d'un bon développement de la face pour un enfant de moins d'un an. Si on ne peut pas/ne désire pas (si l'enfant refuse, perd du poids et qu'on se décourage face aux médecins parfois trop dissuasifs), il existe maintenant des tétines reproduisant à merveille le mouvement de succion du sein, élaborées avec des dentistes. Iltet que je teste (approuvé) (commercialisé également sous la marque babymoov) et nuk (pas testées). 
Pour être efficace d'un point de vue physiologique, l'allaitement au sein devrait durer au moins un an. Quand on pense à l'allaitement, on parle souvent de qualités nutritives ou de lien mère-enfant mais on omet de parler de cette fonction physiologique primordiale.
Tous les bébés naissent avec une mâchoire inférieure en arrière (rétrognathie) et c'est ce jeu de succion qui va "corriger". 

Un succion passive favorisée par un biberon classique ne développe pas la musculature dans le sens transversal. Pour stimuler la croissance il est indispensable que l'appareil manducateur (mâchoires) soit sollicité dès la naissance (page 8/19) 


A l'âge d'un an, il est impératif d’introduire (ou d'avoir introduit) des aliments en morceaux avec de la "mâche". C'est à dire ne pas hésiter à faire manger comme les adultes le même plat, quitte à couper plus petit. Le repas sera plus long qu'avec un plat tout préparé (déjà digéré) mais il donne l'habitude de la mastication à l'enfant qui n'est pas censé avaler tout "tout rond". 

musculaire masticatoire qui en résulte.  ( Christophe OTTE  kinésithérapeute podolgue et Olivier OTTE docteur en médecine dentaire Article publié dans la revue professionnelle des ostéopathes :REFERENCE OSTEOPATHIE. (octobre/novembre/décembre 2011))

Contrairement aux idées reçues, un enfant qui n'a pas de molaires de lait peut manger des morceaux (Avez-vous déjà essayé de mettre votre doigt entre les arcades dentaires d'un bébé de 5 mois ? N'avez-vous pas eu mal quand il vous a mordu ?). Bien sûr on augmente la dureté en fonction du nombre de dents. On ne demandera pas à un bébé de 6 mois de manger 100g de penne al dente. Mais à 18 mois il en est tout à fait capable. 
Jusqu'au premier anniversaire de l'enfant, le lait reste l'aliment principal (et le seul indispensable), le reste des aliments est introduit sous le nom de "diversification" justement pour faire découvrir (et non dans un but nutritif propre). 
Même si c'est salissant, il ne faut pas hésiter à donner des fruits bien mûrs (une demi poire que l'enfant pourra tenir et sucer), un quart de banane ... Non seulement l'enfant va jouer avec, mais en plus il va découvrir la déglutition et la joie de la mastication. (Pour plus d'informations sur la diversification menée par l'enfant, cliquer ici et ici ).

A ses 2 ans, un enfant doit manger comme ses parents. J'ose espérer que vous ne vous nourrissez pas que de purées de légumes, de steak hachés et de compote en tube. 




Quelques exemples simples pour les 2 ans et plus :
- remplacer la compote liquide du goûter par un fruit entier (coût économique moindre de surcroît)
-préférer les fruits entiers plutôt que du jus de fruit (sauf au petit déjeuner à la limite) 
- ne pas donner systématiquement des coquillettes 10 fois trop cuites, préférer une cuisson al dente et des pâtes "adultes" qu'on doit mâcher et non juste gober. 
- éviter les mélanges céréales-chocolat au lait (ou lait chocolaté) du matin. Faire boire le lait à la paille à la limite et bol séparé pour les céréales.
-ne pas hésiter à donner du vrai fromage plutôt que des yaourts.
-proposer du pain cuit, éviter les pains briochés/pain de mie  industriels


Il est évident que la génétique (et l'hérédité) prend une grand place dans le développement de la face (et la nécessité ou non d'un appareil orthodontique). Si les 2 parents ont eu un appareil orthodontique et des possèdent des mini-mâchoires, il y a peu de chance que l'enfant en ait une large. 

Le but de l'instauration d'une alimentation adéquate est d'éviter les extractions multiples en préalable des traitements orthodontiques . Ces extractions peuvent être rendues inutiles si on agit en amont par un traitement précoce (ou interceptif) mené avant l'éruption des incisives latérales maxillaires (entre 7 et 9 ans). Le but étant en parallèle avec l'instauration d'une ventilation nasale (un autre facteur important pour le développement de la face) d'avoir des arcades dentaires suffisamment développées pour que toutes les dents puissent être mise en place. Une fois la dysharmonie installée, l'expansion n'est plus possible. Un développement insuffisant de la face peut avoir de graves conséquences sur la santé de l'enfant (rhinites chroniques, ventilation orale persistante ...)










J'extrapole sur mon sujet de prédilection (les dents !) mais si vous séchez sur vos menus, voici 2 sites que j'aime beaucoup. La première fait manger des légumes à ses filles sans que ce soit de la torture (toi même tu sais) et la deuxième vous guidera vers de merveilleuses brioches  et   teste pour vous sur sa fille la diversification à la cool.

Je précise que je n'ai aucun lien avec la société Iltet (ou Nuk,) et que toutes les tétines  Iltet essayées (et approuvées) ont été achetées par mes propres moyens. 

mercredi 22 octobre 2014

Dans mon cabinet idéal

On commencerait par un environnement ni trop propret ni trop glauque. Pas forcément une banlieue cossue mais pas non plus le décor d'une arrière ZAC. Un énorme panneau "cabinet dentaire" serait accroché au fronton afin que même les malvoyants puisse le voir et qu'on ne nous dise plus "j'ai pas trouvé le numéro 176 de la rue, vous êtes où?";

Il y aurait un parking de 5-6 places pour que je puisse me garer sans avoir à chercher une place pendant une heure et que les patients n'aient plus cette excuse d'avoir tourné dans le quartier.

On aurait un visiophone pour voir qui sonne et ne pas avoir de mauvaises surprises. On aurait aussi une entrée ou un interphone indépendant du reste de l'immeuble (mais est-ce possible ?) pour ne pas ouvrir à tous les voisins.

L'équipe disposerait une vraie salle de repos afin de permettre des pauses café/thé/repas conviviales. Des toilettes privées seraient inaccessibles au "public" afin de garder un espace propre à nous.

Une femme de ménage viendrait une fois par jour le matin avant l'ouverture. Elle serait engagée via une entreprise de service afin de pallier aux absences dues aux arrêts maladies et aux vacances.

L'assistante arriverait à l'heure et ne partirait pas avant en se sauvant. On lui stipulerait dans son contrat la liste des tâches à réaliser chaque jour. Elle n'attendrait pas 2 jours avant de faire la stérilisation des instruments, elle répondrait au téléphone sans dire au patient de patienter pendant qu'elle finirait sa conversation avec sa copine. Éventuellement elle nous aiderait au fauteuil au moins pour les prises d'empreinte, sinon pour débarrasser et nettoyer l'unit. Je continuerais à faire mes encaissements et ma comptabilité mais elle pourrait éditer les devis et les ordonnances. Elle aurait donc été formée pour son poste et saurait donc reconnaître une lime quand on lui demanderait de nous en ramener.
Elle ne donnerait pas de rendez-vous aux patients que l'on ne veut plus voir, même si c'est le cousin du beau-frère du caïd du quartier. Elle vérifierait les coordonnées des patients en prenant les rendez-vous pour pouvoir les joindre.
Bien sûr elle serait payée en conséquence et serait déclarée. Elle serait augmentée régulièrement si elle le mérite.
Et tant qu'à faire ELLE pourrait être un LUI parce qu'on est en 2014.

Le titulaire veillerait à une juste répartition des patients et prendrait les enfants de ses patients en soins au lieu de les refiler systématiquement à son collaborateur. Il ne prendrait pas ses vacances obligatoirement du 15 juillet au 15 août en obligeant son collaborateur à rester là pendant ses congés. Il prendrait un vrai remplaçant afin que le collaborateur développe une vraie patientèle et ne soit pas occupé ou débordé que 3 mois dans l'année. Dans la mesure du possible, il veillerait à assurer ses urgences et ne pas transformer son collaborateur en SAV gratuit. Il s'engagerait sans à avoir à changer de fauteuil tous les 5 ans à le faire travailler dans des conditions décentes (une aspiration qui fonctionne, une pièce plus grande qu'un local pour radio panoramique ...).
Il intégrerait le collaborateur à l'équipe et lui proposerait de devenir son associé pour préparer son départ en retraite en douceur.
Et tant qu'à faire le titulaire ce serait moi et ce serait le cabinet du bonheur.


samedi 11 octobre 2014

Le nerf de la guerre

"Bon pour les couronnes j'ai réfléchi, je vais faire ça à l'étranger". 

Scène courante au cabinet, pas forcément estivale mais favorisée par les retours au pays annuels (voire semestriels) de certains de mes patients. Ce n'est pas du vrai tourisme dentaire, il n'y vont pas que pour ça mais en profitent. Bulgarie, Pologne, Turquie, plus rarement la Chine, quand le voyage dure un mois ou plus pourquoi se priver ?

D'autres fois le patient pratique le tourisme dans la ville et aux alentours, se déplace au gré des rendez-vous glanés, bien sûr il ne nous dit pas en arrivant qu'il est venu chez nous car son dentiste ne pouvait pas le prendre avec 15 jours ou qu'il est trop loin. Bizarrement la plupart ne comprend pas pourquoi on ne peut pas jongler avec 2 praticiens (qui plus est qui ne se connaissent pas et ne communiquent pas leur plan de traitement).

Quand ils voient que mon emploi du temps est plus vide et propice à des soins rapides, ils me demandent avec naïveté de tout préparer pour que leur dentiste n'ait plus qu'à poser la couronne. 

A une certaine époque, j'étais gentille et je m'exécutais (je m'ennuyais tellement que j'avais besoin de patients). Maintenant j'ai compris que pour être rentable (et ne pas gagner un tarif horaire moindre que la nounou) je devais abandonner les actes déficitaires.

Le traitement canalaire en est l'exemple criant. J'y passe parfois une heure entière pour 93.91 euros (le taux de rentabilité minimum d'un cabinet étant 50 euros pour 30 minutes on est déjà en dessous). Si le patient ne fait pas de couronne ensuite, la restauration par composite sera aussi déficitaire (entre 19.28 euros et 43 maximum) (légère revalorisation avec la nouvelle ccam) . Quand le patient revient ! 

Dorénavant je teste la motivation du patient avec le devis. Pour savoir si il est prêt dans la durée (Rome ne s'est pas faite en un jour), si il ne va pas se lasser au bout de 2 séances. Savoir également si il est prêt à investir pour sa (ses) dent(s). 

Ce n'est pas qu'une question de moyens puisque la plupart est disposée à faire un blanchiment non remboursé à 300 euros. 

Très rares sont ceux qui n'ont pas de mutuelle, et dans ce cas je les invite à se renseigner auprès de l'assurance maladie pour les différentes aides (ponctuelles ou régulières). 

Evidemment j'ai gardé une once d'humanité, et je soulage les douleurs, mets des pansements là où ça risque de faire mal et extraie les dents limites qui n'auraient pu être gardées qu'avec une restauration prothétique (ces fameuses dents où aucun pansement/composite ne tient et dont le traitement canalaire baigne dans la salive si on ne fait rien).

J'ai peut-être un planning moins plein mais au moins je ne fais plus de bricolage ou sauvetage inutile où pour la 5ème fois de l'année la dent casse faute de parois résiduelles solides. 

jeudi 2 octobre 2014

Maniaque (2)


Je rigole quand on me dit que certains bébés ont peur de l'aspirateur. Le son était tellement familier in utéro qu'il n'en a même pas peur. 

Il faut dire que durant ma grossesse non seulement je me retrouvais parfois seule une après-midi entière (à devoir me lever et ouvrir la porte) mais j'ai dû aussi faire le ménage. Enfin du. Personne ne m'a forcée. Mais vous iriez vous faire soigner chez un dentiste dont le sol est parsemé de cheveux ? En bonne maniaque j'ai donc lavé le sol pour redonner un peu de dignité au lieu. (N'étant pas folle et ne voulant pas encourager le titulaire à ne pas engager une femme de ménage ou à ne pas payer l'assistante pour qu'elle le fasse, je n'ai bien sûr nettoyé que ma partie) (inutile de dire que la situation n'a pas bougé et que l'on me regarde toujours passer l'aspirateur avec des grands yeux éberlués).

Avoir une chambre à la maternité avec un distributeur de gel hydro-alcoolique accroché au mur me ravissait, en rentrant chez moi j'en ai collé dans chaque pièce non dotée de lavabo, les bactéries n'avaient qu'à bien se tenir ! Chez moi le terrain est miné, et au fur et à mesure je lâche du lest pour "immuniser" BébéCarie à la vraie vie (sol non javellisé qu'il prend plaisir à lécher). 

Le grand choc de l'année a été le retour au cabinet.

Certains ont eu des ballons et une guirlande disant "welcome back !", pour ma part j'ai retrouvé une pièce sans dessus dessous. 

J'ai un peu fait une crise d'angoisse. Puis j'ai repris mes respirations abdominales (mon ventre me remercie). J'ai commencé à compter les tâches d'eugénol à décaper (tâches qui ont cette propriété d'être tenaces si on oublie de les retirer à la fin de la journée) et j'ai retourné tous les tiroirs. 
C'est tellement drôle et facile de laisser son bébé à la nounou et de retourner bosser, comment ne pas se réjouir de ne pas retrouver un univers familier et de devoir prendre une journée à tout ranger ? J'avais tellement souhaité qu'il soit à l'aise que j'avais rechargé les tiroirs, mis à disposition tout ce qui me paraissait essentiel sans qu'il ait à farfouiller dans la réserve. Apparemment ça ne lui a pas paru opportun de faire de même (l'ergonomie étant le meilleur ingrédient de notre efficacité). 

Finalement remettre tout en ordre n'était pas le plus compliqué, ça c'était la façade, la partie visible de l'énorme horreur que j'allais découvrir.

L'état du cabinet reflétait parfaitement l'état des soins effectués en mon absence par mon remplaçant.

Inutile de dire que c'est catastrophique.

A suivre.

Une erreur est survenue dans ce gadget