mardi 16 décembre 2014

Cher magazine Causette

Tous les mois je t'achète et te lis avec attention. Je ne possède (souvent) pas le bagage culturel/intellectuel suffisant pour mettre en doute tes écrits. Comme tout le monde je suis tombée dans le panneau des "enfants de Garches" avant qu'@une_pediatre nous redonne une version moins manichéenne. Depuis je suis plus contrastée quand je  découvre tes articles. D'autant plus quand il s'agit du dossier "Les dents de l'amer" paru dans le numéro de Décembre.

Voir un dossier entier concernant "les dents", l'organe que je traite chaque jour en tant que chirurgien-dentiste était trop tentant pour que je n'en fasse pas un commentaire de texte.

Fidèle à mes habitudes de lire dans le désordre, j'ai commencé par "Les mandibules élémentaires" (et aimé le titre) concernant Michel Houellebecq. Ne regardant pas les émissions littéraires j'avais raté l’affaissement de son visage caractéristique d'un édenté partiel (ou total).


Il suffit d'une recherche classique sur google images pour découvrir comment "Depuis son Goncourt (2010), il semble avoir pris trente ans", il ne semble pas avoir une hygiène de vie irréprochable, plus proche de celle d'une rock-star (ou d'un patient alcoolo-tabagique lambda) que de celle préconisée par l'INPES (mangez, bougez ...). Même si les hommes vieillissent mieux que les femmes (et se bonifient comme le vin), il n'est pas étonnant qu'une vie d'excès se paie un jour où l'autre, même si il n'a que 58 ans. 

On passera sur les "ratiches blanchies au laser", Beboper l'auteur (journaliste ?) n'a pas du fréquenter beaucoup de cabinets dentaires (ni se renseigner). (Ou alors est-ce un dû à un visionnage intensif de Star Wars ?).

Par ailleurs il est intéressant de rappeler qu'on va tous mourir ("memento mori" :"souviens-toi que tu vas mourir") mais on est pas obligés d'être aussi fataliste ou catégorique. Oui l'édentement nous évoque la vieillesse, celles de nos aînés,mais pas celle à laquelle aspire la majorité de mes patients. Non ce n'est pas une fatalité de vieillir puis mourir édenté. Certains se sont même pris à penser qu'il n'y aurait plus d'édentés totaux au 21 ème siècle.


Oui nous pouvons empêcher ce phénomène. (Pour preuve cette synthèse où en autres vous remarquerez que certains pensionnaires ont encore des dents).  Il suffit juste d'en avoir la volonté.

Pour en revenir à Michel Houellebecq qui "n'a plus de dents ou presque. L'écrivain a pourtant certainement les moyens de combler ce vide. Ne pas céder à l'esthétisme ambiant, à coups de prothèses dentaires, un geste tout houellebecquien".  Il est certain que le tabagisme n'en fait pas un candidat idéal pour la pose d'implants qui lui permettrait d'éviter une prothèse amovible. Le fameux dentier ou "nanard" de nos grands-parents. L'argent ne fait pas tout, quand on a plus le potentiel osseux ou dentaire suffisant pour faire tenir un appareil, on devient tous égaux face à l'édentement.


Rester édenté ou porter un appareil qui sera "mobile" voire gênant et qui pourrait se décrocher en plein direct, choix cornélien. (On regardera avec plus d'attention les futures apparitions télévisées pour voir si l'édentement a été corrigé ou non).


L'article "Les racines du mal" revient sans nuances sur le renoncement aux soins et à la marginalisation consécutives des personnes précaires. La faute est une nouvelle fois rejetée sur le coût des soins dentaires. Là où on aura aimer une distinction dans les chiffres entre "soins dentaires réels" et "prothèses", on aura droit qu'à cette phrase qui restera dans les annales :

"En raison de son coût, 28 % des Français ont déjà renoncé à une consultation chez le dentiste ou l'ont retardée de plusieurs mois (+5 points par rapport à 2007)."

Pour rappel, une consultation coûte 23 euros, la même chose que chez un médecin généraliste, remboursée à 70% (comme pour tous les autres soins d'ailleurs) ...

Certains essaieront de s'engouffrer dans la brèche en disant qu'il faudrait un tiers-payant généralisé pour ne plus avoir à avancer les frais (d'autres diront qu'une nouvelle loi santé est en train d'être votée) (ou encore qu'on aimerait bien que l'état nous paie une secrétaire administrative pour gérer les remboursements des caisses d'assurance maladie ...).

" Un chiffre qui grimpe à 32% pour l'achat des prothèses dentaires."

L'achat ? Tiens si je partais acheter une prothèse de hanche chez le chirurgien orthopédiste ?


On confectionne, on retouche, on prépare, on répare, mais on ne vend pas des prothèses. Et oui cela a un coût. Ce que l'article ne dit pas est que le remboursement de l'assurance maladie est reste inchangé depuis plus de 30 ans, Mais que la donnée qui change tout est la part de remboursement mutuelle, ce fameux sésame aux soins aux pourcentages obscurs pour le commun des mortels qui se retrouvent à payer 60 euros par mois pour n'avoir au final que 300 euros de remboursé par an (au final parfois sans mutuelles on sort la même chose de sa poche).

Ce que j'aurais aimé lire sont les choses suivantes:

- les individus qui renoncent aux soins sont ceux pour qui l'effort financier est le plus important sous-entendu pas ceux qui sont éligibles à l'Aide Médicale d'Etat ou à La Couverture Maladie Universelle mais les travailleurs précaires, les retraités aux petites retraites ... 

- il y a une absence criante de recours préventif. Tout ne s'explique pas pas l'arrêt du dispositif M'T Dents qui passait dans les écoles élémentaires. L'examen de prévention chez les 6, 9, 12,15 et 18 ans reste en place. Il n'est pas rare que malgré ce dispositif les enfants ne sont pas amenés au cabinet en consultation alors qu'il n'y a aucun coût et que la prise en charge à 100% est connue (et inscrite sur la lettre reçue au domicile). Il est courant également de ne pas voir l'enfant concerné entre les 2 examens de prévention (donc pendant 3 ans) malgré le conseil donné par le dentiste.



Concernant la fameuse peur du dentiste, on sera plus contrasté que ce "Du coup, tout le monde attend l'abcès.". Généralisez vous avez raison. N'oublions pas que (malgré la peur) certains ont peur d'avoir mal en laissant la situation s'empirer et consultent pour se rassurer.


Quoi de mieux pour clôturer cette (longue) diatribe que les mots d'Edouard Louis dans son roman "Pour en finir avec Eddy Bellegueule" "Je paye encore actuellement d'atroces douleurs, de nuits sans sommeil, cette négligence de ma famille, et de ma classe sociale"

Plus qu'une question de moyens, il ne faut pas oublier le facteur culturel du "prendre soin" (cette fameuse négligence).







dimanche 14 décembre 2014

Rab' du vendredi soir

Après une après-midi éreintante, je rentre retrouver MrCarie. Il m'avait fait part dans la journée d'un gonflement de sa gencive mais vu la teneur du message je pensais que ce n'était pas grave.

20h je franchis le pas de la porte et suis accueillie par un MrCarie qui me montre sa gencive. "Oh mais c'est une aphte qu'est-ce que tu m'embêtes pour ça saleté d'homme qui a mal pour rien" (en vrai il n'est jamais malade). "MAIS NON LÀ regarde". "Ah oui effectivement".

Là face à moi une magnifique tuméfaction de la papille et je me dis comment on a pu en arriver là (oui on, lui, moi et sa gencive).

Heureusement nous habitons Paris et tout est toujours ouvert donc je prends une feuille blanche et je lui fais une ordonnance et l'envoie courir à la pharmacie.

Entre temps j'ai envie de lui crier dessus (ce qui n'est guère constructif vous en conviendrez). Des reproches du style "je t'avais dit de te passer du fil dentaire", "c'est pas possible t'as eu un détartrage il y a moins de 3 mois", "tu te brosses mal les dents c'est pas possible". 

Là je me sens nulle car MrCarie c'est comme un prolongement de mon corps , si il a mal quelque part ça m'embête, ça me perturbe d'autant plus que ce n'est ni un enfant ni un adulte dépendant et que je ne peux pas contrôler sa santé. Ça me mine car je sais qu'il saigne souvent des gencives, je sais que je devrais le pousser à se passer le fil mais je ne suis pas infirmière, ce n'est pas mon patient et il est assez vieux et cortiqué pour s'occuper de lui.

Dans ces moments là j'oscille entre l'envie de lui rétorquer "je t'avais prévenu, tu ne m'as pas écoutée" et "je m'en fous ce n'est pas mon problème".

En fait ce grand fou adore les aliments bio (c'est mal) et s'était (juste) coincé une graine de tournesol dans la gencive (qui ne devait pas aller si bien que ça).

lundi 8 décembre 2014

24 heures dans la vie d'une maman dentiste

Mon quotidien a été quelque peu chamboulé par l'arrivée de Bébé Carie. 

Même si c'est une marmotte depuis sa naissance, il faut bien le préparer le matin avant de partir au boulot !

6h30 Le réveil sonne (puis se fait violenter afin d'être éteint au plus vite pour ne pas réveiller MrCarie).

6h35. Ravalement de façade dans la salle de bain.

6h55: Je fais chauffer l'eau pour mon thé et range la vaisselle sèche.

7h00. Habillage rapide.

7h05: Préparation du petit déjeuner,

7h10: Le moment d'aller voir si Bébé Carie dort encore ou non. Sinon je le réveille à coup du fameux dégagement naso-pharyngé (inventé par les sadiques comme moi pour les sadiques comme moi). Bébé Carie est habillé, coiffé (il a la mèche rebelle). Puis nous partons préparer son biberon (après avoir ouvert la fenêtre très important la ventilation !).

7h15. Le petit prince déjeune.

7h25: Je peux enfin déjeuner.

7h45: Lavage de dents avec un BébéCarie qui m'observe amusé. 

7h50. Heure à laquelle je devrais partir pour ne pas être en retard.

7h55: Change et préparation pour la grande sortie.

8h05: Heure à laquelle je pars vraiment (insérez ici un lavage de nez supplémentaire ou un changement total pour cause de gastro qui se déclare au dernier moment).

Séance de sport du matin.

8h10: Malgré cette pratique soit interdite depuis le 27 Octobre 1995, je jette mon BébéCarie au milieu de ses copains chez la nounou. 

8h20: Course vers le métro et les 3 changements.

8h50: Arrivée au cabinet, début de la 2ème journée.

19h20: Je quitte le cabinet. Fin de ma 2ème journée, début de la 3ème.

19h50: Arrivée à la maison. Bébé Carie est déjà rentré, raccompagné par sa mamie.

20h00: Repas du prince terminé, coucher à présent.

20h05: Je me prélasse dans ma douche.

20h20: Préparation du dîner.

21h00: Le retour du roi

23h00: Heure à laquelle je devrais me coucher si je voulais dormir suffisamment.

23h20: Lecture au lit.

24h: Extinction des feux.
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