vendredi 22 janvier 2016

Le mot tabou

Parfois on a envie de tout dire mais on le fait de façon trop brutale ou brusque.
Certains en font leur marque de fabrique, "ça passe ou ça casse", "si ça ne lui plaît pas tant pis, il ira voir ailleurs". Choquer ou être percutant pour bien marquer les esprits.

Certains patients m'ont rapporté de telles annonces pour leur cancer (et le fameux pronostic du "il vous reste "X" mois" alors que des années après ils sont toujours debout) .

Souvent pour éviter de vexer des confrères ne disent rien, omettent de dire ce qu'il faut changer, ne nomment pas la maladie par elle-même. Comme une sorte de mot tabou. Alors oui bien sûr on ne voit presque jamais de cancer (encore que quand j'en ai dépisté un en vrai étudiante je n'avais pas envie de répondre 'mais oui c'est un cancer" sans être sûre du résultat de la biopsie) souvent que des choses banales qui ne menacent pas la vie (à part chez les patients immunodéprimés ).  

On camoufle, on enrobe, on dit GENCIVES FRAGILES alors qu'elles n'ont rien de fragiles (à contrario il y a bien des gencives super résistantes qui résistent à des années sans brossage).
Quand on est parodonto-conscient comme moi (aka obsédée de la gencive), c'est dur de voir débarquer des patients qui pensent qu'ils ont du tartre par fatalité, que leurs dents vont tomber parce que c'est ainsi. C'est dur de regarder leurs anciennes radios et de voir que rien n'a été fait depuis des années. 
Souvent ce n'est pas la faute du patient. Il ne sait pas pourquoi ses dents bougent, pourquoi la gencive se rétracte. Il sait qu'il doit revenir régulièrement pour un détartrage c'est tout. 

Ça peut paraître vexant ou humiliant de dire à quelqu'un qu'il ne sait pas se laver les dents. Mais quand on y réfléchit est-ce qu'on leur a expliqué comment le faire?
Je n’utilise plus depuis longtemps le fameux "vous ne vous lavez pas assez les dents" que j'ai substitué par "vous n'avez pas la bonne méthode". 

Il suffit souvent de les laisser nous montrer comment ils font avec un modèle de démonstration pour comprendre pourquoi ça ne fonctionne pas. C'est compliqué pour des patients âgés de se remettre en question (surtout ceux qui ne conçoivent pas qu'une personne de l'âge de leur petite-fille puisse savoir mieux les choses qu'elle) mais il est toujours préférable de le faire.

Parfois je n'y arrive pas. Souvent quand je suis en vacances ou en famille, et que je ne veux plus penser au boulot. Il m'est arrivé de croiser des "entartrés" sévères et d'avoir juste envie de les cureter mais il faut savoir prendre du recul (surtout que je ne soigne pas la famille). 

Au final dire à quelqu'un qu'il a beaucoup de tartre c'est comme lui dire qu'il a un grain de poivre coincé entre ses dents depuis 1h, c'

vendredi 8 janvier 2016

Savoir faire fi des préjugés

C'était plutôt mal parti.

Des absences répétées au rendez-vous, des enfants qui mettent le bazar en salle d'attente, une hygiène générale déplorable, des soins qui n’avançaient pas et un beau jour en 2015 elle est revenue assidue et j'ai pu finir enfin ce pourquoi elle était venue 3 ans avant.

Une méfiance du dentiste et cette fameuse phrase que je déteste et qui me rebute "avant de voir Dr Trucmuche je n'avais pas mal aux dents". On partait de très loin, toute une relation et une confiance à réinstaurer. Réexpliquer tout à zéro à chaque début de séance. Espérer qu'il ne vienne pas au début pour ne plus avoir mal au ventre (je n'aime pas le conflit mais j'ai du mal à maîtriser ma colère quand on m'énerve). Je ne dirais pas qu'il vient avec plaisir me voir mais j'ai retrouvé le sourire en le voyant et c'est déjà pas mal.

Une famille que je ne supporte pas, une attitude nonchalante et déplaisante, mais une ado qui n'a rien demandé sauf d'être soignée comme tout le monde. Alors je l'ai fait en oubliant tout le reste. 

Chaque nouvelle année est l'occasion de prendre des résolutions, en ce qui me concerne j'ai commencé les nouvelles mesures un peu plus tôt. Même si je ne suis pas un modèle d'intolérance et d'antipathie, je sais que je peux toujours m'améliorer (je viens de mettre en pratique à l'instant en redonnant rendez-vous à un ancien patient pas vu depuis très longtemps après son éviction du cabinet). 

Parfois on est trop humains et on laisse nos sentiments parler au lieu de notre turbine. Même si nous ne devons pas être des machines, il faut savoir faire preuve de tolérance et d'ouverture et soigner tout le monde le mieux qu'on peut (mise à part des incompatibilités caractérisées bien sûr). 

Je vous souhaite à tous une merveilleuse année 2016, pleine de bonnes choses pour vous et surtout avec des dents en bonne santé ;)

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