vendredi 29 juillet 2016

Ça avait pourtant très mal commencé

Il était arrivé avec le classique mais néanmoins peu engageant "mon ancien dentiste m'a bousillé les dents". Le fameux "on m'a fait un détartrage puis j'ai eu plein de trous dans les dents".
Il a été bien difficile de lui faire admettre que les caries étaient là AVANT le détartrage, mais que nettoyer les dents n'a fait que les révéler.
Comme souvent le problème des patients de ce type (c'est à dire douloureux et sur la défensive) c'est que tu n'as le droit à aucune erreur.
Je ne parle pas d'erreur médicale ou de traitement, ça personne n'y a le droit, ça reste des accidents.
Je suppose les erreurs de jugement. A savoir commencer par telle ou telle dent.
Comment déterminer quand un patient a plus de 10 dents à soigner laquelle est la plus urgente ?
On le sait tous, ces bouches sont des cocottes-minute prêtes à exploser. Le patient n'a pas mal avant de venir mais tu peux être sûre que le lendemain des soins il aura mal PARTOUT. 
Donc forcément j'ai débuté par une carie et il a continué à avoir mal, ça n'était pas la même dent mais pour lui le résultat était le même. Il n'avait pas confiance, devenait limite agressif, de mon côté je redoutais de le voir en rendez-vous, je priais presque pour qu'il les rate. 
L'assistante me disait "plus vite commencé plus vite fini", j'avais envie de lui dire que ce n'était pas elle qui était face à ses doutes et ses résistances. Que j'étais sur mes gardes, que ça me stressait de ne pas réussir à l'anesthésier correctement. 
Et puis on y est presque un après à poser les couronnes à lui rendre le sourire qu'il m'avait demandé. A voir le bout du tunnel alors qu'il paraissait si impossible à atteindre. 

M est tout petit quand je le vois pour la première fois. C'est un des premiers patients que je soigne allongé sur le ventre de sa maman. Il a des caries partout il faut temporiser. Impossible de faire des soins corrects sur cet enfant qui ne parle et ne comprend pas le français. Qui ne reste pas en place 10 minutes. Qui est anxieux (d'autant plus qu'il est dans un monde nouveau et où il ne peut pas communiquer).
Un jour (un an plus tard) il est arrivé et est monté seul sur le fauteuil. Il m'a autorisée à utiliser de l'eau avec mes instruments rotatifs et donc à prendre l'aspiration (dont le bruit le dérangeait). J'ai même pu faire une anesthésie. C'était une grosse victoire pour moi de passer de soins de confort où je mettais des pansements en attendant à des vrais soins où je traitais la carie pour de bon. Maintenant nous ne nous voyons plus parce qu'il souffre mais parce que j'ai programmé le rendez-vous. Quel progrès en un an !

J'en ai plusieurs des cas comme ça où j'avais envie de baisser les bras face à la charge de travail à produire, aux nombreux soins préparatoires à la remise en l'état du sourire, cette fameuse parenthèse où tu comptes les traitements canalaires comme les kilomètres déjà courus et où tu comptes ceux qui restent. Allez plus qu'un et c'est fini. Cette étape est la plus longue, le patient voudrait que ce soit fini en claquant des doigts maintenant qu'il a décidé qu'il était temps de se prendre en main. Mais qu'est ce que c'est beau quand on a enfin terminé et qu'on se dit qu'on a bien travaillé.


mercredi 13 juillet 2016

Travailler plus ?

La question revient souvent dans la bouche de mon beau-frère commercial (je rajoute sa fonction car pour moi ça a son importance dans sa manière de voir les choses). 

C'est le genre de personne qu'on est obligé d'apprécier parce qu'il est le mari de ma sœur mais dont l'opinion me déplaît souvent et on finit souvent les repas de familles mensuels en joute verbale.

C'est le genre de personne par exemple qui se marre quand je parle de patients et dit que ce sont des clients et qu'on fait semblant nous soignants de les voir comme des patients mais qu'en réalité tout ce qui nous intéresse c'est leur argent. (C'est tellement bien me connaître).

C'est le genre de personne qui croit avoir la solution au problème des déserts médicaux en donnant plus de primes aux soignants qui iraient s'installer dans les zones (oui je sais ça existe déjà mais il dit que ce n'est pas assez). 

C'est donc le genre de personne pour qui l'argent est un moteur pour tout.

Et qui donc ne comprend pas que je n'ai pas envie de travailler plus pour gagner plus.

Je parle de mon beau-frère mais je suis sûre que d'autres pensent comme lui autour de moi, sûrement mon titulaire, certaines amies consœurs.

Mon titulaire ne comprend pas que je ne veuille pas travailler tous les jours comme lui (il ne comprend pas qu'on s'est organisés de cette façon pour la garde de BébéCarie et que les moments où je ne suis pas au cabinet je ne regarde pas GOT).

Je travaillais une demi-journée de plus avant la naissance, j'avais beaucoup plus souvent des rendez-vous manqués. L'emploi du temps laissant plus de plages horaires libres j'avais souvent des urgences d'autres cabinets ou des patients moins respectueux qui ne revenaient pas. Depuis que j'ai réduit j'ai moins de place pour les rendez-vous de dernière minute ce qui oblige les nouveaux et anciens patients à prévoir une semaine à l'avance (ce qui décourage souvent les patients jamais venus même si leur soin n'est pas urgent).

Bref tant que je ne serais pas dans mon cabinet avec une obligation de travailler pour payer les charges je ne vois pas l’intérêt d'être présente tous les jours.

D'autant que les jours où je travaille je rentre à 20h (donc il faut payer quelqu'un 12h) (sur une semaine c'est énorme surtout qu'au delà d'un plafond c'est considéré comme trop et on a plus d'aides pour les charges par la PAJE). Ça fait aussi autant de caisse de retraite, urssaf et impôts à payer en plus.

Mr Carie est du même avis que moi (d'ailleurs il est à 80%, son chef ne comprend pas pourquoi il ne veut pas gagner plus non plus), notre temps libre avec BébéCarie est précieux pour l'éduquer et partager. Quand on a la chance comme moi d'avoir des revenus suffisants en travaillant 35-40h par semaine (oui parce que travailler plus ça signifierait 60h) je ne vois pas l'intérêt.

Je sais que certains diront que c'est à cause de gens comme moi que la France va mal et qu'on a du mal à avoir un rendez-vous chez le dentiste (sauf que je ne suis pas en zone rurale, et que mon délai de rendez-vous est d'une semaine).

Et vous ?
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